lundi 2 mars 2015

Détecteur de fumée: un enfumage à 1 milliard d'euros


En obligeant les Français à installer dans leur domicile des détecteurs de fumée, l’État a cédé à un lobby qui peut ainsi se livrer à une pure opération de racket. Il est plus que temps de dénoncer cette hérésie. 
Ahurissante. il n'y a pas d'autre adjectif pour qualifier cette histoire de détecteur de fumée (toutes les dispositions légales sont là). Ahurissante, mais inattaquable. Qu'on ose s'insurger et la réponse fuse: "Vous voulez faire mourir les enfants Monsieur Soumier ? Vous êtes irresponsable." Qu’est-ce que c’est que cet argument ? Parce qu’alors mieux vaut les priver de tout : finis la mobylette, le ski, les rollers, le vélo, le poney... 

L'Etat nounou 
Comprenez-moi, que l’on éprouve le besoin d’installer chez soi un détecteur est parfaitement légitime et sans doute utile mais d’où vient cette idée que l’État nounou serait en charge, chez moi, de la sécurité passive de mes enfants ? Qu’il s’occupe de la maltraitance, de l’abandon, des coups, évidemment. Mais il y a des limites à ne pas dépasser. On pourrait surveiller ce que je leur donne à manger aussi ? La lâcheté du McDo le dimanche soir... Pas bon pour le diabète ça. Et pourquoi pas le détecteur dans le frigo? "Mais vous comprenez, ce sont les pompiers qui doivent prendre des risques après" me rétorquera-t-on. 

8% des interventions des pompiers 
Parlons-en. Ils dépriment les pompiers. Vous ne le savez pas ? A peine 8% de leurs interventions sont consacrées au feu. En fait, l'incendie est en train de disparaître de notre environnement. A tel point que, dans les endroits recevant du public et soumis à des règles très strictes, les tensions sont fortes sur les normes. 

Ah, vous les verrez les détecteurs, mais ce que vous ne savez pas, c’est qu’ils ne sont plus reliés à rien. Que les rondes des agents de surveillances s’espacent. C’est là que ça devient dangereux d’ailleurs. C’est même toute l’ambiguïté des normes absurdes. Comme vous vous croyez protégés, vous prenez des risques que vous ne prendriez pas normalement. Mais comme les systèmes dysfonctionnent (parce que plus personne n’a peur), les risques redeviennent réels. Je ne sais pas si je me fais bien comprendre. C’est que cette histoire m’énerve un peu, vous l’aurez compris. 

Un marché de 600 à 900 millions d'euros 
Donc on assiste à une petite opération de racket, que l’on doit devoir à quelques lobbys influents dans le besoin, actant de chiffres il est vrai surprenants: moins de 3% de détecteurs de fumée dans les foyers français contre 89% en Angleterre, 95% aux États-Unis. Un parc existant de 30 millions de logements, un prix moyen de 30 euros. Cela nous fait un "petit" marché qui "représenterait a minima entre 600 et 650 millions euros pour les fournisseurs (…) et susceptible de s’élever à plus de 900 millions euros (…) un potentiel qui pourrait s’accroître si le particulier choisissait judicieusement d’installer deux détecteurs" (sic !). On n’allait pas se refuser une petite norme à 1 milliard, hein ? Vous allez m’envoyer à la figure la douleur des victimes ? Elle est insupportable. La brûlure est sans aucun doute la pire des blessures, le feu le pire des traumatismes. 

Aucune sanction n'est prévue 
Mais désolé, c’est justement le recours à cet argument -dans ces circonstances purement mercantiles- qui est insupportable. Parce que le législateur lui-même n’est pas dupe : "Aucune sanction n’est actuellement prévue par la réglementation en cas de non installation du détecteur de fumée". Mieux encore : "la compagnie d’assurance ne peut d’ailleurs pas se prévaloir du défaut d’installation du détecteur pour s’exonérer de son obligation d’indemniser les dommages causés par un incendie". Elle n'est pas belle la norme ? Ce n’est pas une forme d’aveu ? Et l’on va voir gonfler une petite bulle, tranquille. Je reçois des mails de jeunes entrepreneurs enthousiastes qui ont monté qui, le détecteur connecté, qui, le détecteur design, "Monsieur Soumier, c’est génial, on ne peut pas fournir tellement il y a de demande, on est en train de courir derrière le stock"

Cours pas trop vite mon pote. Ton stock dans 6 mois il te restera sur les bras. D’ailleurs, mon entrepreneur me dit que les banques ne veulent pas suivre pour lui fournir la trésorerie. Pas folles les guêpes, elles en ont vu d’autres.