lundi 9 février 2015

PJ de Paris : Bernard Petit, "victime" des "Frères" francs-maçons


Pendant des années, son appartenance supposée à la franc-maçonnerie lui a permis de faire carrière. Mais les relations entre "frères" qu'entretenaient le patron de la police judiciaire parisienne lui valent aujourd'hui la disgrâce. 

Suspecté d'avoir renseigné l'ancien patron du RAID, Christian Prouteau, avant son interpellation dans une affaire d'escroquerie et de corruption, Bernard Petit tombe en compagnie de trois autres responsables policiers, connus pour leur affiliation au Grand Orient

Les "tuyaux" échangés entre frères trois-points, qui pénalement s'analysent en une "violation du secret de l'enquête et de l'instruction", scellent le destin de celui qui était l'un des flics les plus puissants de France, depuis un peu plus d'un an seulement. A 59 ans, la carrière de ce "grand professionnel", comme l'avait présenté Manuel Valls lors de sa nomination, s'achève dans l'inconfort du bureau d'un juge d'instruction. 

Une carrière exemplaire 
C'est la fin d'un parcours entamé en 1977 avec une licence en droit. Bernard Petit, né à Sfax, en Tunisie, entamait alors sa carrière dans la police comme inspecteur de base. Sorti major de sa promotion à l'Ecole nationale supérieure de la Police, l'école des commissaires de Saint-Cyr-au-Mont-d'Or, il intègre dix ans plus tard, au titre de chef-adjoint, l'OCRB, le prestigieux Office central de répression du banditisme. 

 Fin diplomate, habile à se mouvoir dans les cercles de pouvoir, il exerce également comme conseiller technique de trois premiers ministres socialistes, Michel Rocard, Edith Cresson et Pierre Bérégovoy entre 1990 et 1993. Il côtoie alors Alain Bauer, le conseiller très écouté de Michel Rocard, futur grand maître du Grand Orient de France

Après une période de purgatoire à l'état-major de la Direction de la police judicaire (DCPJ), Place Beauvau, puis un détachement en Afrique du Sud, Petit revient aux affaires de police par la grande porte en étant bombardé patron de l'OCRTIS (l'Office central pour la répression du trafic illicite des stupéfiants) en 2001. 

Son entregent lui permet, six ans plus tard, de devenir le patron de la Division des relations internationale (DRI) de la police nationale, la nouvelle dénomination du SCTIP, le Service de coopération technique international de la police, une responsabilité traditionnellement attribué à un haut gradé franc-maçon. 

Il restera deux ans à la tête de ce service qui coordonne la coopération avec les polices du monde entier, avant d'accéder en 2009, au poste de numéro trois de la police judiciaire, chargé à la fois de la criminalité organisée et de la grande délinquance financière. Un département hautement sensible, dans lequel travaillent plus de 700 fonctionnaires impliqués sur nombre de dossiers chauds de corruption internationale comme, par exemple, le dossier dits des "biens mal acquis" mettant en cause plusieurs chefs d’État africains proches de la France. 

Au terme d'une lutte de pouvoir sans merci au sein des couloirs du ministre, Bernard Petit est choisi en décembre 2013 par Manuel Valls, alors à l'Intérieur, pour remplacer le patron de la PJ parisienne, Christian Flaesch. Celui-ci, coupable (déjà !) d'avoir conseillé sous le manteau l'ancien ministre Brice Hortefeux, avant son audition par ses services dans l'affaire de l'éventuel financement libyen de Nicolas Sarkozy, venait d'être démis de ses fonctions. 

Appuis politiques et fraternels 
Chevelure impeccablement cranté, costume bien coupé, fines lunettes et voix douce, Bernard Petit, policier réputé de gauche, avait coiffé sur le poteau plusieurs concurrents moins bien introduits. Premier patron de la PJ parisienne qui n'était pas issu du sérail du "36", Petit pouvait également compter sur ses relations maçonniques pour s'imposer dans une maison où, selon les spécialistes, au moins un quart des officiers sont affiliés à une loge

Ses appuis politiques et fraternels l'avaient aidé à survivre à deux scandales retentissants ayant récemment ébranlés le "36" : d'abord une affaire de viol commis dans les locaux même du Quai des Orfèvres en avril 2014 et dans laquelle sont impliqués trois policiers de la PJ éméchés. Puis, cet été, la disparition de 52 kilos de cocaïne dans la salle des scellés de la Brigade des Stups. Le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, novice en matière de police, avait préféré rejeter la responsabilité de ces graves dérapages à des défaillances individuelles, protégeant ainsi Bernard Petit, réputé pour son zèle à appliquer les consignes de la Place Beauvau.