vendredi 20 février 2015

Les bons côtés de la technologie ne peuvent être séparés des mauvais


Une raison pour laquelle la société industrielle ne peut être réformée en faveur de la liberté vient du fait que la technologie moderne constitue un système global aux composantes interdépendantes. Vous ne pouvez rejeter les « mauvais » côtés de la technologie et ne garder que les « bons ». Prenons la médecine moderne par exemple. Les progrès en médecine dépendent de ceux de la chimie, de la physique, de la biologie, de l’informatique, et autres. Les traitements médicaux de pointe requièrent des équipements technologiquement très avancés qui ne peuvent être fournis que par une société de haute technologie et économiquement prospère. Il est évident que vous ne pouvez avoir de progrès médical en dehors de l’ensemble du complexe technologique et de tout ce qui lui est affilié. 
     Même si les progrès médicaux pouvaient être obtenus indépendamment du reste du système technologique, cela amènerait tout de même certaines dérives. Supposons, par exemple, qu’un traitement contre le diabète soit découvert. Les gens génétiquement prédisposés au diabète seraient en mesure de survivre et de se reproduire comme tout un chacun. La sélection naturelle qui s’exerce contre les gènes du diabète cesserait et ces gènes se répandraient parmi toute la population (cela est déjà le cas dans une certaine mesure, puisque le diabète, qui ne peut être guéri, est jugulé par l’utilisation d’insuline). La même chose arriverait avec d’autres maladies du même type ce qui affaiblirait le patrimoine génétique de la population. La seule solution serait alors une sorte de programme eugénique ou un développement à grande échelle de l’ingénierie génétique, ce qui fait que dans le futur, l’homme ne sera plus une création de la nature, du hasard, ou de Dieu, mais un produit manufacturé
     Si vous pensez que l’ingérence gouvernementale dans votre vie privée est trop importante ACTUELLEMENT, réfléchissez à ce que ce serait s’il commençait à gérer la constitution génétique de vos enfants. Une telle gestion ira inévitablement de pair avec le développement de l’ingénierie génétique appliquée à l’homme, car les conséquences seraient sinon désastreuses. 
     La réponse classique à de tels propos consiste à parler de « l’éthique médicale ». Mais un code éthique ne servirait pas à protéger la liberté face au progrès médical ; il ne ferait qu’aggraver les choses. Un code applicable à l’ingénierie génétique serait en pratique un moyen de contrôler la constitution génétique de l’être humain. Certains (majoritairement issus de la classe moyenne aisée) décideraient quelles applications en ingénierie génétique seraient « éthiques », et lesquelles ne le seraient pas, ce qui aurait pour effet d’imposer leurs propres valeurs vis-à-vis de la constitution génétique de la population dans son ensemble. Même si un code éthique était choisi sur une base complètement démocratique, la majorité imposerait ses propres valeurs à toutes les minorités qui pourraient avoir des vues différentes quant à ce que devrait être un code éthique appliqué à l’ingénierie génétique. Le seul code éthique qui protégerait la liberté serait celui qui interdirait TOUTE manipulation génétique sur l’homme, et vous pouvez être sûrs qu’un pareil code ne sera jamais appliqué dans une société technologique. Tout code qui réduirait l’ingénierie génétique à un rôle mineur ne tiendrait pas longtemps, car la tentation offerte par l’immense pouvoir que confère la biotechnologie serait irrésistible, spécialement dans le cas où pour la majorité des gens la plupart de ces applications sembleraient naturellement et univoquement « bonnes » (élimination des maladies physiques et mentales, possibilité d’accroître la durée de vie, etc.). Inévitablement, l’ingénierie génétique sera intensivement utilisée, mais uniquement dans des buts compatibles avec les besoins du système techno-industriel

Theodore Kaczynski, La société industrielle et son avenir