mardi 17 février 2015

Le téléphone portable : semi-conducteurs, maxi nuisances


Le téléphone portable est un concentré de nuisances. 
     D’abord à cause de sa puce. Éric D. Williams, chercheur à l’université des Nations unies à Tokyo, a mesuré les éléments nécessaires à la fabrication d’un puce de 2 grammes. Résultat : 1,7 kilos d’énergie fossile, 1 mètre cube d’azote, 72 grammes de produits chimiques et 32 litres d’eau. Par comparaison, il faut 1,5 tonne d’énergie fossile pour construire une voiture de 750 kilos. Soit un ratio de 2 pour 1, alors qu’il est de 630 pour 1 pour la puce
     A Crolles, l’usine à puces de l’Alliance engloutit 700 mètres cubes d’eau par heure, et soumet les collectivités locales à ses exigences : 150 000 euros d’amende par heure à payer à l’entreprise en cas de défaillance dans la fourniture d’eau, et obligation de doubler prochainement les conduites d’adduction. Si l’Alliance a choisi le Grésivaudan, c’est aussi pour piller ses ressources en eau pure – y compris en période de sécheresse et de canicule
     Crolles II, site Seveso, consomme des produits toxiques comme la phosphine (hydrogène phosphoré), le thilane ou l’arsine (hydrogène ou arsenic) : « des gaz de combats », se vantait un salarié lors d’une visite publique. Les produits chimiques stockés à des kilomètres du site, notamment à Lancey, circulent chaque jour en camions à travers l’agglomération. 
     Officiellement, en 2002, l’Alliance a rejeté dans l’atmosphère 9 tonnes d’oxyde d’azote, 10 270 tonnes de CO², 40 tonnes de composés organiques volatiles, sans vouloir en dire plus, que la teneur en produits polluants des rejets dans l’atmosphère serait faussée par l’utilisation de gaz pulsés. Comment le vérifier ? La direction ne communique pas sur les chiffres. 
     Les riverains, eux, murmurent que les enfants développent des pathologies inhabituelles, et que l’eau des chantournes est saturée de pollution
     Pour connaître les ravages de l’industrie électronique, il faut se tourner vers le modèle des décideurs grenoblois : la Silicon Valley californienne. 
     L’association Silicon Valley Toxic Coalition a fait le bilan environnemental et sanitaire de cinquante ans d’informatique et de microélectronique dans ce qui fut une vallée aussi fertile que le Grésivaudan. Depuis 1956 et la première usine d’IBM, la nappe phréatique a été contaminée par une multitude de rejets de xylène, toluène, trichloroéthane chloré, etc. D’après l’enquête de Jim Fisher pour le magazine en ligne Salon.com, la nappe phréatique de la Silicon Valley est l’une des plus polluées des États-Unis. Conséquences : 2,5 à 3 fois plus de fausses couches parmi les femmes enceintes ayant bu cette eau, d’après l’étude du service de santé de l’État au milieu des années 1980, qui entraîna plus de 250 plaintes et des indemnités faramineuses. 
     Dans les salles blanches où l’on produit les tranches de silicium pour les semi-conducteurs, la situation n’est pas meilleure. Équipes de combinaisons de pingouin pour éviter de souiller les précieuses plaques, les « opérateurs » manipulent les produits chimiques à longueur de trois-huit. Des dizaines de plaintes pour cancer professionnel ont été déposées en 1998 à la cour supérieure du comté de Santa Clara : IBM, Union Carbide, Shell, Eatman Kodak avait caché la toxicité de ces poisons à leurs salariés. 
     Pourtant, dès 1992, un ancien médecin d’IBM, Myron Harrison, avait publié un article, « Les dangers de la production des semi-conducteurs », qui dressait une inquiétante liste : « Exposition des travailleurs à l’arsenic dans la production des plaques de gallium-arsenide, aux acides aérosols en lithographie, aux gaz toxiques arsine et boron. Il atteste des cas de brûlures à l’acide hydrofluorique, des expositions aux solvants corrosifs, à des composants photo-actifs non testés. Il met en garde contre des accidents catastrophiques dans le remplacement des cylindres de gaz, l’évacuation et le remplissage des bains chimiques, les dysfonctionnements des systèmes de ventilation, et note des fréquents problèmes respiratoires (tels que sinusites, laryngites et asthme) chez les travailleurs. Il rapporte des cas d’exposition au mercure, des feux de produits chimiques « relativement fréquents » dans les cuves de stockage, et des fuites de solvants dans les canalisations »

Pièces et main d’œuvre, Le téléphone portable, gadget de destruction massive