mercredi 18 février 2015

Le règne de l’immédiateté et de la toute-puissance

Le fantasme de la toute-puissance est le corollaire direct d’une société fondée sur la vitesse. Les technologies les plus anodines nourrissent cette volonté d’immédiateté. Alors que le proverbe veut que la nuit porte conseil, combien de relations, amicales ou amoureuses, se retrouvent fragilisées par cette possibilité de toujours joindre l’autre en permanence, pour lui faire part à chaque instant de son angoisse, de son doute du moment, sans être obligé d’y réfléchir plus longuement. Si la sagesse est une question de temps et d’expérience, notre société de l’immédiateté est en passe de devenir la proie d’une bêtise crasse, profonde et immature
     C’est ainsi que les ventes sur Internet dopent le rapport puéril, capricieux et addictif à la consommation. A peine ai-je vu l’objet de mon désir consumériste s’afficher à l’écran que je peux, d’un seul clic, le commander, pour m’apercevoir quelques jours plus tard, lorsqu’il arrive dans ma boîte aux lettres, que j’avais oublié jusqu’à son existence. 
     Mails, SMS, tout concourt à nous plonger dans un état de fébrilité et d’attente incessante. Combien de fois allume-t-on en moyenne un téléphone portable chaque jour pour s’assurer que l’on a pas raté un nouveau message, et qui sait, peut-être une opportunité incroyable que l’on aurait laissé passer. Pourtant, à force de coller l’oreille à cette prothèse, ce sont des opportunités bien réelles de rencontre qui disparaissent toujours un peu plus. 

Cédric Biagini, La tyrannie technologique