mercredi 4 février 2015

Le nivellement opéré par la communication lui a permis de tout intégrer

Le nivellement opéré par la communication lui a permis de tout intégrer. Dans les mêmes réseaux et sous les mêmes formes circulent des idées les plus diverses. L’essentiel n’est pas ce qu’elles signifient et pourraient impliquer, mais qu’elles circulent. Si l’unique objectif de la personne ou du groupe qui les émet est qu’elles se diffusent, sans se questionner sur la nature des canaux et, surtout, par quels moyens elles peuvent se fixer dans la société, elles ne font qu’accentuer l’emprise médiatique – même si elles détiennent un potentiel subversif. 

Une des grandes erreurs des mouvements contestataires a été de croire que les nouvelles technologies créées par la société de la communication allaient lui permettre de construire une alternative. Au fameux « Don’t hate the media, become the media », nous préférons le « Hate the media, don’t become a media ». Ce qui ne signifie pas qu’il faille refuser toute forme de communication et d’échange d’informations et d’analyses. Mais plutôt qu’il faut éviter de se transformer, comme nous sommes en voie de l’être, en de simples synapses réceptrices et émettrices d’informations au sein d’un grand réseau baigné dans l’illusion que l’instantanéité et la profusion des données que nous réceptionnons et que nous transférons nous permettront de maîtriser le monde. 

En évitant d’être happé par ces flux, un double processus peut s’enclencher. Il s’agit à la fois de prendre un recul nécessaire à la réflexion, à la construction de soi et à la production de sens. Et en même temps de nous réinscrire dans une histoire, dans un environnement social, dans la nature et dans la durée. Nous organiser collectivement et mettre en place des pratiques – les points de vue sur les manières de le faire peuvent diverger et c’est là que se situe le politique – nous permettront de bâtir un autre futur. 

Cédric Biagini, L’emprise des écrans