vendredi 13 février 2015

Départementales : un parti des musulmans se présente aux élections


Lorsqu'on lui demande s'il y pense « tous les matins en se rasant », il éclate de rire et ironise : « Vous savez, nous, les musulmans, on ne se rase pas, c'est bien connu ! » L'oeil malicieux, Khalid Majid a la repartie facile pour mater les clichés. Et une barbe de trois jours subtilement travaillée.

A 36 ans, ce cadre de la SNCF d'origine marocaine, père de 3 enfants, sera le candidat de l'Union des démocrates musulmans français (UDMF) avec Shérazade Benhaddad, 34 ans, pour le canton de Bobigny (Seine-Saint-Denis) aux élections départementales des 22 et 29 mars. Hier, le binôme est allé déposer sa candidature. Sept autres listes devraient être présentées dans les jours qui viennent à Bagneux (Hauts-de-Seine), aux Mureaux (Yvelines), à Marseille, Lyon, Nice, Avion (près de Lens, dans le Pas-de-Calais) et très probablement à Strasbourg. 

Sur un peu plus de 2 000 cantons à renouveler, cela reste certes infime. Mais ce parti lancé en 2012 fait de plus en plus d'adeptes. Depuis la parution des livres d'Eric Zemmour et de Michel Houellebecq, et surtout à la suite des récents attentats parisiens contre « Charlie Hebdo » et Hyper Cacher, plus de 200 nouvelles recrues ont frappé à la porte, comme Khalid Majid, pour grossir les rangs de l'UDMF. Aujourd'hui, le parti enregistre près de 900 adhérents et les fondateurs assurent compter 8 000 sympathisants en France, qui se sentent bien souvent stigmatisés. 

Donner une voix à une partie de la population qui ne se retrouve pas dans les partis traditionnels 
« Aujourd'hui, il existe en France un parti des chrétiens-démocrates (sic !), lance Najib Azergui, le fondateur, comme pour devancer les interrogations ou les critiques sur son parti communautaire. L'UDMF tente de donner une voix à une partie de la population qui ne se retrouve pas dans les partis traditionnels et qui a envie d'agir. » Comment ? Pas en « islamisant la société ni en installant la charia en France », précise d'emblée ce Français d'origine marocaine, qui travaille dans la formation informatique. Leur dada : les cours d'éducation civique et de philosophie pour « faire réfléchir et débattre les jeunes », le développement du halal pour créer de l'emploi, le déploiement de la finance islamique pour assainir l'économie. Quant au respect de la laïcité, il signifie, dans leur interprétation de la loi, la tolérance des religions... et donc le droit de porter le voile à l'école. Ce que la loi française interdit justement ! 

Dans les troupes de l'UDMF, on trouve principalement des quadras actifs, et « autant d'hommes que de femmes », jure Azergui. De quoi muscler les équipes de ce parti totalement novice qui survit uniquement grâce aux 20 € de cotisation annuelle demandée aux militants. « On souhaite garder notre indépendance », assure le fondateur. Pas question d'accepter pour l'instant l'aide d'un autre parti, français ou étranger. Ils le savent, ils ont beaucoup de choses à apprendre. Leur objectif : grandir, faire des émules, se faire connaître. 

A Paul-Eluard, une cité de Bobigny, Sofiane n'a ainsi jamais entendu parler d'eux. « Un parti musulman ? Pourquoi pas, lance le jeune de 23 ans. Je me sentirai peut-être plus concerné par la vie politique. » Ali et Michel, deux retraités, tiquent en disant leur peur du repli communautaire, « des musulmans qui ne parleraient qu'aux musulmans »

Plus loin, on croise une mère de famille, qui connaît le parti. « Je me retrouve dans ce qu'ils proposent, notamment sur le vivre-ensemble, glisse-t-elle. Mais je ne suis pas sûre qu'en France les gens soient prêts à voter largement pour un parti musulman. » L'UDMF veut pourtant croire en ses chances. « Les gens se rendent compte qu'un parti comme le nôtre est une évidence aujourd'hui dans le paysage politique », affirme Najib Azergui. « Soumission », le livre de Houellebecq (où le leadeur d'un parti musulman est élu chef de l'Etat en 2022), qu'il a lu, lui a donné des étoiles dans les yeux. Son rêve : récolter les 500 signatures nécessaires pour faire de Khalid Majid leur premier candidat à la présidentielle en 2017