mercredi 25 février 2015

Calais : dix et huit mois de prison ferme pour avoir tiré sur deux migrants


Deux frères, un Wimereusien et un Boulonnais de 32 et 28 ans, ont été condamnés vendredi après-midi pour avoir tiré avec un fusil à billes (utilisé dans la pratique du airsoft) sur des migrants. Le premier des deux a écopé de huit mois de prison ferme sans détention, le second a été condamné à dix mois avec mandat de dépôt. L’arme utilisée par les deux hommes est une reproduction de M4.

David et Tony S., un Wimereusien et un Boulonnais, ont été jugés ce vendredi en comparution immédiate pour avoir tiré sur deux migrants. Les faits se sont déroulés mercredi soir, route de Gravelines à Calais alors que les deux victimes, un Iranien et un Afghan, se rendaient à la distribution des repas au centre d’accueil Jules-Ferry. Les deux hommes ont été touchés à la tête, mais n’ont pas souhaité être pris en charge par l’hôpital

À la barre, les deux frères, âgés de 32 et 28 ans, ont expliqué au tribunal qu’ils venaient d’acheter un fusil à billes (utilisé dans la pratique de l’airsoft) dans un magasin à Calais. L’arme factice est une reproduction d’un M4 et devait servir à faire du tir dans le jardin de l’aîné des deux frères. Les prévenus n’ont cependant pas attendu d’être rentrés pour essayer leur nouvelle acquisition. 

Ils expliquent qu’ils suivaient les panneaux de direction pour rejoindre l’autoroute A16 mais qu’ils se sont arrêtés route de Gravelines, à un endroit plutôt désert, loin des habitations, mais proches de tentes de migrants. C’est là que l’un et l’autre ont testé l’arme. Ils tirent plusieurs fois depuis leur voiture (à l’arrêt pour ajuster leur tir, souligne le tribunal) puis décampent des lieux avant de revenir sur leurs pas. Pris par les remords, disent-ils. Ils voulaient s’assurer que personne n’avait été blessé. 

Une version qui ne convainc pas le parquet, qui requiert huit mois de prison ferme avec mandat de dépôt pour Tony et six mois de prison ferme sans détention pour David, du fait de son handicap. « Vous vouliez recommencer, estime le procureur. Mais la chasse aux migrants n’est pas ouverte. Ce sont des êtres humains dans une situation difficile »

Pour expliquer leur geste, les frères indiquent qu’ils voulaient se venger de migrants qui avaient caillassé leur voiture quinze jours plus tôt. Ce jour-là, ils circulaient en voiture à Calais et auraient, sur leur passage, « malencontreusement » éclaboussé des exilés. De colère, ces derniers auraient alors jeté des cailloux sur leur voiture, spécifiquement aménagée pour David, devenu tétraplégique après un accident. La lunette arrière du véhicule aurait été endommagée. 

Au moment du jugement, le tribunal est plus sévère que le procureur et condamne Tony S. (qui a déjà 19 mentions à son casier) à dix mois de prison ferme avec mandat de dépôt et son frère David à huit mois de prison ferme sans détention, du fait de son handicap.