jeudi 26 février 2015

Aujourd’hui l’écran devient le monde, comme la carte devient le territoire


Nous ne sommes plus dans la société du spectacle, dans la mise en scène, dans l’aliénation par les écrans, etc. Nous ne sommes plus devant une scène, nous sommes en réseau, nous sommes le réseau. L’hégémonie actuelle de la puissance médiatique est telle qu’il n’y a plus de domination par le spectacle, mais une espèce d’homogénéité tentaculaire, même pas impérialiste. Et nous sommes immergés dedans. Nous sommes dans l’écran mondial. Notre présent se confond avec le flux des images et des signes, notre esprit se dissout dans la surinformation et l’accumulation d’une actualité permanente qui digère le présent lui-même. Nous sommes en temps réel, un temps qui n’en est plus un... [...] Perte de toute référence, de toute réalité, au profit du médium, des médias, dans le village global. Aujourd’hui l’écran devient le monde, comme la carte devient le territoire. [...] Nous vivons désormais dans une sorte de collusion totale. C’est le principe de réalité lui-même qui a disparu. [...] Quand tout le monde communiquera avec tout le monde, on vivra dans une espèce de transparence meurtrière et inépuisable, dans une saturation totale d’artefacts, de simulacres, d’information perpétuelle et d’images... » 

Le Monde n°528, samedi 28 mai 2005, « Les humains hypnotisés par les écrans perdent tout sens critique »