lundi 2 février 2015

À Marseille, ZAD expulsée, arbres coupés


La première « ZAD urbaine de France » aura tenu huit jours : vendredi, les CRS sont venus expulser les occupants du parc Michel Levy, à Marseille. Les arbres sont coupés, le béton poussera bientôt sur un des rares poumons verts de la ville. 

« Ce sont les arbres des enfants qu’ils sont en train d’abattre ». Michèle est amère. Il est bientôt midi, vendredi 30 janvier, et les zadistes du parc Michel Lévy se rassemblent à proximité de la rue de Lodi, à deux pas du lieu qu’ils occupaient. Durant huit jours, ils ont rouvert le parc Michel Lévy aux habitants du quartier de Lodi dans le 6e arrondissement de Marseille. Jour et nuit, ils se relayaient pour occuper ce lieu, revendiqué comme « première ZAD urbaine de France ». 

Le parc commençait à retrouver son usage public perdu depuis sa fermeture en juin 2013. Des enfants du quartiers venaient y jouer. Le 28 janvier, mercredi après-midi, des activités « construction de tipi et peinture, encadrées par des animateurs BAFA solidaires du mouvement » leur ont été proposées, nous apprend Patrick, du collectif Michel Lévy. 

Un boulodrome et un potager étaient en cours d’aménagement. Des chênes, en remplacement des arbres abattus ont été replantés. Tout ceci pour tenter d’empêcher le projet de la mairie du 4e secteur (6e et 8e arrondissements) : celle-ci préfère céder le parc à la société Unicil pour la construction de 47 logements et 300 place de parking, détruisant le seul espace vert d’un quartier déjà entièrement bétonné. 

Vendredi à 6h, un huissier de justice accompagné de CRS est venu leur remettre l’ordonnance d’expulsion prononcée par le Tribunal de Grand Instance de Marseille deux jours plus tôt, « à effet immédiat » précise Gérald, du collectif Laisse Béton. 

Vers 9h45 les CRS et « 25 en civils de BAC » [brigade anti-criminalité], selon Gérald, surgissent au pas de course sur la ZAD. Devant la vague bleue, la trentaine de militants présents n’ont pas résisté. 

La rue Pierre Laurent, dans laquelle se trouve l’entrée principale du parc, a été entièrement bouclée. Les voitures de la BAC et six fourgons de CRS y stationnaient. Sur la rue de Lodi on dénombrait dix fourgons. 

Une fois les militants expulsés, le chantier a repris immédiatement. Le micocoulier, classé arbre remarquable, a été sa première victime. 

David Escalier, qui y a passé quelques jours et quelques nuits, l’observe tomber. Son sac est encore attaché en haut de l’arbre. Ni lui, ni personne d’autre ne pourra récupérer les affaires laissées sur place. Un camion benne se gare en contrebas. Des ouvriers y jettent matériel de cuisine, tentes et tout ce qu’ils trouvent d’objets ayant appartenu aux zadistes. Les tronçonneuses rugissent jusque vers 13 h. Désormais, plus une cime ne fait de l’ombre sur le parc Michel Lévy. 

Le collectif Laisse Béton et le collectif de riverains Michel Lévy se battent depuis huit ans contre la privatisation et la bétonnisation du parc. Durant toutes ces années, la mairie de secteur n’a pas daigné dialoguer. Durant la semaine d’occupation du parc, ni la mairie de secteur, ni les services concernés de la mairie centrale, ni Unicil propriétaire du terrain depuis le 8 décembre 2014 et commanditaire des travaux, n’ont répondu aux sollicitations des militants. 

La discussion... quand tout est fini 
Vendredi, les zadistes ont décidé de se rendre au siège d’Unicil pour provoquer une entrevue. Ils se sont retrouvés à 14 h devant l’imposant siège de la société, place de la Péfecture. L’entrée principale du bâtiment était déjà barrée par des policiers à VTT ou en tenue anti-émeute. 

« On passe par le rue Armény ». Une vingtaine courent dans cette rue et s’engouffrent par une autre porte du bloc abritant le siège d’Unicil. Très vite, quatre policier les rattrapent dans un hall et leur interdisent l’accès aux étages. Patrick, Gérald et David : « On ne partira pas tant que l’on ne sera pas reçu pour discuter ». Pour David, Unicil et Eiffage qui mènent les travaux sont « coupables de déforestation sur un poumon vert de Marseille »

Gérald rappelle l’intérêt du parc pour le quartier : « Pour jouer, les enfants sont obligés d’aller au parc du 26e Centenaire ou au Cours Julien où c’est complètement engorgé. Il n’y a plus d’espace vert pour les enfants après l’école. Des vieux sont restés cloîtrés tout l’été chez parce qu’ils ne pouvaient plus aller à l’ombre sous un arbre. Ça devient invivable ». Les forces de l’ordre ne prêtent pas attention à ces discours et leur demandent de sortir. Un sit-in s’organise jusqu’à que Jean-Luc Bondon, directeur de la maîtrise d’ouvrage chez Unicil, accepte de discuter sur le parvis du bâtiment. 

Légalité contre légitimité 
Au soleil de la place de la préfecture, il assume l’action de son entreprise : « Cette opération a huit ans d’âge. Ce permis a été attaqué en justice en 2008, les recours nous ont donné raison ». 

Gérald répond : « Il n’y a pas eu de concertation ». David reprend les éléments du dépôt de plainte d’Unicil : « Atteinte au droit de propriété, entrave à la liberté de travail, dégradation et détérioration d’un bien appartenant à autrui ». Il assume les deux premiers mais remet en cause le troisième : « Vous avez déposé plainte pour quelle dégradation ? Excusez-moi, le tractopelle présent sur le chantier, il n’a pas une rayure et on a nettoyé le terrain ». 

Pour justifier le dépôt de plainte le responsable d’Unicil se retranche derrière « l’incursion » faite sur le terrain appartenant à sa société. Sur le fond du dossier, il argumente : « Ne faites pas de misérabilisme, Marseille a besoin de logements ». Pourtant la cité phocéenne compte 7 % de logements vacants soit 30 000, selon l’estimation de la fondation Abbé Pierre en mai 2014.