mercredi 12 septembre 2012

L'appel de l'anarcho-dandysme


 Camarades et amis,
Nous sommes depuis longtemps les jouets des grandes entreprises dont le seul but est de changer le monde en un gargantuesque centre commercial. L'amabilité et la civilité ont été abandonnées, vestiges sans valeur d'un âge révolu où les hommes se découvraient devant les dames et où vous pouviez compter sur les enfants pour garder votre Jack Russell le temps d'une ou deux bières. Le buraliste à l’œil pétillant, le tenancier de pub à la mine rubiconde et la dame à moustache du salon de thé ont été sacrifiés au profit de l'écrasante fadeur des "drive-in", des chaînes de fast-food. Les troupeaux de clients sont attirés en ces lieux comme le bétail utilisé pour la fabrication des burgers est mené à l'abattoir. 
     Principales victimes de ce relâchement : les jeunes dont la propension naturelle à sécher le travail, à parader en ville et à provoquer la maréchaussée a été simplement anéantie. Il en résulte une triste absence de joie de vivre, d'imagination et d'élégance. Leur vie s'organise autour d'une compétition très étriquée pour la meilleure marque de baskets. Les jeunes ne sont plus guère que des affiches publicitaires vivantes, à peine pensantes, à la gloire des groupes internationaux. 
     Et à quoi d'autre la jeunesse peut-elle aspirer ? La vie des membres du Lumpenbureautariat consiste à peiner toute la journée devant un écran d'ordinateur pour transférer d'un serveur à l'autre des informations sans intérêt. Pendant leur temps libre, on les retrouve dans de vastes antichambres de la douleur, devant une bière pleine de produits chimiques, regardant des émissions sportives sur un écran, réplique à l'échelle supérieure de celui qu'ils ont fixé toute la journée. La "culture" résultant de ce triste état de faits peut se résumer en un seul mot : vulgarité. En bref, la société dans son ensemble est écrasée par le poids d'une vulgocratie dominante. 
     Mais à présent, un spectre nouveau vient hanter cette vulgocratie en place : celui du Chapisme. Une nouvelle espèce d'insurgés apparaît dans les rues, les tavernes et les bureaux : l'Anarcho-Dandy. Identifiable à ses tenues irréprochables, à l'inclinaison nonchalante de son chapeau et à son cri de ralliement subtil : "Bonjour, belle journée, n'est-ce pas ?"
     Cet individu, en apparence original et inoffensif, a été repéré évoluant par petits groupes, en marge de certaines marches de protestations récentes, dans des villes aussi éloignées de la vie civilisée que Seattle ou Kyoto. Tandis que des jeunes mal peignés, vêtus de passe-montagne, hurlent des slogans et brisent les vitrines des McDonald's, les Anarcho-Dandys se content d'exposer le pli impeccable de leurs pantalons en serge de coton, le sourcil au-dessus de leur monocle, un sourire ironique aux lèvres. 
     Il est temps pour la Conjuration des Anarchho-Dandys (CAD) de rendre publics ses opinions, ses objectifs et ses croyances. En unissant les différents courants chapistes sous une bannière commune, nous éviterons l'inéluctable fragmentation qui affecte tous les combats idéologiques. Ainsi, le manifeste Chap servira de modèle pour le Soulèvement par le Charme et unira tous les galants insurgés pour assurer la victime de la Révolution par le Tweed. 

Gustav Temple et Vic Darkwood, Le manifeste Chap