samedi 22 septembre 2012

La rupture nécessaire

     La politique des technocrates, qui règne aujourd'hui, s'attache essentiellement aux causes matérielles et formelles des problèmes. Nous avons des émeutes dans les banlieues ? Déversons de l'argent, sous forme d'aides sociales, d'équipements sportifs, de postes de travailleurs sociaux, etc... Ainsi, nous nous attaquons à la cause matérielle du malaise. Réformons nos lois afin de mieux réprimer les délinquants : nous nous attaquons à la cause formelle du problème. Bien sûr, ce n'est sans doute pas inutile mais on néglige la cause motrice, à savoir les hommes, et la cause finale, à savoir la vie spirituelle qui sert d'armature à une société. Le technocrate ignore les problèmes spirituels, laïcité oblige ! Il néglige les aspects spécifiquement humains et pense pouvoir tout traiter à coups de lois et de subventions. 

     La vraie rupture est celle qui permettrait de voir les problèmes à l'aide de l'outil des quatre causes. Redécouvrir les quatre dimensions des problèmes humains, parce qu'ils sont contenus dans l'essence même de ce qu'est l'homme, à savoir bien plus qu'un simple "animal rationnel". L'homme est enracinement dans sa famille et dans sa patrie. Il ne faut pas s'étonner qu'en le déracinant, on multiplie les délinquants et les révoltés. L'homme a besoin de valeurs qui le transcendent, et notamment de principes moraux. Nos lois favorisent-elles ces principes ou sont-elles complices d'une démoralisation généralisée ? L'homme a besoin de justice, d'amour et de liberté. Notre justice est-elle exemplaire ? Notre société est-elle une société d'amour ou d'extension sans limites de l'ego ? Notre société favorise-t-elle la liberté ou le collectivisme, la massification, la foule solitaire ? Enfin, l'homme a besoin de spiritualité. L’État doit-il se désintéresser de la non-transmission des valeurs chrétiennes qui furent que cela plaise ou non, le support de la société française depuis 1500 ans ? 

     Poser ces questions comme nous le faisons avec quelques amis au sein de l'Institut néo-socratique (INSO) serait, paraît-il, politiquement non correct. On voit pourtant que la rupture politique doit s'appuyer sur une rupture philosophique par rapport aux erreurs du monde moderne qui s'obstine à ne pas voir dans l'homme ce qui est spécifiquement humain, c'est-à-dire ce qui le distingue le plus de l'animal. Les animaux n'ont pas plus de nation que de religion, ignorent la liberté tout autant que l'impératif moral. Une politique qui cherche uniquement à satisfaire l'animal en l'homme méprise l'homme et ne peut donner de bons résultats. Les philosophies existentielles ont eu raison de dénoncer cette errance du monde moderne, ce nihilisme qui se cache derrière un faux humanisme.

     Les institutions politiques actuelles ne favorisent sans doute pas la prise de conscience nécessaire. Elles ne permettent pas au législateur d’œuvrer sereinement à la confession des lois. Il faudrait que le député soit délivré de la dictature de l'opinion publique et de celle des comités d'investiture des partis. Il lui faudrait un mandat long et sans doute avec une impossibilité de se faire réélire plus de deux fois, cela afin d'éviter qu'il ne pense qu'à sa réélection. Les exemples de la Suisse et du Liechtenstein montrent qu'une dose de démocratie directe peut être salutaire. Dans ces pays, le référendum d'initiative populaire a permis au peuple de s'émanciper de la tutelle des partis. 

     Le pouvoir exécutif a besoin de stabilité.  On voit bien que l'élection du Président de la République au suffrage universel polarise la vie politique de façon excessive. Il faut sans doute réfléchir à d'autres mécanismes. La France a besoin d'un arbitre au-dessus des partis. Le mode de désignation actuel est-il le meilleur ? La rupture peut aussi consister à se poser ce type de question ! Aristote écrivait que le bon régime politique était un mixte de monarchie, d'aristocratie et de démocratie. Ainsi, on éviterait les défauts de chaque système poussé à l'extrême. Là aussi se trouve une piste de réflexion. Mains on ne fera pas l'économie d'une réflexion sur la morale politique afin d'éviter d'avoir ce que nous avons eu souvent : un mixte de tyrannie, d'oligarchie et de démagogie !

Yvan Blot, La nouvelle Revue Universelle, Trimestriel N° 6