vendredi 20 juillet 2012

L'art hérisse les barbus tunisiens


     Les salafistes ne peuvent pas encadrer les artistes tunisiens. Menaces de mort, manipulation, insultes, tout est bon pour casser les crayons, briser les sculptures et décrocher les toiles. 
     Le 10 juin, au dernier jour de la 10e édition du Printemps des arts, un huissier fait irruption au Palais Abdellia, à Tunis, où se tient l'exposition. Il photographie les œuvres et exige que quatre d'entre elles soient retirées avant 18 heures, notamment des bustes de femme lapidées et les mots "Gloire à Dieu" formées par des fourmis. Plus tard dans la journée, les clichés sont exhibés dans une mosquée tenue par des islamistes, et présentés comme "blasphématoires". Sur "Facebook" aussi, les salafistes se déchaînent. Ils postent la photo d'un string rouge et d'un tableau représentant le "Mi'râj" - la nuit de l'ascension de Mahomet - comme exemples de ce qui est exposé. C'est un mensonge. Le string a été piqué sur un site de mode et le tableau est au Sénégal. Tout s'emballe. 
     La nuit même, des islamistes attaquent l'exposition, vandalisent et volent. Le lendemain, à la télévision, le ministre des Affaires religieuses condamne les œuvres, qu'il n'a pas vues. Dans les mosquées, des imams appellent au lynchage des artistes pour apostasie, déchaînent la colère des jeunes islamistes partout dans le pays. Un mort, des dizaines de blessés, des tribunaux, des postes de police, des bâtiments administratifs incendiés. 
     Le 12 juin, le Palais Abdellia était fermé par le ministère de la Culture et une plainte déposée contre les organisateurs de l'exposition. Le lendemain, dans un communiqué, le président de la République et le président de l'Assemblée nationale ont condamné toute attaque contre l'islam, déclarant que la liberté d'expression ne couvrait pas de tels faits.
     Message reçu par Jabeur Mejri, dessinateur de Monastir, emprisonné depuis mars pour avoir croqué Mahomet sur sa page "Facebook". "Insoumission au Livre", "trouble à l'ordre public", le 25 juin, le tribunal d'appel a confirmé la sentence : 7 ans et demi de prison ferme. 
     De quoi nourrir de noirs dessins... 

Le canard enchaîné N°4785