dimanche 13 mai 2012

La dimension psychanalytique inhérente à la révolte de 68


     Janvier 1968 : le ministre français des Sports vient inaugurer la piscine de l'université de Nanterre. Un jeune rouquin l'interpelle avec assurance pour lui reprocher de se comporter comme les nazis qui, eux aussi, encourageaient le sport au sein de la jeunesse.
     Juillet 1998 : unanimité générale au sein des médias et du show-biz pour célébrer dans un élan sublime proche de l'hystérie la victoire de l'équipe de France de football en finale de la Coupe du monde. Et les journaux de multiplier, comme ils le feront, deux ans plus tard, avec la nouvelle victoire des Bleus lors de l'Euro 2000, des dossiers sur "le sport rassembleur, fédérateur, réconciliateur". Il faudrait vérifier, mais il est vraisemblable que ce sont ces mêmes termes qu'utilisaient Goebbels et ses amis...
     Cette anecdote démontre, si besoin en était, combien il faut être prudent avec les grands mots et les grands principes. Et comment ce réflexe 68tard de politiser systématiquement n'importe quel fait de société peut être idiot. Ainsi la célébration de la jeunesse au seul motif qu'il s'agit de la jeunesse. Car, n'est-ce pas, rien ne ressemble plus à une manif de jeunes étudiants français en colère en 1968 qu'une manif de jeunes étudiants allemands en colère en 1930. La seule différence, mais elle est essentielle et historique, réside dans le motif de la colère. Contre "l'université sclérosée" pour les uns, contre "l'université enjuivée pour les autres"...
     Mais il y a, si on ose dire, plus grave. L'incartade de Daniel Cohn-Bendit montre combien le nazisme s'est imposé, et c'est sa paradoxale victoire posthume, comme référence obsessionnelle de la génération 68tarde. Parce que les horreurs dont il fut porteur n'avaient pas alors trente ans, le phénomène est compréhensible. Parce que la génération de Dany pouvait suspecter ses parents d'avoir, sinon collaboré, du moins accepté l'Occupation, s'en dédouaner avec force à n'importe quelle occasion faisait partie de la dimension psychanalytique inhérente à la révolte de 68. Soit, mais en 2001 ?
     Pourquoi, né un quart de siècle après la guerre de parents qui n'avaient pas dix ans en 1945, devrais-je considérer le nazisme ou le fascisme comme une référence permanente dans ma vie quotidienne ? Pourquoi devrais-je estimer que "nazi" ou "facho" est la seule insulte que je puisse jeter à la figure de mon pire adversaire alors qu'il en existe tant d'autres, à connotation sexuelle ou scatologique, qui me paraissent bien plus significatives ? Pourquoi devrais-je partager les obsessions de ces gens hantés par des fantômes qu'ils n'ont d'ailleurs eux-mêmes pas connus en chair et en os ? Pourquoi et surtout jusqu'à quand ? 

Jean-Christophe Buisson, Maos, trotskos, dodo