jeudi 3 mai 2012

Des guerres sans merci ni pardon


C'est le socialiste Guy Mollet qui avait le premier parlé de "la droite la plus bête du monde". Alain Peyrefitte s'en inquiétait également, pensant que, sans ses bêtises et ses divisions, la majorité à laquelle il appartenait pourrait conserver le pouvoir encore très longtemps. Aujourd'hui, on en est encore là. Ressuscitant des querelles dignes de leurs prédécesseurs, en encore plus violent, Nicolas Sarkozy et Dominique de Villepin sont en passe de se livrer une guerre sans merci. L'affaire de Karachi est un prétexte en or pour l'ancien Premier ministre. Le grand air du soupçon est à l’œuvre, avec le soutien des victimes de l'attentat qui a provoqué, en 2002, la mort de onze techniciens français de la Direction des constructions navales (DCN). Le débat sur les responsabilités des différents dirigeants, depuis Édouard Balladur jusqu'à Jacques Chirac, et désormais de leurs successeurs politiques, [peut fortement envenimer les débats]. L'opposition n'a même pas besoin d'en rajouter, tant les intéressés s'en occupent eux-mêmes. La haine est là entre Sarkozy et Villepin, sur fond d'affaire Clearstream. Les boules puantes vont valser. Avec leur effet délétère.
     On a déjà connu cela. Les compétitions internes à droite ont régulièrement charrié leur tas de boue. On se rappelle comment Valéry Giscard d'Estaing avait déstabilisé son futur concurrent Jacques Chaban-Delmas en laissant (en faisant ?) dévoiler sa feuille d'impôt. On découvrait que, grâce à l'avoir fiscal, le populaire maire de Bordeaux s'exonérait de toute participation à l'effort fiscal supporté par ses concitoyens. Ravageur. Une paille à côté duel suivant, entre VGE et Jacques Chirac. L'équipe du premier ne se privait pas de railler les conditions d'achat du château de Bity (acquis par l'élu de Corrèze contre les conseils de prudence de son mentor, Georges Pompidou). Les amis du second se délectaient de l'"affaire des diamants", avant de fournir l fichier des militants RPR au Parti socialiste pour mieux faire battre l'"usurpateur" qui régnait à l’Élysée, objectif atteint en 1981. Raymond Barre, suivant sur la liste des victimes du parti néo-gaulliste, a vu sa réputation de rigueur écornée par les "révélations" sur l'acquisition du terrain et la construction de sa villa de Saint-Jean-Cap-Ferrat obtenues, selon ses détracteurs, par une faveur de l'administration. Bilan : en 1988, François Mitterrand est réélu. Heureusement pour la droite, aucun socialiste ne s'est révélé depuis en état de le battre.

"Traître". Mais pas grâce à la majorité, qui a consciencieusement alimenté et nourri ses haines intra-utérines. En 1995, la bataille fait rage entre Jacques Chirac et Édouard Balladur. C'est la première fois que deux membres du RPR se disputent le pouvoir. Le "traître" Balladur se fait malmener : on lui impute d'étranges revenus en Suisse, laissant entendre qu'il n'aurait pas toujours été si vertueux qu'il veut bien le paraître et on se répand sur l'affaire Schuller-Maréchal. Dans l'autre sens, on s'en prend à des terrains de Bernadette Chirac, un coup tordu attribué à Brice Hortefeux. Le fondateur du RPR est élu et élimine tous les balladuriens, à commencer par Nicolas Sarkozy. L'amertume et la rage subsisteront de part et d'autre, malgré des réconciliations de façade. Quand survient l'affaire Clearstream, Sarkozy, qui en a déjà gros sur le coeur à l'égard des chiraquiens, menace de pendre "à un croc de boucher" l'auteur présumé du forfait, Dominique de Villepin. On connaît la suite. Maintenant, on a la bombe à fragmentation de l'affaire Karachi qui atteint jusqu'à un chiraquien rallié à Sarkozy, Alain Juppé. C'est à qui mouillera le mieux le voisin. Hervé Morin, prédécesseur du maire de Bordeaux à la Défense, tente même d'impliquer son rival centriste François Bayrou, pour ses liens avec la campagne de Balladur...

Le Point n°1993