vendredi 26 août 2016

Pokémon Go à l’aube d’un scandale mondial d’espionnage ?

Pokémon Go n’aurait été créé que pour récolter vos données

C’est en tout cas ce que révèle le journal The Intercept dans un bon papier publié cette semaine. Les journalistes se sont intéressés aux coulisses du jeu de Niantic et plus particulièrement sur le passé particulièrement trouble de son créateur : John Hanke.
John Hanke, avant de créer Niantic, était président de la branche Géo de Google. En 2010, alors  que les Google Cars se baladaient dans les rues d’Allemagne pour cartographier les chemins pour Google Maps notamment, le pays s’est inquiété des données récoltées par les voitures.
Après avoir mené l’enquête, l’Allemagne s’est alors rendue compte que les Google Cars ne se contentaient pas de cartographier les rues mais elles récupéraient en même temps les données WiFi des maisons alentours.
Evidemment, John Hanke, qui était aux commandes se retrouvait face à un scandale d’espionnage de la vie privée de grande ampleur. Google avait alors étouffé l’affaire en expliquant que la récolte massive de ces données n’était de la responsabilité que d’un seul homme : Marius Milner.
La FCC avait par la suite publié un rapport dans lequel Google était bien impliqué dans cette vaste supercherie. Mais là n’est pas la question. Revenons-en à notre cher Marius Milner.
Mais si, Marius Milner, ça ne vous dit rien ? Et oui, il s’agit bien du créateur de… Pokémon Go. C’est quand même presque bien fait le hasard non ?

Pokémon Go au coeur d’un scandale mondial d’espionnage ?

Les deux acolytes à l’origine de Pokémon Go seraient donc des passionnées de la récolte de données nous dit The Intercept. Toujours selon le journal, d’autres éléments le prouvent. Les deux compères ne s’en cachent même pas.
En effet, ceux qui suivent l’actualité doivent le savoir, Pokémon Go est basé sur un autre jeu de réalité virtuelle : Ingress. Et le brevet pour le concept d’Ingress a été déposé par qui ? Roulements de tambours… John Hanke et Marius Milner ! Et voici ce que dit ce brevet pour Ingress :
Le but du jeu est directement lié à la collecte de données ce qui inclut la collecte d’information dans le monde réel et ces informations acquises font partie de la condition pour progresser dans le jeu (…). Le réel challenge repose dans le fait de motiver les joueurs à fournir constamment des données, même après l’engouement provoqué par la découverte du jeu. La collecte d’information se doit d’être aussi divertissante que possible.
Inutile donc d’être un génie pour comprendre que le brevet d’Ingress, sur lequel repose également Pokémon Go, a pour principal but de récolter des données massivement.
D’ailleurs, si on s’intéresse de plus près aux conditions d’utilisation de Pokémon Go, on découvre que Niantic ne cache absolument pas ses intentions. En effet, il est mentionné que Pokémon Go se réserve le droit de récupérer votre localisation bien évidemment, mais également votre adresse IP ou encore toutes les caractéristiques de votre smartphone.
Et ce n’est que la partie disons la moins dérangeante de l’affaire. Car on découvre également que Niantic peut également savoir quelle page internet vous avez consultée en dernier.

Ce qui dérange et qui fait dire que tout ceci est un espionnage, c’est que toutes ces informations sont mêlées aux règles du jeu. Et Pokémon Go étant mis en avant comme un jeu, les utilisateurs ne s’attardent pas sur cette question de récupération des données. Comme dirait l’autre, « si c’est gratuit, c’est vous le produit ».

Lu ici

mercredi 24 août 2016

Avec Valls, la ville d'Evry a une dette qui a augmenté de 276%

Dès 2006, les juges de la Chambre régionale des comptes dénonçaient une "gestion dangereuse" et un "recours excessif à l'emprunt" pour une "faible capacité d'autofinancement". Il faut dire qu'entre 2001 et 2013, la dette de la commune a augmenté de 276%. La Chambre régionale des comptes, dans un autre rapport sur la santé financière de la ville, étudié le 21 novembre 2013 en conseil municipal, évoque une "situation préoccupante". La stratégie du recours à l'emprunt comme moyen de financement s'est en effet accélérée après 2008, lors du second mandat de Manuel Valls. Sur la période qui couvre 2008-2014 les investissements prévus sur la commune s'élèvent à 91 millions d'euros, financés à 60% par l'emprunt. Sur cette somme 76,6 millions ont déjà été dépensés dans la rénovation du quartier des pyramides (une "zone urbaine sensible") et du Bois sauvage.

Emmanuel Ratier, Le vrai visage de Manuel Valls

Eloge de la lenteur, ou la nécessité de ralentir pour le bien de la famille

              
repas-en-familleEntre le cours de violon et l’entraînement de sport, les enfants ont de moins en moins de temps pour… être des enfants, tout simplement. Et si on leur laissait la chance d’explorer le monde à leur propre rythme? Regard sur un phénomène qui prend son temps: le slow parenting.
Le slow parenting est un mouvement qui fait l’éloge de la lenteur, à l’époque où les familles vivent à un rythme plus effréné que jamais.
Le slow parenting n’implique pas de tout faire à un rythme désespérément lent. Il s’agit plutôt de mener la vie qui nous convient, tout simplement, précise Bernadette Noll, qui  a fondé l’organisation étasunienne Slow Family Living avec la psychologue Carrie Contey. «Il faut se demander continuellement si ce qu’on fait fonctionne pour nous, dit-elle. Nous pouvons nous poser cette question souvent, chaque semaine s’il le faut. Si la réponse est oui, continuons ; mais si on répond par la négative, il faut trouver des façons d’y remédier, petit à petit.»
L’idée n’est pas nécessairement d’en faire moins, mais plutôt de le faire différemment, poursuit Mme Noll.
«Je ne crois pas que l’essence du slow parenting soit de ne plus s’engager dans des activités. L’important est plutôt que, même durant ces moments, nous ayons la capacité d’être présents. Ça ne prend pas d’immenses morceaux de temps pour trouver la connexion que nous recherchons.»
Selon elle, cette connexion entre les membres de la famille peut être établie par de petits moments volés ici et là dans le feu de l’action. «Par exemple, si, après le travail, on doit aller chercher les enfants à l’école puis les reconduire quelque part, au lieu de presser tout le monde pour se rendre au prochain endroit, on peut prendre le temps de se poser pendant 30 secondes ou une minute. Ou encore, prendre quelques moments pour se regarder dans les yeux le matin, au lieu de courir partout.»
Aussi, si les horaires des activités sont trop contraignants, on peut les adapter pour qu’ils nous conviennent. Par exemple, les cours de football devenaient un vrai casse-tête à gérer pour la famille de Bernadette Noll.
Quelques autres familles du voisinage et elle ont démarré une ligue «informelle» où ils jouaient pour le plaisir, au moment qui leur convenait le mieux. «Tout le monde participait : les parents, les enfants. Alors, au lieu de voir le sport représente une plage de temps où nous ne faisions que déposer chaque enfant sur un terrain différent, c’est devenu un moment privilégié où nous pouvions échanger entre nous.»
Cet allègement d’horaire ne peut qu’avoir des retombées positives sur les enfants, croit Carl Honoré, un Canadien établi à Londres qui a publié plusieurs livres sur la lenteur. «Les parents doivent faire un pas en arrière et donner aux enfants l’espace et le temps d’interagir avec le monde, selon leurs propres termes ; de commettre des erreurs, et même de se blesser parfois», énonce-t-il. Ainsi, on leur donnera la chance de découvrir eux-mêmes qui ils sont, plutôt qu’ils se conforment à ce qu’on attend d’eux, affirme M. Honoré, lui-même père de deux adolescents.
Il déplore que les enfants d’aujourd’hui aient moins de temps à consacrer à des jeux libres, non structurés. «C’est un vrai problème, car ce type de jeux est essentiel à leur développement. Cela contribue à façonner leur cerveau, leur apprend à être inventifs, et même à trouver un sens à notre monde, ainsi que la place qu’ils y occupent.»


Techno, mais pas trop
Bien sûr, la technologie joue un rôle dans l’accélération de nos vies et, par conséquent, dans notre présence moins soutenue. «Ce n’est pas vrai que notre esprit peut être dans deux conversations à la fois», croit Bernadette Noll.
Heureusement, comme le souligne Carl Honoré, ces petites machines ont un bouton Arrêt qu’il ne faut pas hésiter à enfoncer. «Nous pouvons utiliser la technologie intelligemment, dans l’esprit de la lenteur, et en tirer le meilleur parti», suggère-t-il.
Selon Bernadette Noll, ces moments où nous sommes totalement présents contribuent aussi à bâtir une relation privilégiée avec nos enfants. «Quand on y pense, la proportion du temps où nous vivons tous sous le même toit est très courte par rapport à l’échelle de notre vie, dit-elle. Alors passer du temps avec nos enfants chaque jour, nous assure que cette connexion soit bien en place et qu’elle perdure lorsque nous ne vivrons plus ensemble.»
Ce sont également ces moments précieux qui se graveront dans la machine à souvenirs, selon Carl Honoré. «Et non lorsque nous brûlons un feu rouge pour arriver à temps à la pratique de hockey…»
Alors qu’on souhaite donner une enfance privilégiée à nos enfants en leur faisant faire le plus de choses possible, le bonheur pour eux est peut-être beaucoup plus simple, selon Bernadette Noll.
«Je crois que si on demande à n’importe quel enfant ce qu’il désire le plus, il va probablement vouloir passer du temps avec ses parents, et avoir un peu d’attention de leur part», conclut-elle.
Quelques trucs pour ralentir
Comment appliquer les principes du slow parenting dans le quotidien? Voici quelques trucs concrets que Carl Honoré, roi de la lenteur, donne aux familles. Première recommandation: ne pas suivre toutes les recommandations, car l’idée reste d’alléger son horaire!
• Placez les pièces d’un gros casse-tête quelque part dans la maison et laissez la famille (ou les visiteurs) l’assembler sur une échelle de plusieurs jours.
• Désignez certaines heures dans la journée où les écrans sont interdits et, durant cette période, placez tous les téléphones, tablettes et autres appareils électroniques dans une «boîte à gadgets».
• Consacrez une soirée par semaine à faire quelque chose d’agréable et relaxant en famille: regarder un film en mangeant du pop corn, jouer à des jeux de société, inventer des charades…
• Mangez tous ensemble (avec les appareils électroniques éteints) au moins une fois par jour.
• Encouragez les enfants à se retrousser les manches et à travailler dans le jardin : planter, arroser et nourrir quelque chose de comestible (ou de non comestible).
• Réglez l’alarme 10 minutes plus tôt chaque matin, pour que toute la famille puisse commencer la journée de manière plus détendue.

P. M. Astiguerta

Lu ici

lundi 15 août 2016

Péril bourge, tu ne passeras pas !


Marsault et la purification éthique

Facebook a supprimé la page du dessinateur Marsault. Pourquoi ? Parce que ce dangereux individu, armé jusqu’aux dents d’un crayon, ne plaît pas à tout le monde…

Facebook vient de supprimer la page du dessinateur Marsault. Pourquoi ? Parce que les dessins de ce nouveau Gotlib n’ont pas l’heur de plaire à tout le monde. « Misogyne », « raciste », « homophobe », « fasciste » : l’artiste a été qualifié, en moins de vingt-quatre heures, de tous les noms.

Les « antiracistes » d’opérette sont de sortie

Il s’est même trouvé, sur le web, des « antiracistes » d’opérette(1) pour se livrer à de scandaleuses affabulations : ainsi prétendent-ils que le dessinateur serait un proche d’Alain Soral et qu’il s’apprête à publier son premier album chez Ring, jeune maison d’édition « qui accueille Laurent Obertone, auteur d’une ode à Breivik […] et les délires racistes de Renaud Camus ».

C’est Laurent Obertone qui va être content qu’on le confonde avec Richard Millet, auteur d’un Éloge littéraire d’Anders Breivik, et c’est Renaud Camus qui va se réjouir d’avoir trouvé un nouvel éditeur… Obertone a écrit Utøya, qui est tout sauf une ode au terroriste norvégien. Quant à Renaud Camus, il est toujours publié « chez l’auteur ».Un seul s’attristera vraiment de toute cette affaire, c’est le directeur littéraire des éditions Ring : Raphaël Sorin. Son nom compte dans l’édition française et en faire le parrain d’une maison « d’extrême droite » n’est pas seulement une insulte. C’est d’un ridicule achevé pour qui connaît sa nature, son tempérament et ses engagements(2).

Certes, la « fascisation » de l’adversaire est une technique éprouvée par une certaine gauche(3). Mais calomnier pour calomnier, mentir pour mentir, pourquoi nos antiracistes d’opérette n’ont-ils pas eu l’audace de pousser le bouchon un peu plus loin encore ? Il ne fallait pas se gêner ! Pourquoi n’ont-ils pas fait du dessinateur Marsault, ce grand garçon tatoué de près, la fille cachée d’Adolf Hitler, née dans un Bunker en 1945, exfiltrée par le Vatican en Amérique du Sud et revenue récemment en Europe dans les cales d’un cargo de contrebande pour porter un coup fatal aux plus démocratiques de nos valeurs ? Pourquoi reprocher à Marsault d’être seulement fasciste, alors qu’il était si simple d’en faire un nazi ?

Marsault et les ligues d’indignés

Bien décidés à en découdre avec Marsault, nos meilleurs antiracistes, nos plus beaux antifascistes et nos féministes les plus zélés ont lancé auprès de Facebook une campagne de « signalements ». On n’arrête pas le progrès : même plus besoin de retrouver le numéro exact de la rue Lauriston, ni d’affranchir sa lettre au tarif en vigueur en 1942. Un clic désormais suffit. Cela a marché : la page de Marsault a été rapidement supprimée du célèbre réseau social.

C’est la nouvelle règle : quand on n’est pas d’accord avec quelqu’un, on ne cherche pas à débattre, à s’opposer à lui, voire à l’ignorer. On exige sa pure et simple suppression. On lui dénie le droit d’exister et de mener sa vie propre. Ce n’est ici rien d’autre que la jurisprudence Kouachi appliquée, dans la joie et la bonne humeur, aux réseaux sociaux. On a les armes automatiques qu’on peut.

Il faut, quand même, être sacrement dérangé pour vouloir priver un dessinateur d’un de ses moyens d’expression, quand on peut simplement l’ignorer. Je ne goûte pas, par exemple, les dessins de Jean Plantu. Mais cela ne me traverserait pas un instant l’esprit de réclamer à Facebook son bannissement. Je me contente, tout bonnement, de ne pas suivre ses publications – et je ne m’en porte pas plus mal.

Dans une société où les idées et les opinions sont réputées être libres, l’indifférence est la plus grande sagesse qui soit. C’est même une planche de salut, si l’on ne veut pas perdre la raison et épuiser ses nerfs face aux stupidités qu’un cerveau humain est capable de produire en une seule journée. Imaginez un monde où il faudrait s’indigner, tour à tour, du prêche farfelu d’un imam, des arrière-pensées d’un cardinal, des déclarations stupéfiantes d’un ministre ou des dessins d’un artiste ? Ce ne serait pas un monde vivable. C’est l’indifférence – c’est-à-dire la capacité à se moquer des opinions des autres comme de colin-tampon – qui rend la vie possible.

Or, les réseaux sociaux ne fonctionnent justement pas à l’indifférence. C’est l’indignation qui souvent les alimente, dans un mouvement perpétuel, quasi-brownien. L’important est de trouver chaque matin un sujet pour s’indigner. Il faut nourrir la bête. Seulement, on n’a jamais rien fait dans le monde en s’indignant : ni une œuvre d’art, ni un empire, ni une civilisation. L’indignation n’a jamais servi, dans l’histoire, qu’à une seule chose : fournir une raison sociale aux ligues de vertu.

Comment voulez-vous qu’une ligue de vertu comprenne quelque chose à un dessin ? Une ligue de vertu, Monsieur, ça ne dessine pas. Ça s’indigne. C’est son métier.

Marsault : le nouveau Gotlib

Prenons un dessin de Marsault. C’est le nouveau Gotlib. Son encrage, qui atteint une forme de perfection, le rapproche du grand maître. Comme Gotlib, c’est un autodidacte. L’un et l’autre ne sont pas nés avec une cuiller en argent dans la bouche. L’un et l’autre savent ce que gagner son pain à la sueur de son front signifie. Ils savent aussi qu’ils sont, même s’ils s’en défendent, des enfants de la « Ligne claire », c’est-à-dire d’un style graphique limité à sa plus simple expression. Mais un style qu’ils ont singulièrement renforcé par un concours accentué de noir. L’encrage n’est pas chez un dessinateur un simple accessoire. L’encrage est le dessinateur.

Sur sa page Facebook, Marsault publiait régulièrement des dessins où le protagoniste principal, Eugène, se montrait toujours d’une violence extrême avec quiconque. C’est devenu un gimmick connu de tous les amateurs de Marsault : un type tient un propos convenu, Eugène arrive en char d’assaut et le détruit. Ce n’est pas toujours drôle, mais ça l’est très souvent.

Tiré de Marsault revival (fb)
Dans le dessin que nous publions ci-contre (cliquer sur l’image pour l’agrandir), un protagoniste lambda déclare, bave aux lèvres : « Les filles qui s’habillent de manière provocante, c’est quand même un peu normal qu’elles se fassent violer… Hhhrrr salopes. » Nous avons droit dans la case suivante à un gros « Breum ». Puis, sur deux cases, à la conclusion d’Eugène : « Les connards dans ton genre, c’est un peu normal qu’ils se fassent éclater. » Ce dessin est évidemment violent. Mais la violence n’est pas là où on le croit. Elle ne se situe pas dans le tir d’artillerie d’Eugène, mais bien dans les propos de celui qu’il vient de disperser façon puzzle. Le « Breum » marsaultien est un contrepoint cathartique, qui montre crûment la véritable violence qui opère dans la banalité des propos ordinaires. Si l’on n’a pas compris que la justification du viol par « l’impudeur vestimentaire » de la victime est la forme la plus veule, la plus lâche, la plus dégueulasse de violence, c’est qu’on n’a rien compris à rien. Si l’on n’a pas compris qu’un dessin reste un dessin et que l’image n’est jamais la réalité, c’est qu’on a touché le fond et qu’on est définitivement un imbécile.

Surveiller et punir

La génération d’hier – celle qui a cru faire la « révolution », alors qu’elle ne faisait que se rouler des patins et des joints – voulait qu’il fût « interdit d’interdire ». Le shit devait être frelaté, car elle a accouché d’enfants maléfiques – moitié Chucky, moitié O’Brien – et ces semi-monstres n’ont plus qu’un mot d’ordre à la bouche : « Il faut interdire ! Tout interdire. » Ils veulent surveiller et punir, contrôler et sévir, juger et censurer.

Leur vie est simple. Anastasie avait besoin de ciseaux pour caviarder la presse. Napoléon III avait besoin de Pinard(4) pour proscrire Les Fleurs du Mal et Madame Bovary. McCarthy avait besoin de l’appareil d’État américain pour traquer communistes et homosexuels. Un clic désormais suffit à nos vertueux censeurs pour exercer leur molle dictature sur le monde et se livrer, impunis, à leur jeu favori : la purification éthique.

Aie foi en Dieu et garde ta poudre au sec !


samedi 13 août 2016

Le football américain version asiatique

A Chartres, deux ans de prison ferme pour consultation de sites terroristes

1ere condamnation d'une probablement longue série et qui s'étendra peu à peu à tout "crime de la pensée". Si il faut évidemment se prémunir contre nos ennemis de l'intérieur, il n'est nul besoin de s'attaquer aux pensées. Commençons par fermer les mosquées incitants au meurtres, expulser les délinquants bi-nationaux, les clandestins... On commencera déjà à y voir un peu plus clair.
ODA

La consultation de sites faisant l’apologie du terrorisme est puni par la loi depuis quelques mois seulement. Lundi 8 août, un homme a été condamné à deux ans de prison ferme par le tribunal correctionnel de Chartres pour avoir consulté, de façon répétée, des sites incitant à commettre des actes terroristes.

Repéré par les services de renseignement, cet homme de 31 ans a été interpellé en fin de semaine dernière à Chartres puis jugé en comparution immédiate. Sa peine est deux fois plus lourde que celle requise par le parquet et correspond à la peine maximale encourue. Il a été immédiatement incarcéré.
Selon L’Echo républicain, l’homme consultait de plus en plus souvent ce type de sites, ainsi que des vidéos de décapitation. Il aurait aussi effectué des recherches en ligne pour trouver des armes. Sur son profil Facebook, il avait laissé entendre qu’il comptait s’en prendre à la tour Montparnasse à Paris et avait recherché des plans de l’édifice. Il a assuré, face aux juges, qu’il n’agissait que « par curiosité », relate le quotidien.

Mesure controversée

La loi de réforme pénale, adoptée le 25 mai dernier, prévoit de punir « de deux ans d’emprisonnement et de 30 000 euros d’amende » le fait de « consulter habituellement » des sites internet qui incitent « directement » à commettre des « actes de terrorisme » ou qui, par des « images ou représentations montrant » des « atteintes volontaires à la vie », en font « l’apologie ». Ne sont pas concernés les journalistes, les chercheurs ou les enquêteurs qui travailleraient sur ces contenus.
Cette mesure, très controversée, était discutée depuis des années. Le gouvernement de Nicolas Sarkozy avait tenté, en vain, d’insérer cette disposition dans le droit français en 2012. Le Conseil d’Etat avait alors jugé que cette mesure conduirait à menacer de prison des individus qui « [n’auraient] commis ou tenté de commettre aucun acte pouvant laisser présumer qu’[ils auraient] cédé à cette incitation ou [seraient] susceptibles d’y céder ». Il avait estimé à l’époque qu’elle rentrait en contradiction avec la Constitution française et les textes européens.

Lu sur Le Monde

vendredi 12 août 2016

1984 n'était pas supposé devenir un manuel d'instruction


Un touriste chinois perdu dans la « jungle bureaucratique » pour réfugiés en Allemagne


Un centre pour réfugiés à Berlin.

Un touriste chinois visitant l’Europe a été envoyé dans un camp de réfugiés pendant deux semaines après une série absurde d’incompréhensions, d’erreurs et d’absence de communication, illustrant ce que la Croix-Rouge allemande appelle « la jungle bureaucratique » d’un pays confronté à un afflux de demandes d’asile depuis plusieurs années.

L’homme de 31 ans, appelé « Mr. L » par l’association, s’est fait voler son portefeuille en visitant la ville de Heidelberg. Ne parlant que mandarin, il veut signaler le vol mais se rend à la mairie au lieu du commissariat. Ne parlant pas mandarin, le fonctionnaire prend « Mr. L » pour un réfugié et lui tend une demande d’asile, qu’il remplit et signe, raconte Christoph Schlütermann, le responsable de la Croix-Rouge qui a découvert l’improbable imbroglio.
« Il a lancé une machinerie dont il ne pouvait plus se sortir », a constaté Christoph Schlütermann après coup. Le touriste chinois est envoyé en bus dans un centre pour réfugiés à Dülmen, près de Dortmund, à 360 kilomètres.

« Il a dit qu’il n’imaginait pas l’Europe comme ça »

Comme pour chaque demande d’asile, la procédure est appliquée : son passeport est confisqué, ses empreintes digitales sont enregistrées, il passe un examen médical et reçoit une somme d’argent pour pouvoir se nourrir. Le ressortissant chinois ne peut pas communiquer, mais il ne fait pas de scandale. Il ne se plaint pas, ce qui explique que la situation ait pu durer aussi longtemps. Christoph Schlütermann :
« Il semblerait qu’il y ait eu beaucoup de soumission à l’autorité de sa part. Il a simplement fait ce qu’on lui demandait ».
Entre 2015 et 2016, 1,3 million de migrants sont arrivés en Allemagne, essentiellement en provenance de pays en guerre comme la Syrie, l’Irak et l’Afghanistan. La Croix-Rouge dit que le nombre de réfugiés chinois est minuscule en comparaison, mais il existe.
Les bénévoles du centre pour réfugiés ont commencé à se douter que quelque chose n’allait pas en regardant le comportement de cet étranger, bien mieux habillé que ses voisins, et qui « demandait à récupérer son passeport, à l’inverse de la plupart des réfugiés ».
C’est finalement une application traduction mandarin-allemand et l’aide d’un restaurateur chinois du coin qui aideront la Croix-Rouge à découvrir leur erreur, et ce que voulait leur dire « Mr. L » : essentiellement, je veux aller en France et en Italie, pas demander l’asile ici. Les affaires du malheureux touriste lui furent restituées, mais pas avant que les services allemands perdent son passeport, ce qui retarda encore son départ.
La Croix-Rouge dit ne pas avoir connaissance d’un autre incident de ce type.
« Malheureusement, l’Allemagne est un pays extrêmement bureaucratique, dit Christoph Schlütermann. Nous avons une montagne de paperasse, surtout pendant la crise des réfugiés. »
Selon l’ONG, l’homme était content de quitter le camp de réfugiés et, fidèle à l’amabilité qu’il montra pendant presque deux semaines, remercia tout le monde pour leur aide et leur gentillesse. « C’était un moment extraordinaire, se rappelle Christoph Schlütermann. Il a dit qu’il n’imaginait pas l’Europe comme ça. »


Lu sur Le Monde

mercredi 10 août 2016

Il faut lire à la place...


À la recherche d’un job : une matinée à Pôle Emploi

Photo via Flickr.
Aux dernières nouvelles, la France va mal. Malgré les récents et nombreux éclats médiatiques de la part du président François Hollande au sujet de la « reprise de la croissance ! » et de la « baisse du chômage ! », le fait est que l'économie française est en pleine récession. Au mois de juin 2016, Pôle Emploi faisait état de quelque 5 428 000 chômeurs de catégorie A, B et C, parmi lesquels 2 451 000 chômeurs longue durée. Le nombre de chômeurs dits de longue durée (sans emploi depuis un an et plus) a explosé depuis la crise économique de 2008 ; entre cette année et 2016, on note une augmentation vertigineuse de 151 %. Pour trouver un emploi ou une formation, toutes ces personnes se retrouvent parmi les interminables listes d'attente des quelque 900 agences Pôle Emploi de France. C'est dans l'une d'elles, près de la gare de Grenoble, que je me suis rendu.

Si l'inénarrable France « Blacks-Blancs-Beurs » a perdu de son pouvoir fédérateur depuis la Coupe du Monde 1998, la salle d'accueil de Pôle emploi fait partie de ces derniers endroits multiculturels où Noirs, Blancs, Arabes, homos, trans, vieux, musulmans, cathos, handicapés et jeunes se retrouvent. Dans la misère, donc. Et pour reprendre le vieil adage de Sarkozy, il s'agit indubitablement d'une France « qui se lève tôt ». Il est 8 h 20 lorsque je rejoins cette foule qui, comme moi, cherche du boulot.

Le matin, comme à l'habitude, les conseillers sont à l'étage. Ils s'attellent à une réunion qui leur permet de se préparer collectivement à la journée. Dehors, par la fenêtre, les conseillers peuvent déjà apercevoir une dizaine de demandeurs d'emploi. Le soleil est levé, et les chômeurs sont là, à attendre leur heure. Je les vois trépigner. Certains fument une dernière cigarette. J'essaie d'aborder un homme, la cinquantaine, vêtu d'un survêtement Adidas élimé et d'une casquette délavée. Il me répond sans même parler, juste avec un sourire d'excuse.

Moi, j'ai une feuille dans la main. En noir et blanc, il y a inscrit ma (courte) vie. Celle de journaliste que j'essaie de créer. La fac d'histoire, une prépa, puis une école de journalisme. Et puis deux, trois autres trucs. J'ai essayé le travail en entrepôt, où palettes et cartons remplissent des racks à l'infini. J'aurais préféré lire les livres qu'ils contenaient, plutôt que de les soulever inlassablement. Comme beaucoup, j'ai aussi fait un petit tour en cuisine dans un restaurant. Le stress du rush, les serveurs débordés. J'ai fermé cette porte, pour en ouvrir une autre. Celle de l'agence Pôle Emploi.

Les portes s'ouvrent, et je vois cet homme approcher de l'accueil. Face au conseiller, il lui est très difficile d'expliquer son souci : l'homme ne parle pas très bien français. Un traducteur improvisé, lui aussi demandeur d'emploi, intervient à la rescousse pour tenter de sauver la situation. « En général, les demandeurs d'emploi qui viennent le matin ont des soucis qu'on va essayer de régler », estime Mickael, conseiller Pôle Emploi.

Photo via Flickr.
Très vite, la file d'attente pour parler au conseiller s'allonge. Catherine, la quarantaine, est partie s'asseoir, respirer un peu. Elle a le visage défait. Elle vient pour un trop-perçu. « Pôle Emploi me demande de rembourser, et je ne sais juste pas comment faire », se désole-t-elle, depuis un an au chômage.

Sans surprise dans un endroit où se côtoient des gens à la recherche d'un job ou d'une indemnisation qui leur évitera de se retrouver à la rue, il arrive que des tensions fassent jour. L'équipe de l'agence, habituée à gérer les plus énervés, n'en souffre pas moins. Un bouton caché permet à chaque conseiller d'alerter ses collègues.

Mickael se souvient : « Dans mon cas, c'est parti une seule fois en couille. Ce n'était pas possible d'échanger avec le demandeur. Alors il a fallu le calmer avec le chef d'agence, dans une salle au calme. » D'autant que les problèmes sont souvent les mêmes. Radiations ou erreurs d'indemnisations. Pour le premier, des solutions peuvent être négociées. « À l'époque de l'ANPE, la radiation, c'était direct au premier rendez-vous manqué –même avec un justificatif », se rappelle François, un autre conseiller. « Alors que maintenant, il y a un avertissement. On est moins dur. » Pour le second, c'est une autre histoire. Une histoire liée à la création de Pôle Emploi.


Avant 2008, deux agences aidaient les demandeurs d'emploi. L'Agence nationale pour l'emploi (ANPE) était chargée d'aider la population à trouver un taf. Les Assedic, pour Associations pour l'emploi dans l'industrie et le commerce, se chargeaient pour leur part d'indemniser les chercheurs d'emplois. En 2008, sous Sarkozy, les deux organismes ont fusionné. La nouvelle idée, c'est celle que le demandeur soit suivi par un seul conseiller, omnipotent, lequel peut, grâce à sa relation suivie avec ledit demandeur, régler tous les soucis.

Huit ans plus tard, le constat est beaucoup plus mitigé. Et seul un conseiller par agence reste spécialiste dans le secteur ô combien important de l'indemnisation. Le super-conseiller n'est pas arrivé. « Pourtant, l'une des premières choses que l'on fait lors d'une inscription à Pôle Emploi, c'est l'indemnisation du demandeur d'emploi. Ça permet de rassurer la personne », poursuit Mickael. « Ces problèmes sont difficiles à résoudre pour les conseillers. Les trop-perçus et les diverses indemnisations entraînent tout un tas de tracasseries » me dit François, un autre conseiller de l'agence. Parfois, cela se termine dans les larmes. Le plus souvent, une remise de dettes arrive à être négociée.
Autant être honnête : être conseiller cher Pôle Emploi n'est pas un travail spécialement rigolo. « L'un des chefs d'entreprise que j'ai rencontrés m'a dit cash : "je veux pas d'Arabes" ».
De ce que je vois, il y a deux sortes de chercheurs d'emploi. Et tout se joue dans le regard. Les nouveaux ont presque un air de candeur. Certes, ils n'ont pas de travail – mais bon, Pôle Emploi est là justement pour trouver un job, non ? Et puis il y a les autres. Qui connaissent les lieux. Ceux-là ont un regard plus désespéré. Qui hurle les heures qu'ils ont déjà perdues ici, et qu'ils perdront encore. Dans leurs yeux, on peut lire toutes les questions qu'ils se posent : « Est-ce que tel problème, plus ou moins grave, finira par être résolu ? » ; « Vais-je enfin pouvoir être indemnisé ? » ; « Vais-je réussir à finir le mois ? »

Une mère de famille, d'origine africaine, se présente alors. Elle a ce regard-là. Son jeune fils, qui la suit, joue à Candy Crush sur son portable. Son tour vient. Puis c'est celui d'un jeune homme, en tongs et lunettes. Je le vois s'approcher d'une conseillère. Il avait l'air un peu trop motivé. « Vous ne pouvez pas encore vous inscrire. Vous êtes encore étudiant. Revenez nous voir en septembre », lâche la conseillère dans un sourire. Il n'a pas encore le droit de rentrer dans la cour des grands – celle des vrais chômeurs.

Dans un coin de cette agence trône une belle et désuète cabine téléphonique. Le fil pend mollement, triste de ne plus avoir été saisi depuis des lustres. Ce téléphone, réservé aux coups de fil pour trouver un taf, qui s'en sert en 2016 ?

Car l'une des nouveautés de notre siècle, c'est Internet. Vous le savez sans doute, désormais, tout passe par le Web. C'est évidemment la même chose en ce qui concerne la recherche d'un emploi. L'inscription, la mise à jour de sa situation, les indications quant aux avancées éventuelles vis-à-vis de telle ou telle entreprise. Pour les gens nés avant les années 1970 ou 80 qui sont tout sauf des digital natives, il devient nécessaire de passer le pas. Sans surprise, tout le monde ne s'y fait pas.

Assise devant un ordinateur, une femme désespère, le regard dans le vague. « Je suis désolé, j'y comprends rien » se désole la dame, la quarantaine pimpante, à quelques mètres de moi. La conseillère venue à sa rescousse la rassure. Mais la femme se lève, puis s'en va. Malheureusement sans avoir réussi sa mission : imprimer un document. « Je reviendrai » glisse-t-elle, à peine convaincue. La conseillère, à l'écoute dans la salle, est elle-même embauchée dans le cadre d'un CAE, un Contrat d'accompagnement dans l'emploi, un nouveau dispositif de retour dans le monde du travail. La boucle est bouclée.

Après environ une heure à surfer sur les diverses propositions de jobs, je m'adresse enfin à un conseiller qui s'occupera de mon cas. Celui-ci ressemble selon toute vraisemblance à un conseiller, c'est-à-dire qu'il a l'air tout à fait normal. Au fil de la discussion, il m'explique être un « conseiller entreprise ». Il s'appelle Terry. Son rôle principal – en plus d'aider les gens à trouver un job – est donc de trouver de véritables débouchés pour les chercheurs d'emplois. L'intérêt pour l'entreprise, en contrepartie, c'est d'éviter de passer par des agences d'intérim, qui coûtent deux fois plus cher qu'un bon vieux CDD dégotté via Pôle Emploi.

Autant être honnête : il ne s'agit pas d'un travail spécialement rigolo. « L'un des chefs d'entreprise que j'ai rencontrés m'a dit cash : "je veux pas d'Arabes" » s'étrangle le conseiller. Le but de la manœuvre, pour Pôle Emploi, c'est d'avoir à disposition un pool d'entreprises qui recrutent réellement. L'idée est d'accélérer au maximum le processus d'embauche. « On met trop de temps pour placer les gens ; c'est notre problème principal à Pôle Emploi », continue-t-il. Du coup, pour inverser la courbe du chômage –promesse de campagne érigée tout en haut des priorités de François Hollande –, Pôle Emploi fait tourner à plein la formation.

Mickaël, le conseiller, m'explique : « Quand les chômeurs sont en formation, ils sortent de la catégorie "chercheurs d'emploi" ». Être chercheur d'emploi, c'est appartenir à la fameuse catégorie A, celle des chômeurs dits inactifs, et c'est celle qui est analysée tous les mois, par tous les médias, pour savoir si le pays va bien. Comme à peu près tout en politique, il s'agit d'une combine. Celle-ci semble un peu grosse, mais a l'air de marcher.

Il est midi. La fin de la période d'accueil approche. Les conseillers viennent aborder leurs derniers rendez-vous de la matinée. J'en fais partie. Il s'agit de ma toute première inscription à Pôle Emploi. Avec la conseillère, on fait ensemble le tour de mes expériences. Elle note mes envies sur une feuille. À la question « Cherchez-vous un job dans la France entière ? », je réponds non. La conseillère lève un sourcil. Dans un chuchotement, elle souffle : « Eh bien, ça va pas être facile. » J'en conviens. Puis un coup de fil nous interrompt. On perd le fil de l'histoire. Je suis son cinquième rendez-vous de la journée. La femme assise devant moi semble exténuée.

Après avoir bouclé le dossier, une erreur apparaît. Moment de panique. La conseillère se prend la tête dans les mains, affolée : toutes les infos notées viennent manifestement d'être supprimées. Elle me regarde. « C'est pas ma journée », conclut-elle.

Jean-Baptiste est sur Twitter.

mardi 9 août 2016

Le Kosovo c'est la Serbie !


Invasion de l'Irak : le rapport qui accable Blair, suiveur aveugle de Bush

Après sept années d'enquête, la commission Chilcot a rendu ce mercredi 6 juillet ses conclusions sur la participation du Royaume-Uni à l'invasion de l'Irak en 2003 auprès des Etats-Unis de George W. Bush. Et il est peu de dire qu'elles sont accablantes pour le Premier ministre britannique de l'époque, Tony Blair…
Des manifestants se sont grimés en Tony Blair et George W. Bush ce mercredi à Londres. - Sipa
Commandé en 2009, ses conclusions devaient être initialement rendues un an plus tard. Mais l'audition de près de 120 témoins et la déclassification de documents secrets ont à maintes reprises reporté la publication du rapport Chilcot, du nom de son président. Le fruit d'une large investigation sur les conditions de la participation du Royaume-Uni à l'invasion en 2003 de l'Irak auprès des Etats-Unis, qui dresse notamment un portrait au vitriol de Tony Blair. Le Premier ministre britannique de l'époque y est accusé d'avoir précipité par simple suivisme son pays dans une guerre qui a coûté la vie à 179 soldats du royaume et à des milliers d'Irakiens.

La guerre n'était pas la seule issue

Le 20 mars 2003, la coalition internationale emmenée par les Etats-Unis envahit l'Irak de Sadam Hussein. Parmi les belligérants occidentaux se trouvent l'Australie, la Pologne, la Corée du Sud et le Royaume-Uni. Tous suivent Washington sur la foi d'un mensonge établi depuis, selon lequel le régime de Saddam Hussein possédait des armes de destruction massive. La France de Jacques Chirac, elle, par la voix de Dominique de Villepin, a refusé de s'engager. Et John Chicot, le président de la commission qui porte son nom, lui donne à nouveau raison :

"En 2003, il n'y avait pas de menace imminente de Saddam Hussein. La stratégie de confinement pouvait continuer pour un certain temps (…) Nous avons conclu que le Royaume-Uni avait choisi de se joindre à l'invasion de l'Irak avant que les options pacifiques pour un désarmement aient été épuisées. L'intervention militaire n'était alors pas l'ultime recours".

Tony Blair à la botte de George W. Bush

AUX CÔTÉS DE BUSH "QUOIQU'IL ARRIVE"Mais pourquoi Tony Blair s'est-il ainsi précipité ? La réponse figure parmi les documents déclassifiés par la commission Chilcot, qui comprennent la correspondance de l'occupant du 10 Downing Street avec George W. Bush. Dans une lettre rédigée le 28 juillet 2002, le Premier ministre britannique écrit au président américain qu'il sera à ses côtés "quoi qu'il arrive". John Chilcot précisant que le Britannique n'a pas "insisté auprès du président Bush pour obtenir des assurances fermes sur les plans américains".

Négligence sur les armes de destruction massive

Colin Powell brandissant au Conseil de sécurité des Nations unies un flacon bidon pour prouver la présence sur le territoire irakien d'armes de destruction massive… Ce qui reste l'image la plus forte du mensonge américain illustre en effet la négligence dont ont fait preuve les services de renseignement des alliés occidentaux. Ainsi, John Chilcot, n'épargne pas les services britanniques :
"Il est maintenant clair que la stratégie en Irak a été conçue sur la base de renseignements et d'estimations déficientes. Elles n'ont pas été critiquées, et elles auraient dû l'être (…) Les conclusions sur la gravité de la menace posée par des armes de destruction massive irakiennes ont été présentées avec une certitude qui n'était pas justifiée".
Tony Blair a beau se retrancher ces derniers mois derrière "le fait que les informations données par les services secrets étaient fausses", la commission Chilcot lui renvoie la responsabilité de ne pas les avoir suffisamment critiquées, et ainsi d'avoir fermé les yeux sur un mensonge éhonté.

Quels risques encourt Tony Blair ?

Certaines familles de soldats britanniques morts en Irak ont prévenu avant même la publication du rapport Chilcot : "Il pourrait servir de base à une action en justice contre Blair, ses ministres ou le gouvernement en général". De leur côté, des députés espèrent se saisir du document pour lancer une procédure d'"impeachment" à l'encontre de Tony Blair, qui pourrait ainsi perdre a posteriori son titre de Premier ministre. Un mécanisme qui n'a pas été utilisé depuis 1806 et qui revêtirait, s'il aboutissait, une valeur hautement symbolique. Prenant la parole quelques heures seulement après la fin du discours de John Chilcot, Tony Blair a réaffirmé ce mercredi qu'il a pris "la bonne décision", estimant que grâce à l'intervention de 2003 en Irak, "le monde est meilleur et plus sûr"... Cela aussi reste à prouver.

Alain de Benoist : « Les journalistes ne sont pas les victimes de la censure mais les vecteurs »

La presse, en France tout au moins, se porte de plus en plus mal. Pourquoi ?

La mauvaise santé de la presse, longtemps maintenue sous perfusion étatique et subventions publicitaires, est aujourd’hui à peu près générale : baisse du tirage et de la diffusion, plans sociaux et licenciements, réductions de la pagination, cessions de titres, concentrations tous azimuts. Avec l’explosion du numérique, les gens lisent de moins en moins. Mais la principale raison de la crise est que la presse est discréditée. Les gens ne croient plus ce qu’ils lisent, parce qu’ils constatent un trop grand écart avec ce qu’ils constatent autour d’eux. Ils ont cessé de croire les journalistes comme ils ont cessé de croire les hommes politiques. Alors, ils arrêtent de lire – sans pour autant cesser d’être vulnérables. Dans L’Enracinement, Simone Weil écrivait déjà : « Le public se défie des journaux, mais sa méfiance ne le protège pas. »

La France n’arrive plus qu’en 45e position au classement sur la liberté de la presse publié depuis 2002 par Reporters sans frontières (RSF), où l’on n’hésite plus à parler de « disparition du pluralisme ». Cela vous étonne ?

Autrefois, la pensée unique, c’était un journal unique publié sous le contrôle d’un parti unique. Aujourd’hui, même s’il ne faut pas généraliser (il y a toujours des exceptions), il y a une foule de journaux, mais qui disent tous plus ou moins la même chose. On peut en dire autant des chaînes de radio ou de télévision. L’emprise déformante des médias résulte en grande partie de cette unicité de discours, qui trouve son parallèle dans le recentrage des discours politiques. La raison en est que la plupart des journalistes appartiennent au même milieu, où l’information, la politique et le show-business s’interpénètrent. Ils y multiplient les relations incestueuses, si bien que leurs opinions, plus ou moins identiques, se renforcent mutuellement.

Nous ne sommes plus, par ailleurs, à l’époque où les journaux étaient dirigés par des journalistes, et les maisons d’édition par des éditeurs. Aujourd’hui, les grands journaux sont dirigés par des banquiers, des hommes d’affaires, des industriels de l’armement, tous personnages qui ne s’intéressent à l’information que parce qu’elle leur permet d’orienter les esprits dans un sens conforme à leurs intérêts. L’homogénéité mentale des journalistes est en adéquation avec les bases matérielles de la production. Le pluralisme n’est plus, dès lors, qu’affaire d’apparence. Un seul exemple : au cours de son récent voyage en Israël, Manuel Valls était interviewé par quatre journalistes différents (Paul Amar, Christophe Barbier, Laurent Joffrin et Apolline de Malherbe) représentant quatre médias différents : i24news, BFM TV, L’Express et Libération. Or, ces quatre médias ont un seul et unique propriétaire : Patrick Drahi !

Les gens sont de plus en plus conscients de la désinformation. Mais ils l’interprètent mal. En dehors de quelques désinformateurs professionnels, généralement payés pour faire passer des informations qu’ils savent être mensongères, la grande majorité des journalistes est parfaitement sincère. Elle croit ce qu’elle dit, parce qu’elle est prisonnière de ce qu’elle propage. Les journalistes sont persuadés d’être toujours dans le vrai parce qu’ils sont eux-mêmes victimes des stratégies de persuasion qu’ils relaient.

Il n’y a que la droite la plus ringarde pour croire que les journalistes sont des « gaucho-communistes » ou d’affreux « trotskistes ». L’immense majorité d’entre eux adhèrent en fait à la vulgate libérale-libertaire, ce mélange d’idéologie des droits de l’homme, d’antiracisme de convenance, de « progressisme » niais, de révérence au marché et de politiquement correct. Ils en reprennent tous les mantras, unanimes à condamner le populisme, le protectionnisme, l’identité, la souveraineté, tous persuadés que les hommes sont partout les mêmes et que leur avenir est de se convertir au grand marché mondial. Résultat : alors que dans la plupart des pays les journalistes sont les premières victimes de la censure, en France ils en sont les vecteurs.

Le journalisme n’est pas un métier facile. Il demande de l’humilité. Aujourd’hui, c’est un surcroît de prétention qui y règne. Il suffit de voir l’arrogance des journalistes face aux hommes politiques et leur complaisance face aux vedettes du star system pour comprendre que l’idée s’est répandue chez eux que la fonction qu’ils occupent leur donne une supériorité intrinsèque sur leurs interlocuteurs et un droit absolu de diriger les consciences. Ingrid Riocreux décrit très bien cela dans son livre, La Langue des médias.

Tandis que la presse papier se vend de moins en moins, les médias alternatifs, de Mediapart à Boulevard Voltaire, connaissent de plus en plus de succès sur Internet. Est-ce à dire que l’avenir de la « réinformation » passe par le numérique ?

Marcel Proust écrivait, dans Jean Santeuil : « Les journalistes ne sont pas seulement injustes, ils rendent ceux qui les lisent injustes. » La contre-information, ou réinformation, que l’on trouve sur Internet constitue certes un utile contrepoids au « faux sans réplique » (Guy Debord) de la propagande officielle. Mais ce contrepoids s’exerce trop souvent par recours à une propagande en sens inverse, où le besoin de vérité ne trouve pas son compte. Un parti pris et son contraire, cela fait deux partis pris. Le grand problème des médias alternatifs est que, sur Internet, il n’y a pas de responsabilité de la part de ceux qui écrivent, et que le scepticisme peut y être facilement exploité par des détraqués : les réseaux sociaux sont un amplificateur naturel de fausses nouvelles. La « réinfosphère » vise à satisfaire ceux qui refusent la partialité des médias dominants, mais elle ne donne pas plus que les grands médias la possibilité de vérifier les informations qu’elle propose. Cela ne peut satisfaire ceux qui aspirent, non pas seulement à trouver quelque part le reflet de ce qu’ils pensent, mais à l’existence d’une vraie presse d’information.

Entretien réalisé par Nicolas Gauthier

dimanche 7 août 2016

Inconnu présumé français, un film de Philippe Rostan

Architecture et rupture


Sur la piste (de l’argent public)


Ah ?! Vous croyez qu’il s’agit de la première phrase d’un sketch comique, une de celles qui mettent en exergue un non-événement de la vie quotidienne, banal et sans intérêt ? Alors, discutons.

Le trajet se situe sur une commune limitrophe de Paris. Je le parcours à pied à peu près chaque jour sur environ 1 km. Il y a environ six ans, ce qui était une rue ordinaire s’est vu flanquée de deux pistes cyclables, une de chaque côté. Jusque-là, tout reste à peu près normal.

Mais quand je vous aurai dit que le vélo que j’ai croisé ce matin était le quatrième que j’aie vu en six ans emprunter cette double piste cyclable, vous conviendrez avec moi que l’histoire est moins banale qu’il n’y paraît. A cet endroit comme en beaucoup d’autres, les édiles ont en effet estimé utile de déverser des wagons d’argent public dans une réalisation sans la moindre utilité.

Pourquoi l’ont-ils fait ? Pour des raisons, hélas, habituelles :
  • parce que l’argent des contribuables, ici comme ailleurs, ne leur coûte pas cher ;
  • parce qu’ils ont considéré qu’ils « ne pouvaient pas ne pas le faire » dans la mesure où cela se fait partout ;
  • parce que « leurs écolos » ont organisé une de ces campagnes de harcèlement dont ils sont coutumiers sur le thème du réchauffement climatique et des circulations douces ;
  • parce que les pistes cyclables sont devenues un impératif catégorique dans toute opération d’aménagement ; autrement dit, qu’elles sont à la mode (la même mode que celle qui fait foisonner les criminelles remontées à contre-sens) ;
  • parce qu’un élu « en charge » se considérerait, sinon comme déshonoré (ne soyons pas ringard et ne parlons pas comme si la notion d’honneur était toujours en usage), mais plus prosaïquement menacé pour sa réélection s’il ne se conformait pas à cet impératif ; et, à l’inverse, parce qu’il est persuadé que plus une réalisation est à la mode et d’un coût disproportionné, plus elle rapporte de voix.
Ceux d’entre vous qui ne craindraient pas de passer pour naïfs me demanderont peut-être : « Mais alors, qu’en est-il de l’intérêt général là-dedans, et du souci des deniers publics ? »

Il n’est malheureusement pas très difficile aujourd’hui de trouver à foison des exemples illustratifs d’un nouveau principe  : «l’intérêt général est la variable d’ajustement des décisions politiques ».

Une variable d’ajustement c’est ce dont on s’occupe de manière subsidiaire lorsqu’on a satisfait à tous les autres critères : ceux qui sont vraiment importants.

Aujourd’hui, dans le cas d’une décision politique, les critères importants, ce sont, au tout premier rang, le nombre de voix susceptibles d’être apportées ou retirées par la décision. La plupart du temps, c’est d’ailleurs le critère unique. Mais il peut arriver que s’y ajoutent le gain d’image escompté pour l’élu lui-même, sa collectivité ou son parti, la satisfaction d’une promesse électorale annoncée (quelque démagogique qu’elle ait pu être) et même (ça s’est vu…) le bénéfice collatéral apporté en toute discrétion à quelques amis.

Quand la décision satisfait à tous ces critères, alors on peut penser à l’intérêt général.

Quant au souci des deniers publics, il s’agit d’une catégorie dont l’utilité, en politique, n’apparaît que dans une circonstance : lorsqu’on reproche à l’adversaire de ne pas s’en soucier. Ce qui n’empêche nullement de se trouver à soi-même d’excellentes raisons pour l’oublier.

C’est de cet esprit que naissent et prospèrent les doubles pistes cyclables qu’aucun vélo n’emprunte jamais, les bibliothèques médiathèques colossalement surdimensionnées et désespérément vides de lecteurs et d’auditeurs, les centres de loisirs aquatiques qui tombent en ruines sans jamais avoir été mis en eau, les aéroports sans avion, sans passager et sans fret, les ronds-points et les contre-trottoirs que l’on construit, puis que l’on enlève, puis que l’on reconstruit.

C’est de là aussi que prospèrent les assemblées élues pléthoriques fondées sur un prétexte démocratique auquel plus grand monde ne croit, mais fort utiles pour recaser les amis déchus de fonctions antérieures, les commissions irréformables, celles que l’on supprime pour illustrer le « choc de simplification » avant de les re-créer sous une autre appellation, les collectivités territoriales que l’on sort par la porte et qui rentrent par la fenêtre, fortes de leur palmarès en termes de nuisances administratives créées, et des dépenses somptuaires qu’elles s’octroient.

C’est de là que procède la prospérité d’escouades d’associations dont la seule activité réelle est de répandre la bonne parole de gauche et d’extrême gauche, de conduire des actions d’animation bidon, prétendument au profit des pré-ados des « quartiers », qui sont, il y a belle lurette, passés à autre chose, de monter des spectacles que personne n’irait voir s’ils n’étaient pas gratuits, d’endoctriner les gamins depuis la maternelle (mais oui ! comme si l’école ne suffisait pas à faire le boulot), de mener des « actions culturelles » qui dispensent aux populations sidérées l’apprentissage du laid et du sale, de donner du boulot aux fils, filles, neveux, cousins des « personnalités significatives » aux niveaux municipaux ou départementaux, et, dernière utilité mais non la moindre, de servir de pompe à fric électoral aux partis qui les leur attribuent…

…et qui, légitimes par le service rendu, engrangent chaque année leur « jusqu’à plus soif » de subventions roses, vertes ou rouges, subventions dispensées sur la base du « quand on aime, on ne compte pas », sans aucune justification avant et sans aucun contrôle après.

Citoyen, mon semblable, mon frère, toi qui reçois ces avis d’imposition qui rivalisent en montants et en diversité, qui entends ad nauseam le politicien du jour se demander, avec des larmes en fond de gorge, « mais pourquoi les Français se détournent-ils de la politique ? », qui reçois par quintaux une propagande électorale qu’on ne regarde même plus pour y chercher les fautes de syntaxe, conserve, fais l’exercice : conserve, sur ton trajet quotidien, un œil aux aguets.

Tu seras peut-être surpris du nombre de centres culturels vides – ou occupés seulement par les emplois fictifs qu’on y a mis pour complaire –, d’œuvres de non-art achetées au prix du Rembrandt, d’affiches de spectacle sans le moindre intérêt artistique ni littéraire mais fleurant bon la filiation du réalisme soviétique, d’ouvrages routiers urbains inutiles et dangereux que tu rencontreras.

Et de pistes cyclables attendant désespérément leur deuxième vélo de l’année.

Julius Muzart
3/07/2016

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