dimanche 26 mars 2017

Le projet collectif comme substitut à la désétatisation de la sécurité

Du point de vue collectif, les diverses formes de régionalismes, de séparatismes et de souverainismes qui fleurissent, depuis la fin du 20ème siècle, dans les sociétés européennes, tendent à indiquer que la notion d’autonomie est aussi en train de faire son chemin sur notre continent alors qu’on assiste à l’automne de ce dernier avatar de l’État moderne qu’est l’Union européenne. Sous l’écorce supraétatique, ces sociétés se détachent et se recomposent à leur échelle propre. Elles cherchent une cause, un projet apte à les mobiliser et, dans la plupart des cas, celui-ci est synonyme de « fermeture » (séparatisme, souverainisme) afin de retrouver des repères, de se réapproprier son histoire pour faire face au formatage imposé par la mondialisation. Il est d’ailleurs frappant de constater que plusieurs de ces sociétés sont de véritables moteurs économiques au niveau européen, ceci tendant à indiquer le besoin d’un projet collectif fort (au niveau local) pour pouvoir se positionner à l’échelle globale. 
     Autrement dit, un tel projet vise en quelque sorte à la constitution d’une zone autonome temporaire (TAZ) propice à la récréation d’un sentiment d’appartenance, d’une motivation. Au niveau de l’individu, la démarche est moins aisément perceptible. Il faut recourir à la métaphore cinématographique (Fight Club, Matrix) pour essayer d’appréhender le phénomène : derrière les i-pods, derrière les codes vestimentaires, derrière les familles sans père, derrière la figure du mâle doux se profile le retour de l’idéal masculin (force, honneur, courage), en l’occurrence celui qui refuse le politiquement correct, l’abandon de la personnalité et ce que Heidegger dénomme la réquisition de la technique (Gestell). Dans nos sociétés d’ailleurs, ces individus intègrent souvent les métiers de la sécurité – autrement dit les « sociétés d’hommes » – pour tenter d’y retrouver les valeurs qu’ils recherchent.
     Dans le cas qui nous occupe ici on peut donc parler d’un projet collectif fondé sur l’autonomie et la réappropriation de son histoire pour faire pièce au nivellement du nouveau pouvoir global et des normes imposées par celui-ci sans égard aux différentes identités. Dans ce projet, l’autodéfense (légitime défense) est concomitante de l’autonomie, selon le principe : pas d’autonomie sans protection, non pas imposée « par le haut », de manière mafieuse, mais assumée en copropriété comme un bien commun géré par les citoyens eux-mêmes. La légitimité peut ainsi se reconstituer autour de ces deux notions – celle d’autonomie et celle de légitime défense – à savoir les deux exigences de base de tout groupe structuré de manière collective. 

Bernard Wicht, Europe MadMax demain ? Retour à la défense citoyenne

samedi 25 mars 2017

L’ex-responsable d'une cellule de déradicalisation jugée pour détournement de fonds


Sonia Imloul est notamment soupçonnée d’avoir utilisé un RIB falsifié pour faire virer 25 000 € puis 35 000 € de subventions destinées à la structure et d’avoir effectué des virements au profit d’un ex-conjoint et de sa mère. 

C’est l’heure des comptes pour l’ancienne dirigeante de la cellule dite de déradicalisation, basée à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis). Sonia Imloul, 43 ans, doit être jugée ce lundi au tribunal correctionnel de Paris pour détournement de fonds, blanchiment et travail dissimulé. Elle est notamment soupçonnée d’avoir utilisé un RIB falsifié pour faire virer 25 000 € puis 35 000 € de subventions destinées à la structure et d’avoir effectué des virements au profit d’un ex-conjoint et de sa mère. 

Ces subventions avaient été accordées par la préfecture de Police en 2014 pour la « maison de prévention pour les Familles », dont le but était d’accompagner les familles désemparées qui avaient composé le numéro vert, lancé en avril 2014, pour remettre les pieds sur terre à leurs jeunes. La militante associative s’était déjà fait un nom dans le domaine de la prévention de la délinquance, via son association Respect 93, fondée à Saint-Denis. 

En 2013, elle participait notamment à la mission franco-canadienne sur la prévention de la délinquance, associant quelques magistrats de Bobigny, des policiers et le conseil national des villes. Pour autant, la préfecture de Seine-Saint-Denis n’a pas voulu de son projet de déradicalisation, échaudée par l’action de Respect 93, justement. « Faute de justificatif sur son action », Didier Leschi, alors préfet à l’égalité des chances avait décidé de ne pas continuer à subventionner Respect. 

Sonia Imloul a trouvé du soutien à Paris, auprès de Pierre N’Gahane, le préfet qui dirigeait le comité interministériel de prévention de la délinquance, en charge du numéro Vert. Il a fait débloquer 35 000 €, permettant à l’association de se trouver une adresse fixe : un vaste appartement avec terrasse pour y recevoir en toute discrétion les quelques familles adressées par le numéro vert, et, par le bouche-à-oreille, d’autres, dont les enfants étaient parties en Syrie. 

Cazeneuve avait loué son travail 
L’aventure séduit, puisque le 24 décembre, Bernard Cazeneuve, alors ministre de l’Intérieur aurait dit : « On développe, on duplique », comme le raconte Julien Revial, un ancien de la structure, dans un livre paru septembre 2016 (Cellule de déradicalisation, chronique d’une désillusion, Ed. Michalon) et partie civile au procès, avec Valérie Aubry, une autre employée. Recruté sur petite annonce, cet étudiant en droit de 24 ans avait pour mission… de rédiger les notes de comptes rendus, transmis à la préfecture de police. Une rallonge de subvention aurait bien été prévue mais les petites mains de la structure, justement, ont alerté les autorités sur les « dysfonctionnements » internes. 

Fin de partie pour la cellule. La préfecture de police ne s’est jamais étendue sur les raisons d’un divorce qui questionne la vigilance des autorités, sur ce sujet aussi sensible qui touche à la sûreté de l’Etat. « Madame Imloul a été l’une des premières à comprendre le phénomène et à tenter d’y apporter des solutions, mais il a été impossible de vérifier le travail réalisé », indiquait une source policière fin 2015. Un signalement a été fait au parquet de Paris, qui a confié l’enquête à la brigade de répression de la délinquance astucieuse. Sonia Imloul, qui promettait un temps de saisir le tribunal administratif pour obtenir le paiement des salaires, est restée injoignable et son avocate Me Laffont n’a pas souhaité s’exprimer avant l’audience.

Dans sa déclaration de patrimoine, Fillon a oublié de mentionner un bracelet


Un éditorialiste évoque des sondages secrets qui donneraient Marine Le Pen à près de 34%


Les enquêtes d’opinion révélées au public sous-estiment-elles la popularité de la candidate frontiste ? C’est ce qu’a laissé entendre Ivan Rioufol, avant d’être interpellé par son confrère Jean-Michel Aphatie. 

C’est la «colère française […] qui, il y a quinze ans, avait mené par surprise Jean-Marie Le Pen au second tour de la présidentielle (16,86 % des voix). Aujourd’hui, sa fille double ou presque le score au premier tour, dans des sondages qui circulent sous le manteau. Les belles âmes ont fait son succès. Elles pourraient lui offrir sa victoire en mai», écrit l’éditorialiste du Figaro Ivan Rioufol dans un article daté du 16 mars, dans lequel il accuse les médias de prédire «le retour aux années 1930» lorsqu’ils évoquent la hausse de popularité du FN. 

Il n’en fallait pas plus pour que le journaliste Jean-Michel Aphatie, qui officie sur la radio d’actualité en continu France Info, l’interpelle sur Twitter : «Tiens, selon Ivan Rioufol […] des sondages cachés donnent plus de 30% à Marine Le Pen. Mais il faut les publier, cher confrère.» 

«Tiens, Jean-Michel Aphatie se sent visé quand je parle […] des résistants d'opérette : la maréchaussée médiatique est en patrouille», a rétorqué l’éditorialiste. 

Selon un sondage Ipsos Sopra Steria du 17 mars, Marine Le Pen est créditée de 27% des intentions de vote au premier tour des élections présidentielles, juste devant Emmanuel Macron (26%).

Mon camarade il veut du à l'ail

Kléber Haedens : un écrivain du rugby


Sur les pas de Blondin, Perret, Haedens, Brigneau, la chronique pur sport.
Il fut un temps, pas si éloignée, où les écrivains s'intéressaient au sport. Kléber Haedens fut de ceux-là.
     Écrivain et critique, il portait au rugby un amour exclusif né au Prytanée militaire, à la Flèche. Il rapporte dans son livre Adios, publié en 1974, ses premières émotions de joueur :
     "Je regarderais le ballon. Il était vraiment ovale celui-là, respirant la santé, jeune, blond, sans une égratignure, irradiant une odeur de cuir un peu grisante comme l'odeur du chèvrefeuille dans les nuits d'été. (...) Le ballon vint se placer d'une manière si naturelle et si franche entre mes mains qu'à la seconde même je sentis une affection pour lui qui dure encore."
     Plus tard, devenu critique à Samedi soir, il émerveille les lecteurs par son lyrisme enflammé. Ainsi, lors d'un match Racing Club de France - Stade Toulousain pour décrire un essai marqué par l'ailier du Racing, Porthault : "Tout au long d'une étroite bande d'herbe pelée qui prenait soudain par la grâce d'une foulée d'ange la vertu d'un tapis magique, l'ailier partait vers la ligne blanche, son ballon serré contre son cœur. Partout sur son flanc gauche accouraient les défenseurs. Mais lui semblait les ignorer et recréer pour la mythologie moderne les courses d'Atalante."
     Mais c'est à partir d'avril 1953 que Kléber va vraiment baigner dans le monde du rugby. Il quitte Paris, fuyant les tentations des nuits parisiennes, pour s'installer à Aureville à 15 km de Toulouse.
     Il va faire la connaissance de deux anciens joueurs du Stade Toulousain, Max Guibert et André Brouat, dit le Toréador pour son art d'esquiver les défenseurs. Il fréquente avec eux les Ponts-Jumeaux, stade historique de Toulouse, hélas disparu depuis pour faire place à un rond-point.
     Les jours de finale de championnat de France, Lucien Mias, Andy Mulligan, ancien demi de mêlée de l'équipe d'Irlande, Jean-Loup Dabadie se joignaient à la fine équipe. Roger Nimier et Antoine Blondin venaient, eux, à La Bourdette, la maison de Kléber, pour des libations somptueuses et des discussions passionnées : le plus grand joueur de tous les temps ? le meilleur des Boniface ?
     Dans ces joutes oratoires, Kléber avait souvent le dernier mot : "André et Guy Boniface ont apporté au rugby français la meilleure part de son allégresse et de son esprit." Une célèbre photo représentant Nimier et Haedens en piliers soutenant Blondin en talonneur illustre bien cette passion commune.
     Tournoi des 5 Nations, il plaçait au panthéon de sa géographie personnelle Twickenham et Murrayfield. Nimier commentait ainsi le déplacement annuel de Kléber Haedens en Écosse : "On prend un critique littéraire, on le fait mariner dans l'attente d'une sélection, on l'expédie en Écosse pour lui donner la saveur du grouse, on l'arrose au whisky Victory et au retour on le sert en tranches à ses amis".
     Dans le Nouveau Candide, en octobre 1962, Kléber avait donné sa définition du rugby : "Le rugby reste vivant bien au-delà des lignes de touche ; il existe par lui une société secrète avec ses mots de passe, ses fidélités, ses fêtes, ses souvenirs et ses anciens serments. Combien de fois ne sommes-nous pas sortis émerveillés en compagnie d'Antoine Blondin d'un terrain de la côte basque ou des Pyrénées, de Cardiff, de Londres ou de Paris. La nuit qui venait alors était belle. C'était une nuit d'hiver ou nous battions les idées et les images et qui nous portait jusqu'à l'heure des rêveries quand on sent que le jour se prépare."
     Si vous voulez suivre Kléber Haedens sur les chemins du rugby, lisez Adios : les dix premières pages sont un enchantement de littérature sportive.

Présent, n°8217

vendredi 24 mars 2017

Village Karenni - [version courte] développement agricole en pays Karenni (Birmanie)

Village Karenni - [version courte] développement agricole en pays Karenni (Birmanie) from socle-karenni on Vimeo.

Migrants : des enfants toxicomanes terrorisent les Parisiens


Selon Le Monde, des mineurs isolés venus du Maroc mettent les riverains du quartier de Barbès (XVIIe) à rude épreuve. 

Passés par l'Espagne et arrivés depuis deux mois du Maroc, des enfants âgés de 9 à 16 ans terroriseraient le XVIIIe arrondissement de Paris, rapporte Le Monde. En cause, outre le fait d'être toxicomanes, ces migrants mineurs refusent l'aide des pouvoirs publics et préfèrent faire peur aux riverains. La ville de Paris a identifié vingt-quatre d'entre eux mais ils pourraient être plus nombreux. Selon l’Office français de l’immigration et de l’intégration, ils seraient une centaine. 


“C’est du jamais-vu à Paris” 
“Ils fument, ils crachent, ils boivent, ils se droguent, ils insultent et vandalisent”, raconte un homme au journaliste du Monde. En effet, certains sont entrés par infraction dans la laverie automatique du coin, d'autres ont squatté des Autolib’. “Défoncés à la colle, ils sont hyper agressifs”, fustige un gérant du restaurant italien. “On les a vus se battre au cutter, agresser une jeune fille de 14 ans pour lui voler son sac, cambrioler le studio du boucher, défoncer la porte d’une école…”, énumère-t-il. 

“Des mineurs isolés aussi jeunes, toxicomanes et réfractaires à toute aide, c’est du jamais-vu à Paris”, déplore au Monde la mairie. “On ne peut pas envoyer des enfants de 9 ans en prison !”, indique de son côté la ville de Paris, ajoutant que “tous les services de la ville ont été missionnés pour trouver une solution.” En attendant, les habitants du quartier doivent faire face à ces voyous, tous seuls.

Il ne fallait pas sortir de la forêt : l’homme est un animal dégénéré, nostalgique

La guerre me fit entrer dans une plus irréparable extravagance que celle que j’avais connue jusque-là. Dorénavant, me semblait-il, cette extravagance ferait des cercles de plus en plus vastes. 

Toute époque est une aventure. Je suis un aventurier. Bonne époque pour moi que mon époque. Je connaissais déjà les courses d’autos, la cocaïne, l’alpinisme. Je trouvais dans cette campagne désolée, abstraite, le sport d’abîme que je flairais depuis longtemps. 

Patrouilles, guerre de mines, camaraderie bestiale et farouche, gloire sordide. 

Je me gorgeais de cette ivresse de la terre ; c’était une gésine frénétique ininterrompue dans les râles, les jurons, la peur qui lave les boyaux. Ce qui exultait depuis longtemps dans ma jeunesse, enfin je le distinguais entièrement dans mes poings aussi nettement que mes dix doigts. 

Les races hurlaient leur génie altéré. 

La violence des hommes : ils ne sont nés que pour la guerre, comme les femmes ne sont faites que pour les enfants. Tout le reste est détail tardif de l’imagination qui a déjà lancé son premier jet. J’ai senti alors un absolu de chair crue, j’ai touché le fond et j’ai étreint la certitude. Il ne fallait pas sortir de la forêt : l’homme est un animal dégénéré, nostalgique

De cette fureur du sang sortit ce qui en sort à coup sûr, un élan mystique qui, nourri de l’essentiel de la chair, rompit toutes les attaches de cette chair et me jeta, pure palpitation, pur esprit, dans l’extrême de l’exil jusqu’à Dieu

Tout d’un coup, je saisis un sentiment obscur qui avait transparu dans ma vie à de brefs instants : en visitant un monastère sauvage, dans un refuge alpin ; au fond d’une banlieue de Berlin, un soir, en songeant à Spinoza dans son échoppe. Je découvris la solitude, ma terrible arrière-pensée. 

Drieu La Rochelle, Le jeune européen

Exposition photo et soirée vendredi 24 mars: Guérilla et peuple karenni en Birmanie


La valse à trois temps - Ou la manipulation des élections présidentielles de 2017

Vous avez dit "manipulations"?

Le général de Gaulle a voulu l’élection du président de la République au suffrage universel pour lui donner plus de légitimité mais aussi pour empêcher les manipulations comme c’était le cas sous la IV république. De Gaulle estimait qu’il était plus difficile de manipuler des millions d’électeurs que quelques centaines de députés et sénateurs. Les réseaux et groupes de pression ont réussi à reprendre la main et à manipuler ces millions d’électeurs depuis le début des années 70.

Ces manipulations ont commencé avant le départ du général de Gaulle avec l’affaire Markovic en octobre 1968. L’objectif était de déstabiliser le probable successeur du général de Gaulle, Georges Pompidou. La manipulation a échoué. Lors des élections de 1974, on a assisté à l’élimination de Jacques Chaban Delmas grâce à la publication de sa déclaration d’impôts. En 1981 les manipulations ont été multiples. Elles commencent dès 1979 avec la publication par le Canard Enchaîné le 10 octobre d’un article révélant l’affaire des diamants de Bokassa dans le but discréditer le président Valéry Giscard d’Estaing. C’est un argument qui a été largement utilisé pendant la campagne de 1981. Mais les manipulations ont été multiples. En effet au second tour de 1981, le Parti communiste français a fait voter sur ordre de Moscou pour le candidat de droite, Valéry Giscard d’Estaing tandis qu’à droite, le chef du parti gaulliste, Jacques Chirac a appelé en sous-main à voter pour le candidat de gauche, François Mitterrand. En 1988, l’homme à abattre était Raymond Barre et de multiples rumeurs ont circulé, notamment sur sa femme, d’origine hongroise, qui était un agent du KGB. En 1995, c’était Edouard Balladur qu’il fallait éliminer. Des réseaux ont fait voter des électeurs de gauche pour J. Chirac au premier tour afin d’éliminer Balladur qui est arrivé en troisième position, derrière Chirac.

La manipulation la plus réussie a été celle des élections présidentielles de 2002, où l’homme à éliminer était cette fois Lionel Jospin du parti socialiste. Deux candidatures ont été notamment suscitées et organisées (en fournissant des hommes et un financement) à savoir celle de Jean-Pierre Chevènement (qui a obtenu 5,32 % des suffrages exprimés) et celle de Christiane Taubira (2,31 des SE) qui sera remerciée sous la présidence Hollande. L’objectif de ces deux candidatures était de capter une partie des voix de l’électorat de gauche. Résultat : Lionel Jospin n’a obtenu que 16,17 % des SE. Les deux candidatures lui ont coûté 7,63 % des SE. Ces suffrages manquants, pouvaient facilement l’aider à dépasser J. Chirac qui a obtenu 19,88 % des SE. Le piège a donc bien fonctionné, Jospin n’arrive que troisième derrière J. Chirac, avec un retard de 3,6 % des SE. Il est donc éliminé pour le second tour. Chirac qui se retrouve face à J-M Le Pen, n’a pas besoin de faire campagne. Il refuse tout débat à la télévision et avec l’organisation d’une vaste campagne antifasciste notamment au sein de la jeunesse, il est élu dans un fauteuil avec 82 % des suffrages.

La question que l’on doit se poser est : « Qui voulait l’élimination de Jospin ? ». Un réseau a organisé une déstabilisation du candidat socialiste pour faire réélire Jacques Chirac. L’autre question est pourquoi et au profit de quels intérêts ?

Nous venons d’assister en janvier 2017, juste avant la campagne officielle des élections présidentielles, à une vaste entreprise de manipulation qui se décompose en trois opérations distinctes que l’on peut appeler la « Valse à trois temps ».

1- Premier temps : éliminer François Fillon le plus dangereux. 
On s’aperçoit que le candidat à abattre est François Fillon, le candidat désigné par les primaires de droite le 27 novembre 2016 et qui avait jusqu’à présent une forte probabilité de gagner.

Une première manipulation a eu lieu dès le premier tour des primaires. Elle a consisté à faire participer des électeurs de gauche pour voter en faveur d’Alain Juppé et ainsi éliminer Sarkozy au premier tour (Fillon n’avait aucune chance de gagner selon les sondages). Ils sont revenus au second tour pour éliminer cette fois F. Fillon mais la manœuvre a échoué. Cette opération avait été préparée par une longue campagne médiatique en faveur de Juppé donné favori dans tous les sondages, et ce bien avant le premier tour des primaires.

Une seconde manipulation devient alors nécessaire. L’objectif est de délégitimer Fillon auprès de ses électeurs potentiels afin qu’ils renoncent à voter pour lui en semant le doute. Il fallait le toucher dans son intégrité. Les informations révélées par le Canard enchaîné du 25 janvier 2017 montrent que l’opération a nécessité l’accès à des informations provenant des services de l’État notamment celles concernant les salaires payés par le directeur de la Revue des Deux mondes, Marc de Lacharrière à l’épouse de F. Fillon.

Une piste commence à se dessiner, ce serait des membres du sérail de l’ancien ministre Macron, proches de l’Élysée, qui seraient à la manœuvre mais tout cela est difficilement prouvable. Un d’entre eux aurait rencontré le mardi 9 janvier 2017 Michel Gaillard, directeur du Canard Enchaîné, et ami de François Hollande pour lui remettre les informations en sa possession.

En tout cas, la justice s’est saisie en un temps record de l’affaire. La procureure du Parquet national financier, Madame Houlette1 annonce l’ouverture d’une enquête le jour même (le 25 janvier) de la parution du Canard Enchainé pour « détournement de fonds publics, abus de biens sociaux et recel ». Les investigations ont été confiées à l’Office central de lutte contre les infractions financières.

Cette campagne de déstabilisation est particulièrement efficace et F. Fillon a deux solutions : soit il démissionne mais dans ce cas le parti des Républicains va devoir choisir un nouveau candidat (le fameux plan « B ») mais cette opération est risquée car les rivalités sont telles que le parti peut éclater. Fillon était en effet le seul à assurer l’unité. La solution alternative est de continuer le combat contre vents et marées mais il prend le risque de perdre des élections qui étaient jusqu’à présent « imperdables ». La droite est prise dans un piège et il n’existe aucune bonne solution.

Si Fillon dévisse dans les intentions de vote et tombe en dessous de 20 %, la poursuite de la campagne de révélations et de dénigrement suffira pour le disqualifier définitivement. Son discours devient inaudible dans les médias qui ne parlent que des « affaires » et non de son programme. Au cas où F. Fillon persisterait à vouloir rester candidat, et remonterait dans les sondages, le réseau à l’origine de ces manipulations n’aurait plus qu’à appliquer ce qu’il avait fait en 2002, à savoir promouvoir des candidatures concurrentes, capables de lui siphonner suffisamment de voix pour qu’il ne soit pas présent au second tour, comme cela avait été le cas pour Lionel Jospin. Dans cette configuration, il n’est pas évident que la candidature de F. Bayrou soit souhaitable car il prendrait plus de voix à Macron qu’à Fillon. Des sondages ont certainement été commandés pour déterminer le(s) meilleur(s) candidat(s) capable(s) de déstabiliser Fillon Les vocations ne manqueront pas.

C’est le cas par exemple de Michèle Alliot-Marie qui se prépare depuis longtemps mais aussi de bien d’autres. F. Fillon a déjà baissé dans les sondages et il suffira de lui faire perdre deux ou trois points pour l’éliminer.

2- Deuxième temps : éliminer Manuel Valls à gauche 
Une troisième opération vise la gauche. Elle a consisté à éliminer l’ancien premier ministre Manuel Valls lors des primaires de la gauche au profit de Benoît Hamon, un apparatchik socialiste marqué idéologiquement très à gauche et faisant rêver les militants avec le salaire universel.

Il est étonnant d’entendre le soir du premier tour des primaires de gauche, la Haute autorité annoncer les résultats à 20H30 en pourcentages qui ne bougeront pas malgré le dépouillement de centaines de milliers de bulletin. Certains experts expliquent cet étrange phénomène par la forte culture de fraude du parti socialiste. Et de citer comme exemple l’élection à la tête du parti socialiste de Martine Aubry contre Ségolène Royal après un trucage des résultats. Ces méthodes dignes des pratiques de l’Union soviétique consistant à fixer les résultats la veille du scrutin, ne sont dénoncées par aucun leader socialiste. Comment se fait-il que M. Valls n’ait pas contesté les résultats ? Il semble avoir joué un rôle de figurant dans un scénario écrit à l’avance. Faire élire Hamon, marqué idéologiquement très à gauche, n’est pas neutre. Il est évident qu’il ne risquera pas de prendre voix à Macron, ce qui aurait été différent si Manuel Valls avait été désigné. Il aurait en effet chassé sur les mêmes terres et lui aurait pris une partie de ses électeurs. Il est d’ailleurs fort probable que l’on assiste au ralliement d’une partie des socialistes du clan Valls à la candidature de Macron.

Quant à Benoit Hamon, il est conscient qu’il n’a aucune chance aux élections présidentielles mais il vise la conquête du parti socialiste et à sa recomposition. On sait depuis longtemps que les congrès socialistes se gagnent à gauche, c’est ce qui s’est passé aux primaires, qui ont été en réalité le substitut à un congrès socialiste en vue de sa reconstitution.

On comprend que toutes ces manipulations à droite et à gauche ont pour seul objectif de dégager la voie à la candidature Macron. D’un côté on cherche à affaiblir, voir éliminer le candidat Fillon par une campagne médiatique en montant des affaires. De l’autre côté, à gauche, on dégage l’espace politique pour Macron en éliminant M. Valls au profit de B.Hamon.

3- Troisième temps : Faire élire Emmanuel Macron 
L’objectif est bien de faire élire Macron. Ce dernier est lancé comme un produit marketing depuis plusieurs mois en insistant sur son aspect « moderniste », « jeune », « branché », le candidat « Geek » qui comprend l’évolution du monde et de la technique.

Quels sont les ralliements à Macron ? Une rapide analyse des divers ralliements à sa candidature nous donne une idée des forces qui se positionnent derrière le candidat. On trouve la vieille garde des imposteurs politiquement corrects : L.Joffrin, Pierre Bergé, BHL, J.Attali, A.Minc, B.Kouchner, D.Cohn-Bendit. Ils vont recevoir le renfort de socialistes de droite mais aussi des centristes et même des Républicains comme l’ancien directeur de campagne de Bruno Lemaire, Jérôme Grand d’Esnon ou l’ancienne ministre Anne-Marie Idrac.

E. Macron présente l’avantage de réaliser la synthèse entre le libéralisme économique et le libéralisme culturel.

Dans le domaine économique, il est pour la dérégulation, la fin du salariat, l’ubérisation de la société, la suppression des nations et des frontières et pour une immigration massive bienfait pour l’économie, etc. 

Dans le domaine culturel, c’est un libertaire dont le fondement idéologique est la doctrine relativiste. Il est pour une société multiculturelle, le libéralisme des mœurs, la fin de la famille traditionnelle, le droit des minorités etc.. Le profil des personnalités qui se rallient à Macron illustre bien l’idéologie véhiculée par le candidat qui pour amalgamer des voix de gauche comme de droite se doit de rester dans le flou.

Les conséquences politiques 
Les primaires ont été la première victime de cette manipulation. Les médias nous avaient vantés l’intérêt des primaires comme étant une grande avancée de la démocratie pour la désignation des candidats. Alors pourquoi ont-elles été « court-circuitées » ? Ce sont en effet les candidats hors primaires qui survivent : à savoir Mélenchon, Macron et Le Pen. Tous ceux qui ont participé ont été éliminés (Sarkozy, Juppé, et peut être même celui qui a été élu, F. Fillon. Le phénomène est identique à gauche avec Valls et Hamon). Les primaires apparaissent aux yeux des citoyens comme un subtil jeu de bonneteau pour voler leurs voix et un « piège à cons » pour les politiques qui se sont prêtés au jeu.

La seconde victime est la classe politique qui est une fois de plus déconsidérée par le déballage des affaires. Ceux qui ont commencé à jouer à lancer des « boules puantes » comme disait le général de Gaulle, ont ouvert la boîte de Pandore des « révélations » sur les candidats, situation qui peut devenir très vite incontrôlable. Les médias ne devront pas alors se plaindre du « populisme » qui monte dans la société française.

Les troisièmes victimes sont les grands partis de gouvernement qui structurent la vie politique française, à savoir le parti socialiste et le parti des Républicains qui ne résisteront pas à l’onde de choc des primaires et à l’échec de leurs candidats aux prochaines présidentielles.

Qui manipule et pour quels intérêts ? 
François Fillon nous donne une piste. Il déclare le 1er février à son équipe qu’il s’agit d’un "coup d’État institutionnel" contre sa candidature à la présidentielle, et provient "de la gauche", sans plus de précision Un réseau effectivement sévissait à gauche lors de la manipulation de 2002. Mis en place sous les présidences de F. Mitterrand, il a prospéré sous J. Chirac. C’est la raison pour laquelle il l’a fait réélire à tout prix au détriment du candidat du parti socialiste. Pourquoi ce réseau a-t-il préféré un radical-socialiste à un socialiste ?

En 2017, il semble que ce réseau ait rallié d’autres forces convergentes pour faire élire Macron. Il est certain que ce dernier comme J. Chirac en son temps sera redevable à ces réseaux de son élection. Quel deal a-t-il passé avec eux ? La question centrale est donc de savoir ce que cherchent à obtenir ces réseaux en faisant élire leur candidat (Chirac en 2002 et Macron en 2017) au point d’organiser des manipulations sophistiquées.

Il y a des enjeux financiers auxquels se sont agrégés des enjeux idéologiques en 2017. Si l’on prend l’exemple de 2002, J. Chirac une fois élu, a laissé les coudés franches à ce réseau dans les domaines économique et financier. Il semble évident qu’avec Macron qui prévoit de « libéraliser » (en réalité « casser ») de nombreux secteurs de l’économie française, ce réseau prédateur pourra se partager des pans entiers de l’économie française.

A cela s’ajoutent les enjeux idéologiques. Il est important pour eux de défendre la doctrine relativiste au sein de la société française qui est remise en question actuellement dans le monde occidental. Il s’agit de défendre notamment la poursuite de la législation en faveur des minorités en lien avec des groupes de pression internationaux. Il est évident que le conservateur catholique Fillon était l’antithèse de leur modèle de société et qu’il fallait l’éliminer à tout prix pour ces deux raisons. C‘est donc non seulement un modèle économique mais aussi un modèle de société qui se cachent derrière cette manipulation.

par Patrice Buffotot
mardi 14 février 2017

jeudi 23 mars 2017

Mais quiconque porte dans le cœur une cathédrale à bâtir est déjà vainqueur

Celui qui s’assure un poste de chaisière ou de sacristain dans la cathédrale bâtie est déjà vaincu. Mais quiconque porte dans le cœur une cathédrale à bâtir est déjà vainqueur. 

Antoine de Saint-Exupéry

Notre île déserte est la civilisation même


La métropole n'est pas que cet amas urbanisé, cette collusion finale de la ville et de la campagne, c'est tout autant un flux d'êtres et de choses. Un courant qui passe par tout un réseau de fibres optiques, de lignes TGV, de satellites, de caméras de vidéosurveillance, pour que jamais ce monde ne s'arrête de courir à sa perte. Un courant qui voudrait tout entraîner dans sa mobilité sans espoir, qui mobilise chacun. Où l'on est assailli d'informations comme par autant de forces hostiles. Où il ne reste plus qu'à courir. Où il devient difficile d'attendre, même une énième rame de métro. 
     La multiplication des moyens de déplacement et de communication arrache sans discontinuer à l'ici et au maintenant, par la tentation de toujours être ailleurs. Prendre un TGV, un RER, un téléphone, pour être déjà là-bas. Cette mobilité n'implique qu'arrachement, isolement, exil. Elle serait pour quiconque insupportable si elle n'était pas toujours mobilité de l'espace privé, de l'intérieur portatif. La bulle privée n'éclate pas, elle se met à flotter. Ce n'est pas la fin du cocooning, juste sa mise en mouvement. D'une gare, d'un centre commercial, d'une banque d'affaires, d'un hôtel à l'autre, partout cette étrangeté, si banale, tellement connue qu'elle tient lieu de dernière familiarité. La luxuriance de la métropole est ce brassage aléatoire d'ambiances définies, susceptibles de se recombiner indéfiniment. Les centres-villes s'y offrent non comme des lieux identiques, mais bien comme des offres originales d'ambiances, parmi lesquelles nous évoluons, choisissant l'une, laissant l'autre, au gré d'une sorte de shopping existentiel entre les styles de bars, de gens, de designs, ou parmi les playlists d'un ipod. "Avec mon lecteur mp3, je suis maître de mon monde." Pour survivre à l'uniformité environnante, l'unique option est de se reconstituer sans cesse son monde intérieur, comme un enfant qui reconstruirait partout la même cabane. Comme Robinson reproduisant son univers d'épicier sur l'île déserte, à ceci près que notre île déserte est la civilisation même, et que nous somme des milliards à débarquer sans cesse.
     Précisément parce qu'elle est cette architecture de flux, la métropole est une des formations humaines les plus vulnérables qui ait jamais existé. Souple, subtile, mais vulnérable. Une fermeture brutale des frontières pour cause d'épidémie furieuse, une carence quelconque dans un ravitaillement vital, un blocage organisé des axes de communication, et c'est tout le décor qui s'effondre, qui ne parvient plus à masquer les scènes de carnages qui le hantent à toute heure. Ce monde n'irait pas si vite s'il n'était pas constamment poursuivi par la proximité de son effondrement
     Sa structure en réseau, toute son infrastructure technologique de nœuds et de connexions, son architecture décentralisée voudraient mettre la métropole à l'abri de ses inévitables dysfonctionnements. Internet doit résister à une attaque nucléaire. Le contrôle permanent des flux d'informations, d'hommes et de marchandises doit sécuriser la mobilité métropolitaine, la traçabilité, assurer que jamais ne manque une palette dans un stock de marchandise, que jamais on ne trouve un billet volé dans le commerce ou un terroriste dans l'avion. Grâce à une puce RFID, un passeport biométrique, un fichier ADN. 
     Mais la métropole produit aussi les moyens de sa propre destruction. Un expert en sécurité américain  explique la défaite en Irak par la capacité de la guérilla à tirer profit des nouveaux modes de communication. Par leur invasion, les États-Unis n'ont pas tant importé la démocratie que les réseaux cybernétiques. Ils amenaient avec eux l'une des armes de leur défaite. La multiplication des téléphones portables et des points d'accès à Internet a fourni à la guérilla des moyens inédits de s'organiser, et de se rendre elle-même si difficilement attaquable. 
    A chaque réseau ses points faibles, ses nœuds qu'il faut défaire pour que la circulation s'arrête, pour que la toile implose. La dernière grande panne électrique européenne l'a montré : il aura suffi d'un incident sur une ligne à haute tension pour plonger une bonne partie du continent dans le noir. Le premier geste pour que quelque chose puisse surgir au milieu de la métropole, pour que s'ouvrent d'autres possibles, c'est d'arrêter son perpetuum mobile. C'est ce qu'ont compris les rebelles thaïlandais qui font sauter les relais électriques. C'est ce qu'ont compris les anti-CPE, qui ont bloqué les universités pour ensuite tâcher de bloquer l'économie. C'est aussi ce qu'ont compris les dockers américains  en grève en octobre 2002 pour le maintien de trois cents emplois, et qui bloquèrent pendant dix jours les principaux ports de la côte Ouest. L'économie américaine est si dépendante des flux tendus en provenance d'Asie que le coût du blocage se montait à un milliard d'euros par jour. A dix mille, on peut faire vaciller la plus grande puissance économique mondiale. Pour certains "experts", si le mouvement s'était prolongé un mois de plus, nous aurions assisté à "un retour à la récession des États-Unis et un cauchemar économique pour l'Asie du Sud-Est".

comité invisible, L'insurrection qui vient

mardi 21 mars 2017

Defend DEXTRA


La saloperie que nous n’achèterons pas : la domotique

Michèle Delaunay est moderne. Elle a un compte Twitter, sur lequel elle apparaît assise en tailleur sur une table, légèrement vêtue d’un débardeur, un ordinateur portable posé sur les guiboles. A bientôt 70 ans, mamie ministre veut rester dans le vent et faire jeune. D’ailleurs, elle aimerait rendre l’intitulé de son ministère plus affriolant : « A vrai dire quand j’ai été nommée dans le gouvernement Ayrault ça s’appelait ministère des Personnes âgées et de la Dépendance, vous imaginez comme c’est sexy », ronchonnait-elle en novembre, lors du comique forum du PS à la gloire du Progrès. « Je propose désormais que ça s’appelle de l’Age de l’autonomie et du Défi démographique, parce que ça, ça fait branché ! » Mais oui ma vieille, le troisième âge c’est branchouille. Il ne faut pas se représenter les retraités comme de bienheureux contemplatifs qui paressent enfin après une vie soumise aux cadences du PIB. Non, aucun agent de la mégamachine, même arrivé en bout de course, ne doit échapper au redressement productif. « Les âgés ne font pas que coûter, tant s’en faut, et je pense bien sûr à cette Silver économie, cette économie au service de l’âge, appuyée en grande partie sur le numérique, avec la domotique, tous les dispositifs d’assistance, la robotique », insiste notre égérie des nouvelles technologies. La Silver économie, ladies and gentlemen qui ne sont pas encore habitués au franglais de nos dirigeants, ça veut dire un truc comme « faire du fric avec les cheveux gris ». Pour les astiqueurs de courbes du gouvernement, cette nouvelle trouvaille est « une opportunité inédite pour la croissance de la France ». Le vieillissement de la population, c’est un champ économique à investir, un marché à développer, un gisement d’emplois à forer. Un demi-point de PIB attend, prêt à être arraché par les dentiers ! « Une véritable filière industrielle » doit décoller, dans laquelle la France peut être « un des leaders mondiaux » et profiter de son « avantage comparatif » pour exporter sa technologie.

Humanité branchée 
Car oui, la Silver économie, lancée en avril 2013 par les ministères du Redressement productif et des Jeunes Agés, c’est avant tout de la Silver technique, la Silver innovation, de la Silver recherche. Une Silver Valley a déjà été inaugurée à Ivry-sur-Seine, en attendant un regroupement de startups entre France et Allemagne (un « cluster » qui s’appellera « Silver Rhin », selon le novlangue d’Etat). Et un réseau national fédèrera des Silver régions. Que vont-ils développer dans leurs mines d’or gris ? Par exemple dans leurs mines d’or gris ? Par exemple des bracelets électroniques, pour suivre à la trace un marcheur Alzheimer qui s’égare ; des détecteurs de chute, qui alertent une centrale d’écoute en cas de culbute ; des balances connectées au wifi, pour surveiller le poids des patients ; des montres munies de capteurs qui enregistrent les paramètres biologiques du porteur, les envoient à un ordinateur qui déclenche l’alarme en cas de besoin... Pourquoi lutter contre la désertification médicale et la destruction de l’hôpital ? Nos bons socialistes nous offrent de la « e-santé » à base de télésurveillance. Voilà qui fera plaisir aux patrons de Google, qui ont prévu de pousser un peu plus loin la fusion homme-machine : « Les fonctions de diagnostic de votre téléphone seront une chose du passé. (C’est-à-dire que la possibilité de scanner des parties de votre corps avec votre téléphone portable comme on scanne un code-barres sera une évidence). Mais on ne va pas tarder à voir apparaître une flopée d’implants conçus pour veiller à votre santé, comme des robots microscopiques introduits dans votre système circulatoire pour surveiller votre pression, détecter la phase initiale d’un infarctus ou les prémices d’un cancer. » Déjà, pour maintenir les papy-boomers plus longtemps à domicile, des prothèses d’ « e-autonomie » sont conçues par de bienveillants ingénieurs. Comme des transmetteurs de téléassistance, sur lesquels vous pouvez appuyer sur un bouton « convivial » (dixit le fabricant) afin qu’une voix doucereuse vienne vous apporter un soutien moral... Une foultitude de tablettes, applications mobiles, « plateformes visiophoniques » permettront de « communiquer plus facilement », connectées à l’extérieur par un écran. Voilà des dispositifs « créateurs de liens sociaux », ose un Silver industriel. Et pour faciliter cette existence si riche de liens mécaniques, les logements seront entièrement câblés. La domotique permettra d’automatiser l’éclairage, les volets roulants, le chauffage, la clim, d’évaluer les consommations, de sonner l’alarme en cas d’intrusion, etc. Tout pourra être piloté à distance. Un balisage lumineux orientera les déplacements. Et de gentils robots nous tiendront compagnie pour rendre l’âme dans le paradis des « gérontechnologies » (oui, ils ont inventé ce mot-là aussi, nos redresseurs de PIB).
     Reste à rendre acceptable cette déshumanisation toujours plus poussée. A faire comprendre aux vieux schnoks qu’une dépendance accrue à une organisation technique qui les dépasse, ça les rendra plus autonomes, et que la consommation massive d’électronique, d’informatique, de logiciels, de tablettes, d’Internet, de capteurs, d’écran, ça leur permettra de couler des derniers jours heureux. Les obsédés de la compétitivité y travaillent : lors du salon « silver economy expo » qui s’est déroulé en décembre dernier, une conférence était consacrée à « l’acceptabilité sociale de ces nouveaux produits ». « Inscrire les nouvelles technologies dans les usages quotidiens des seniors reste l’un des principaux défis », concèdent les socialistes et leurs amis patrons. On devine déjà les slogans publicitaires dignes du meilleur des mondes : « Vous voulez bien vivre et bien vieillir ? Avalez cette flopée d’implants ! » Mais pour clopiner avec une canne connectée, il faudra montrer un portefeuille garni : « La Silver économie ne pourra émerger qu’en prenant appui, au moins dans un premier temps, sur les catégories les plus solvables de la population », nous prévient en termes feutrés le Commissariat général à la stratégie et à la prospective. Autant dire que pour une socialiste (rires) comme Michèle Delaunay, dont le patrimoine est évalué à plus de 5 millions d’euros, ça devrait aller. Réfractaire, [l’objecteur] préfère une autonomie conviviale, à base de relations humaines directes, d’entraide entre voisins et entre générations, de soutien familial, comme ça se fait encore dans certaines familles archaïques pas complètement éclatées, où les jeunes visitent régulièrement leurs vieux pour les aider. Mauvais patriotes, ce n’est pas comme ça que la croissance reviendra. 

La Décroissance N°106

lundi 20 mars 2017

Violence et politique - Orages d'acier - 19/03/2017

3e arrondissement : le square du Temple rebaptisé « Square Temple – Elie Wiesel »


Paris Vox – Suite à une proposition du Conseil de Paris, le square du Temple a été rebaptisé pour être désormais dédié à l’écrivain et philosophe américain, Elie Wiesel. Cette décision ne fait pas l’unanimité et de nombreux riverains estiment que c’est part de l’histoire du quartier et même du pays qui disparaît ainsi. 

Le square du Temple rendait en effet hommage à un épisode marquant de l’histoire de France, celui de l’Enclos des Templiers. Au XIIIe siècle, ce square était en effet un immense enclos appartenant aux chevaliers de l’Ordre des templiers, sur lequel ils érigèrent un beau palais en 1667. Devenu bien national pendant la Révolution française, la « prison du Temple » est la dernière antichambre de Louis XVI et du dauphin Louis XVII avant leur mise à mort. Transformé en couvent, puis en caserne, le palais est finalement détruit pour laisser place à un jardin aménagé lors des grands travaux d’Haussmann en 1857. 

L’opportunité de gommer un tel héritage historique au profit d’une personnalité étrangère controversée apparaît fortement discutable pour un grand nombre d’habitants du quartier. Elie Wiesel le disait lui-même : « Un homme sans passé est plus pauvre qu’un homme sans avenir. »

Fight Club. Scène du savon.

La ville est maintenant fétichisée, comme Histoire


     Qu'on ne nous parle plus de "la ville" et de "la campagne", et moins encore de leur antique opposition. Ce qui s'étend autour de nous n'y ressemble ni de près ni de loin : c'est une nappe urbaine unique, sans forme et sans ordre, une zone désolée, indéfinie et illimitée, un continuum mondial d'hypercentres muséifiés et de parcs naturels, de grands ensembles et d'immenses exploitations agricoles, de zones industrielles et de lotissements, de gîte ruraux et de bars branchés : la métropole. Il y a bien eu la ville antique, la ville médiévale ou la ville moderne ; il n'y a pas de ville métropolitaine. La métropole veut la synthèse de tout le territoire. Tout y cohabite, pas tant géographiquement que par le maillage de ses réseaux. 
     C'est justement parce qu'elle achève de disparaître que la ville est maintenant fétichisée, comme Histoire. Les manufactures lilloises deviennent des salles de spectacle, et le centre bétonné du Havre est patrimoine de l'Unesco. A Pékin, les hutongs qui entourent la Cité interdite sont détruites, et l'on en reconstruit de fausses un peu plus loin, à l'attention des curieux. A Troyes, on colle des façades à colombage sur des bâtiments en parpaing, un art du pastiche qui n'est pas sans évoquer les boutiques style victorien de Disneyland Paris. Les centres historiques, longtemps sièges de la sédition, trouvent sagement leur place dans l'organigramme de la métropole. Ils y sont dévolus au tourisme et à la consommation ostentatoire. Ils sont les îlots de la féérie marchande, que l'on maintient par la foire et l'esthétique, par la force aussi. La mièvrerie étouffante des marchés de Noël se paye par toujours plus de vigiles et de patrouilles de municipaux. Le contrôle s'intègre à merveille au paysage de la marchandise, montrant à qui veut bien la voir sa face autoritaire. L'époque est au mélange, mélange de musiquettes, de matraques téléscopiques et de barbe à papa. Ce que ça suppose de surveillance policière, l'enchantement ! 
     Ce goût de l'authentique-entre-guillemet, et du contrôle qui va avec, accompagne la petite bourgeoisie dans sa colonisation des quartiers populaires. Poussée hors des hypercentres, elle vient chercher là une "vie de quartier" que jamais elle ne trouverait parmi les maisons Phénix. Et en chassant les pauvres, les voitures et les immigrés, en faisant place nette, en extirpant les microbes, elle pulvérise cela même qu'elle était venue chercher. Sur une affiche municipale, un agent de nettoyage tend la main à un gardin de la paix ; un slogan : "Montauban, ville propre". 
     La décence qui oblige les urbanistes à ne plus parler de "la ville", qu'ils ont détruite, mais de "l'urbain", devrait aussi les inciter à ne plus parler de "la campagne", qui n'existe plus. Ce qu'il y a, en lieu et place, c'est un paysage que l'on exhibe aux foules stressées et déracinées, un passé que l'on peut bien mettre en scène maintenant que les paysans ont été réduits à si peu. C'est un marketing que l'on déploie sur un "territoire" où tout doit être valorisé ou constitué en patrimoine. C'est toujours le même vide glaçant qui gagne jusqu'aux plus reculés des clochers. 
      La métropole est cette mort simultanée de la ville et de la campagne, au carrefour où convergent toutes les classes moyennes, dans ce milieu de la classe du milieu, qui, d'exode rural en "périurbanisation", s'étire indéfiniment. A la vitrification du territoire national sied le cynisme de l'architecture contemporaine. Un lycée, un hôpital, une médiathèque sont autant de variantes sur un même thème : transparence, neutralité, uniformité. Des bâtiments, massifs et fluides, conçus sans avoir besoin de savoir ce qu'ils abriteront, et qui pourraient être ici aussi bien que n'importe où ailleurs. Que faire des tours de bureaux de la Défense, de la Part Dieu, ou d'Euralille ? L'expression "flambant neuf" contracte en elle toute leur destinée. Un voyageur écossais, après que les insurgés ont brûlé l'Hôtel de Ville de Paris en mai 1871, atteste la singulière splendeur du pouvoir en flamme : "{...} je n'avais jamais rien imaginé de plus beau ; c'est superbe. Les gens de la Commune sont d'affreux gredins, je n'en disconviens pas ; mais quels artistes ! Et ils n'ont pas eu conscience de leur oeuvre ! {...} J'ai vu les ruines d'Amalfi baignées par les flots d'azur de la Méditerranée, les ruines des tempmes de Tung-hoor dans le Pendjab ; j'ai vu Rome et bien d'autres choses : rien ne peut être comparé à ce que j'ai eu ce soir devant les yeux"


 comité invisible, L'insurrection qui vient

Du droit de l'atome a l'atomisation du droit


La question du nucléaire au niveau international a suscite de longs debats depuis les deux bombes lancées au Japon et à fait couler beaucoup d'encre, ainsi la liste non exhaustive des traites et autres accords:

- Treaty on the Non-Proliferation of Nuclear Weapons ou le fameux TNP en France

- Treaty Banning Nuclear Weapon Tests in the Atmosphere, in Outer Space and Under Water (PTBT)

-Treaty Between the USA and the USSR on the Limitation of Underground Nuclear Weapon Tests [Threshold Test Ban Treaty]

- Treaty Between the USA and the USSR on Underground Nuclear Explosions for Peaceful Purposes

- Treaty for the Prohibition of Nuclear Weapons in Latin America [Treaty of Tlatelolco]

- South Pacific Nuclear Free Zone Treaty of Rarotonga

Ces exemples montrent l'engagement des Etats - dont vous pouvez trouvez les signataires facilement - a l'égard de la question des armes nucléaires. Et pourtant, sans bercer dans la polémique de bistrot, le docteur Michio Kaku (professeur de physique nucléaire a l'université de New York) et le docteur Daniel Axelroad (professeur de physique a l'Université du Michigan) ont écrit un livre, 'To Win a Nuclear War' avec un sous-titre autant expressif, 'The Pentagon's Secret War Plans'.

Je suis désolé pour les non-anglicistes si les passages en anglais ne sont pas traduits, mais ils sont explicites. Seuls quelques exemples seront donnes ici:

"- la question des bombes en Mandchourie: en 1952 (soit 7 ans après Hiroshima et Nagasaki), nous sommes en pleine guerre de Corée et l'élection d'Eisenhower est pour certain la fin du débat sur la question de la bombe nucléaire voulue par MacArthur et le président ne voulant pas, mais les documents déclassifiés montrent que l'interprétation est incorrecte. "Because of the development of the Mark IX and the W-19, miniature atomic bombs which could be fired from a 280 mm howitzer [piece d'artillerie], the idea of using nuclear weapons in Korea suddenly became more attractive to the Pentagon". Allant plus loin dans le sujet, les américains pensaient en plaçant leur espoir en lui qu'Eisenhower conclurait une "paix honorable", après tout s'étant présenté comme le "candidat de la paix", cependant, il a sérieusement pensé à l'avantage de l'utilisation d'armes nucléaires en Corée: "To keep the attack from becoming costly, it was clear that we would have to use atomic weapons. This necessity was suggested to me by General MacArthur while I, as President-elect, was still living in New York. [...] We would not be limited by any world-wide gentleman's agreement".

- un usage légitimé par une doctrine : cet usage des armes est banal si l'on suit la ligne de conduite que suivait par exemple Robert McNamara et Paul Henri Nitze durant la guerre du Vietnam, qui étaient profondément influencés par les travaux du professeur a Harvard Thomas C. Schelling, qui a developpe une theorie denommée "la diplomatie de la violence" dans son ouvrage "Arms and Influence" en 1966. Il clamait que "l'art de la coercition" a travers la superiorité militaire et le "pouvoir de blesser" étaient des figures fondamentales des interactions humaines: "Violence - pure pain and damage - can be used or threatened to coerce and to deter, to ontimidate and to blackmail, to demoralize and to paralyze, in a conscious process of dirty bargaining...The power to hurt is bargaining power. To exploit it is diplomacy - vicious diplomacy, but diplomacy".

- sur la guerre du Vietnam en elle-meme: le Gal William Westmoreland le 1er Fevrier 1968 a reçu un document Top secret de la part de son Etat major, plus particulierement le Gal Wheeler, soulevant la question de savoir si les armes nucléaires tactiques devaient être utilisées si la situation à Khe Sanh (bataille dont l'enjeu etait assez important pour l'issue de la guerre) devenait désesperée. En 1976 dans le journal 'A Soldier Reports' (p 338, Westmoreland sembe regretter que les bombes nucléaires n'aient pas été utilisées a Khe Sanh: "If Washington officials were so intent on sending a message to Hanoi, surely small tactical nuclear weapons would be a way to tell Hanoi something, as two atomic bombs had spoken convincingly to Japanese officials during Wolrd War II and the threat of atomic bombs induced the North Koreans to accept meaningful negotations during the Korean War. It could be that the use of a few small tactical nuclear weapons in Vietnam might have quickly brought the war there to an end".

- enfin, dernier exemple, qui touche un peu plus a nos sujets d’actualité, la question des bombes atomiques sur l'Iran: quand Mossadegh en 1953 a nationalisé l'Anglo-Iranian Oil Company, le département d’état a avalisé la CIA a remettre en place le Shah d'Iran, le 22 Aout de la même année les émeutes préparées depuis Langley sont une réussite. Les plus grands vainqueurs de l’Opération Ajax (qui a ete tenue pour modèle pendant des décennies pour toutes les autres missions du même genre tout autour de la planète) étant les compagnies pétrolières américaines qui ont partage ensuite les recettes. Revenons a nos moutons, entre la pauvreté et les méthodes brutales du SAVAK (services de sécurité intérieure et de renseignement du Shah d'Iran), le régime est renverse en 1979, avec l’épisode le 4 Novembre de l'invasion de l'ambassade américaine en Iran, impliquant des interactions avec l'Union soviétique. Le 2 Février 1980, les détails d'une dissuasion nucléaire étaient rendus publics dans l'article "Capabilities in the Persian Gulf", provenant d'un rapport secret du Pentagone. En première page du rapport on peut lire "Study Says a Soviet Move in Iran Might Require U.S. Atom Arms". Plus loin dans l'article on peut voir "To prevail in an Iranian scenario, we might have to threaten or make use of tactical nuclear weapons". Le rapport était vague concernant quelles armes nucléaires pourraient être précieusement utilisées dans un conflit avec les soviétiques, mais l'article a été clarifie par un 'ancien officiel du Pentagone' qui a dit que ce seraient des missiles de croisière comprenant des armes nucléaires lances de bateaux dans l’Océan indien. Le missile de croisiere étant une arme d'intervention dans le Tiers-monde, non premièrement dirige contre la zone soviétique.

NMH

dimanche 19 mars 2017

Brigitte Bardot : "Je ne me suis pas battue contre l’Algérie française pour accepter une France algérienne"


Interview. À l'occasion de la sortie de son livre de citations et d'aphorismes, Répliques et piques, aux éditions de l'Archipel, Brigitte Bardot s'est entretenue, comme à son habitude, en toute liberté, avec Valeurs actuelles.

L'état de la France 
"J’ai été élevée dans l’honneur, le patriotisme, l’amour et le respect de mon pays. Quand je vois ce qu’il est devenu, je suis assez désespérée. Quand je constate ce qu’ils ont fait d’un pays dont la richesse intellectuelle, la qualité du langage, de l’écriture, la primauté en matière d’architecture, de mode, d’élégance, de patrimoine rayonnaient dans le monde entier, ça me déprime. Comme disait mon grand-père, il y a de quoi se les prendre et se les mordre !" 

A qui attribue-t-elle cette régression ? 
"À la gauche. Elle déteste tout ce qui est luxueux, élégant, tout ce qui sort un peu de l’ordinaire". 

Sur le communautarisme 
"Je ne peux plus les voir, les islamistes. Que pratiquement partout en France on voie des burqas, c’est inadmissible. Qu’ils se conduisent comme ils veulent dans leur pays d’origine, mais qu’ils ne nous imposent pas des coutumes, des pratiques, des discriminations d’un autre âge : la France, ce n’est pas ça." 

Les personnalités politiques qu'elle apprécie 
"Marine Le Pen, je l’aime beaucoup et depuis longtemps ; mais aussi François Fillon. Je trouve que c’est un type bien ; j’ai été horrifiée par ce lynchage judiciaire et médiatique. Ce type a du courage et j’ai, comme vous le savez, beaucoup de respect pour cette vertu." 

L'union européenne 
"Il faut en sortir. Bruxelles nous casse les burnes." 

L'état du cinéma français 
"Il n’y a plus que des barbus et des actrices aux cheveux gras, qui se font violer dans les coins et qui trouvent des excuses à leurs agresseurs. Il n’y a qu’à regarder la Cérémonie des César où de gentils zombies remercient papa-maman, leur concierge et leur chauffeur de taxi, tout en lançant l’incontournable appel à la fraternité humaine et à l’antiracisme." 

La culture française 
"Je ne me suis pas battue contre l’Algérie française pour accepter une France algérienne. Je ne touche pas à la culture, à l’identité et aux coutumes des autres. Qu’on ne touche pas aux miennes."

Il ne s’agissait plus de retrouver une province et de pendre un Empereur aux moustaches inquiétantes

     Il y a quelques années, l’idée de parler au nom de ma génération m’aurait paru tout à fait inconvenante. Je n'étais pas mûr pour la jeunesse. Mais cette époque de la vie, je m’en suis aperçu, bous est imposée par les autres. Ils vous montrent du doigt, ils expliquent, ils réclament. Ces signes infaillibles, en 1945, me prouvèrent que j’avais vingt ans. Plusieurs garçons, autour de moi, se trouvaient déjà dans cette intéressante situation. Nous nous sommes regardés. Un grand concours du monde se pressait autour de nous. La jeunesse était un âge assez couru. Vichy avait laissé derrière soi quantité de culottes courtes. Les nouveaux généraux, les ministres, montraient leurs jambes et leur conscience. Il fallut distinguer.
     Les uns étaient rentrés dans la bataille pour des raisons nourrissantes. Dans les vieilles années de l’avant-guerre, ils avaient travaillé leur idée de la France, comme des élèves qui préparent un examen. Ils étaient pareils à leurs pères, mais le programme avait bien changé. Il ne s’agissait plus de retrouver une province et de pendre un Empereur aux moustaches inquiétantes. Il s’agissait de l’avenir du monde, au moins des dernières chances de la civilisation. Sur tout cela, un climat de bonne volonté, d’échanges intellectuels. Chacun était un témoin de son temps. Cette abondance de spectateurs laissait dans le néant la scène du théâtre. Bientôt, les jeunes nations, qui avaient de la mauvaise volonté à revendre, expertes en faux témoignages, amoureuses de vérités nouvelles, allaient remplir cette vacance de l’histoire où les vieilles démocraties voulaient s’abriter. Il était temps, il était bien temps de résumer fiévreusement les principes. Ils conduiraient les jeunes Français au mieux et au pire. Un Dieu toujours leur pardonnera, car ils savaient ce qu’ils faisaient. Aujourd’hui encore, victorieux ou vaincus, ils ont des preuves, ils les tendent désespérément vers nous, ils voudraient nous obliger à les reconnaître, à les saluer. Mais nous laissons aux historiens le soin d’enterrer le siècle dans un beau linceul de grands volumes, de pages glacées, de références. Nous sommes les vivants.
     D’autres se sont jetés dans la mêlée, plutôt pour se remuer le sang et fâcher leur famille. C’était une occasion unique, une époque de grande liberté. Un philosophe a soutenu que la tyrannie nous permettait d’approfondir notre condition, de nous sentir pleinement révoltés – et d’autres sentiments distingués. Ces mots compliqués n’avaient pas de sens chez les jeunes gens qui couraient à Londres ou sur le front de Russie. Ils étaient tellement proches par l’enthousiasme, par l’inexpérience, par leur goût du risque et peut-être même du gâchis, qu’on s’est étonné plus tard du fossé qui les séparait. On n’a pas compris que la fraternité du sang n’ait pas comblé ce fossé. A cela, il y avait une raison assez simple : ni les uns ni les autres n’étaient très nombreux. On leur fit bien comprendre, trois ans plus tard, que les incartades étaient finies. Mais on a menti quand on a voulu les transformer en justiciers. Pour eux la justice était simplement le règne des peureux et des sages. Ils n’en savaient pas tant. A leurs yeux, les doctrines n’auront pas compté, ni les exemples ; ils avaient des souvenirs et nulle mémoire, ils étaient neufs ; cette naïveté même ne déplaisait pas aux mâchoires sanglantes qui s’ouvraient à l’horizon. La mort n’est pas ingrate, elle sait récompenser les talents et s’entoure d’imprudents.

Roger Nimier, Le Grand d'Espagne

samedi 18 mars 2017

Marion Maréchal-Le Pen séduit de plus en plus de sympathisants FN: "la relève est assurée"

Marion Maréchal-Le Pen était en déplacement ce lundi à Sens (Yonne) pour soutenir sa tante, Marine Le Pen, dans sa campagne à l'élection présidentielle. Sur place, les sympathisants frontistes sont persuadés qu'elle sera la prochaine présidente du parti… voire de la France. 

Marion Maréchal-Le Pen séduit encore plus que sa tante, Marine Le Pen. La députée du Vaucluse était en réunion publique ce lundi à Sens, devant plus de 600 personnes venues pour l'écouter. Un discours de 45 minutes très applaudi, par un public conquis. Sur place, les sympathisants frontistes se disent même persuadés comme à chaque déplacement, Marion Maréchal Le Pen a réuni plusieurs centaines de sympathisants persuadés qu'elle est la prochaine présidente du parti... voire du pays. 

"Marion c'est un peu comme Jean-Marie. Ils ont un nom. Ils veulent sauver la France", estime par exemple ce militant. Même si Marine le Pen reste la candidate incontestée pour cette élection, pour la suite, les sympathisants semblent avoir déjà adoubés Marion Maréchal-Le Pen: "Elle est extraordinaire. Elle promet. Elle a pour elle la jeunesse, un charme fou et c'est une tête. La relève est assurée". 

Un constat partagé par Julien Odoul, futur candidat aux législatives dans la circonscription de Sens. Pour autant, il n'est pas question pour l'instant de faire de l'ombre à Marine Le Pen, la candidate du parti. "Marion est énormément appréciée parce qu'elle jeune, combative, courageuse et surtout parce qu'elle arrive à faire vibrer le cœur des Français. Mais la priorité, le présent, c'est Marine Le Pen à l'Elysée". De son côté Marion Maréchal Le Pen assure être à 100% derrière sa tante et n'avoir aucune ambition présidentielle. Pour le moment…

Bienvenue en France


Fedor Emelianenko vs Jeff Monson

Freedom fighter : Jean Tranape

Né le 3 décembre 1918 à Nouméa d’un père vietnamien, Jean Tranape, est engagé volontaire, et est affecté au bataillon du Pacifique, regroupant Tahitiens et Néo-Calédoniens de la France libre. « Brave jusqu’à la témérité », selon l’une de ses citations, porte-drapeau de son unité, car le plus décoré, il finit la guerre sergent-chef.

« En juin 1940, je faisais mon service militaire au bataillon mixte d’infanterie coloniale à Nouméa. A la nouvelle de la défaite, tout le Pacifique s’est rallié à de Gaulle. D’abord les Nouvelles Hébrides, puis Tahiti, avec les soldats emmenés par le capitaine Félix Broche, et la Nouvelle-Calédonie qui a suivi en septembre. Ceux des administrateurs et militaires qui refusaient ont été expulsés vers l’Indochine. Le bataillon du Pacifique a été mis sur pied, fin septembre, à la demande du général de Gaulle et comprenait 600 hommes, pour moitié des Tahitiens et moitié des Néo-Calédoniens. Au début, on ne se mélangeait pas beaucoup, les Tahitiens aimaient bien boire et il y avait quelques frictions entre nous. Mais ils chantaient très bien, ils donnaient même des concerts. On est resté sur place jusqu’en mai 1941, car il ne fallait pas désarmer en raison de la menace japonaise. On a embarqué sur un bateau de Néo-Zélandais, direction l’Australie, où nous avons été équipés avant de rejoindre Suez et la mer Rouge. En Egypte, quand les Français métropolitains nous ont vus arriver de si loin, ils étaient un peu étonnés.
A Bir-Hakeim, le bataillon du Pacifique a été décimé. C’était l’enfer. On était à court de munitions et de vivres. Notre chef, Félix Broche, a été tué dans son PC, un obus est tombé directement dessus. Ensuite, on a fait El-Alamein, la Tunisie, puis la campagne d’Italie où j’ai été blessé par l’explosion d’une grenade. Ça a été le plus dur.je me souviens d’un assaut où nous avons été massacrés par l’artillerie et durant lequel j’ai vu un de mes camarades prendre feu devant moi. J’ai tenté d’éteindre ses vêtements avec mes mains, mais il était trop tard. Ensuite, j’ai compris pourquoi il s’était transformé en torche : c’était lui qui portait la musette avec les fusées éclairantes.
Poser le pied sur le sol français, à Cavalaire, en août 1944, a été ma plus grande joie. Jusque-là, je m’étais battu dans des pays étrangers. C’était la première fois que je venais en France, la mère patrie. La première nuit, on a dormi dans les vignes, je n’en avais jamais vu. Au petit matin, on a mangé du raisin, une grande première.
En tout, nous avons eu 50% de pertes. A notre retour, les Tahitiens nous ont accueillis en héros. Ils sont venus en pirogue, avec des guitares, en dansant le long de la côte, ils voulaient nous donner une compagne. A Nouméa, l’accueil a été plus froid. Les Américains étaient déjà là et ils avaient de l’argent. Nous, on n’avait pas grand-chose. »

vendredi 17 mars 2017

Voilà le pack du "rebelle anti-système"


Un mouvement gay pro-Fillon va être lancé


Soucieux de casser l'image du candidat de la droite, son équipe a donné un accord de principe mercredi à la formation d'un mouvement homosexuel en sa faveur. 

Entre deux révélations fracassantes, on pouvait trouver cette semaine une information passée inaperçue dans Le Canard Enchaîné. Une nouvelle composante est en passe de venir s'ajouter au dispositif de campagne de François Fillon: un mouvement de soutien d'homosexuels pour la campagne du candidat de la droite est dans les tuyaux. Cette initiative sera confiée à Benoît-Olivier Boureau, banquier chez Rothschild et impliqué dans le comité de soutien parisien de la campagne de François Fillon. Contacté par LeFigaro, lui-même n'a pas donné suite à nos sollicitations jusqu'ici. 

Il a en revanche pris contact avec Pierre Danon, à la tête du pôle de campagne société civile auprès de François Fillon. «Il m'a demandé si c'était bien à moi qu'il fallait s'adresser. J'ai répondu que je serai ravi d'accueillir cette initiative et de le publier si elle est solide et sérieuse, ce dont je ne doute pas», confirmait au Figaro mercredi soir l'ex-patron de Numéricable, qui a notamment supervisé le rassemblement du Trocadéro. Le chef de file des Jeunes avec Fillon confirme la nouvelle. «C'est une très bonne chose, ça devrait permettre d'élargir notre audience, alors qu'on essaie de le faire passer pour un extrémiste en arguant de la radicalisation de sa campagne», salue Cédric Rivet-Sow. 

Côté «société civile» filloniste, la nouvelle est plutôt bien accueillie. «C'est vraiment bien», s'enthousiasme Virginie Tellenne, alias Frigide Barjot, ex-égérie de la Manif pour Tous en 2013 et aujourd'hui présidente de l'Avenir pour Tous. Soutien de François Fillon, elle se revendique également sympathisante de la communauté homosexuelle. Une communauté au sein de laquelle certaines dents grincent. «J'en ai entendu parler. C'est en train de se faire, mais je n'ai pas eu les détails», atteste, côté LR, Franck Riester. Le député, qui fut l'un des premiers cadres à droite à révéler son homosexualité, regrette la démarche: «Tout ce qui s'inscrit dans une démarche communautariste, ce n'est pas une bonne idée, je suis contre». 

Gaylib vent debout 
Du côté du mouvement homosexuel de droite Gaylib, c'est carrément la froide révolte. «On pourrait croire à une blague. C'est consternant, pathétique, je n'ai pas de mots», s'agace la présidente du mouvement Catherine Michaud, par ailleurs élue UDI. «Ça fait joli dans la vitrine, ça devait lui manquer», assène-t-elle. «.Je ne comprends pas qu'une personne homosexuelle puisse soutenir un candidat qui propose de hiérarchiser les familles et de conditionner la protection des enfants selon l'orientation sexuelle des parents». «Je pense que la droite se trompe de priorité en voulant réécrire une partie de la loi Taubira, les Français sont passés à autre chose», poursuit la centriste. 

Le soutien de l'électorat homosexuel à François Fillon est loin d'être acquis, alors que le candidat a notamment promis de revenir sur le droit à l'adoption par les couples homosexuels, inscrit dans la loi Taubira. La montée en puissance dans le dispositif de campagne de Sens Commun, émanation politique de la Manif pour tous, n'a pas arrangé les choses. 

Charles Robin : « Cette culture libertaire du libéralisme est une nouvelle forme d’esclavage »


Charles Robin est essayiste. Dans la lignée du philosophe Jean-Claude Michéa, il formule une critique radicale de la société libérale et de la gauche libertaire, notamment dans deux ouvrages : Penser le libéralisme (2013) et La Gauche du Capital (2014). Il est également un contributeur régulier des revues Rébellion, Éléments et Perspectives libres. 

PHILITT : Vous rejetez les Lumières car vous voyez en elles l’origine du libéralisme. Cependant, les Lumières ont aussi été une source d’inspiration pour les premiers socialistes, notamment Rousseau et Montesquieu. N’est-ce pas paradoxal ? 
Charles Robin : Résumer mon propos sur la philosophie des Lumières et ses liens avec le libéralisme à une position de « rejet » me semble relever, pour le moins, du raccourci philosophique ! Le fait est que le libéralisme, tel qu’il s’est formalisé au cours de l’histoire moderne (et, plus particulièrement, au XVIIIe siècle), s’appuie essentiellement sur cette vision de l’Homme – défendue à l’époque par la plupart des penseurs des Lumières – comme d’un individu rationnel, dont le sens et la finalité ultimes de l’existence se réduiraient à la recherche de l’intérêt. Je vous renvoie, à ce sujet, aux textes de Locke et de Hume (deux figures majeures des Lumières britanniques) qui, dans leurs traités d’anthropologie philosophique, s’accordent à voir dans l’homme « cette chose pensante, sensible au plaisir et à la douleur, apte au bonheur ou au malheur et portant de ce fait intérêt à soi ». Or, c’est de cette définition de l’homme comme être naturellement mu par son égoïsme que le libéralisme entend partir (définition supposée reposer sur l’ « expérience » et l’ « observation des faits ») pour concevoir un modèle de société rendant possible la coexistence pacifique des individus concurrents. 

C’est là qu’interviennent les deux grandes instances de régulation, parallèles et conjointes, du système libéral : le Droit, censé garantir la liberté de tous les citoyens dans le cadre de la loi (je vous rappelle ici que la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 stipule que « la loi n’a le droit de défendre que les actions nuisibles à la Société. Tout ce qui n’est pas défendu par la Loi ne peut être empêché, et nul ne peut être contraint à faire ce qu’elle n’ordonne pas ») ; et le Marché, censé résoudre mécaniquement l’antinomie des intérêts particuliers par un phénomène providentiel d’ « harmonisation spontanée » (je vous renvoie, sur ce point, aux textes fameux d’Adam Smith sur les vertus de la « main invisible » du Marché). On voit donc ici en quoi la philosophie des Lumières, en s’appuyant sur une vision de l’Homme comme être foncièrement « libre », « égoïste » et « rationnel » – aptitudes qu’il ne s’agit, du reste, aucunement de nier ou de minimiser –, a fourni aux théoriciens du libéralisme le matériau anthropologique à partir duquel le modèle d’une société libérale, c’est-à-dire d’une société qui fait de l’égoïsme des individus le moteur unique de son fonctionnement, allait pouvoir prospérer jusqu’à nos jours. Quant à votre remarque sur Rousseau et son apport dans la constitution de la pensée socialiste, je ne peux que vous rejoindre, dans la mesure où je reconnais moins dans l’auteur de L’Essai sur les sciences et les arts un philosophe des Lumières qu’un philosophe contre les Lumières (ses lignes sur la liberté et sur le désir lui vaudraient probablement, aujourd’hui, les plus violentes accusations de « totalitarisme », voire de « fascisme », de la part des descendants intellectuels d’un libéral comme Voltaire, son pire ennemi). 

PHILITT : Rousseau ne s’inscrit donc pas, selon vous, dans le mouvement des Lumières ? 
Charles Robin : En effet, contrairement aux Lumières – qui n’envisageaient la problématique de la liberté que du point de vue de l’individu – Rousseau, quant à lui, voyait essentiellement dans cette dernière une aspiration collective et un projet commun (ce en quoi il représente, selon moi, le dernier penseur véritable du problème politique). Je ne m’étendrai pas ici sur sa notion politique centrale d’ « intérêt général », qui ne pourra que heurter la sensibilité individualiste de tout libéral authentique, qui n’admet, par définition, que le bien-fondé et la toute-puissance du « droit privé ». Daniel Cohn-Bendit n’est-il pas celui qui nous a rappelé, récemment, que la démocratie consistait dans « la défense des minorités contre la majorité » ? Lorsque de telles insolences dialectiques se retrouvent permises, on n’ose à peine imaginer le sort qu’aurait réservé notre intelligentsia libérale à ce pauvre Rousseau ! 

PHILITT : Selon vous, le libertarisme est, dès le départ, un élément constitutif du libéralisme. Mais peut-on vraiment mettre Proudhon, Bakounine et Kropotkine dans le même sac que Serge July et Daniel Cohn-Bendit ? 
Charles Robin : Il convient d’abord de s’entendre sur le sens des mots. Par l’adjectif « libertaire », j’entends caractériser le discours qui érige la « liberté individuelle » et le « droit privé » au rang de norme politique, sociale et culturelle suprême, et qui, partant, fait de la contestation de toutes les structures et de toutes les normes symboliques et collectives existantes un idéal anthropologique et un impératif pratique. Or, ce qu’il me semble important de noter, c’est que dès lors qu’on redéfinit la liberté comme le droit offert à l’individu de satisfaire sa tendance – supposée naturelle et inévitable – à poursuivre son intérêt et son désir, il est clair que le but atteint n’est pas ce que Marx nommait, à son époque, la « liberté réelle ». C’est, au contraire, la soumission grandissante des individus aux exigences capitalistes de « libération pulsionnelle » et de « satisfaction libidinale », en vue d’une extension indéfinie des sphères de la consommation. Soit l’exact antithèse de la conception des sages grecs de l’Antiquité, qui voyaient dans la liberté cette capacité proprement humaine à la retenue et à la « maîtrise des passions » (ce que les philosophes grecs appelaient la sophrosyne : la tempérance, et qu’ils opposaient à l’hybris : la démesure). On est donc loin, selon ce critère, de ce que notre cher Rousseau appelait, dans ses Lettres écrites de la montagne, un « état libre », dans lequel, disait-il, la liberté de chaque individu est subordonnée à la liberté du groupe ! 

Philitt : C’est donc l’illusion de liberté de nos sociétés libérales que vous souhaitez dénoncer ? 
Charles Robin : Oui, le philosophe Dany-Robert Dufour n’hésite d’ailleurs pas à parler, au sujet de cette culture « libertaire » du libéralisme, d’une nouvelle forme d’esclavage, en tant qu’elle fait de l’individu consentant (c’est-à-dire de celui qui a définitivement intériorisé l’idée que le droit et le désir devaient constituer l’unique moteur de tous ses agissements) le complice inconscient de sa propre servitude – celle de son souverain désir. Une servitude objective aux attentes du Marché vécue subjectivement comme une liberté et un droit (d’où l’urgence de réintroduire dans la réflexion philosophique le concept d’ « aliénation »), alors même qu’elle participe de la dépossession des sujets de leur dimension supra-matérielle, celle par laquelle nous pouvons accéder à la sphère, abstraite et immatérielle, du « don » et de la « gratuité » (vérifiable au fait, par exemple, qu’il puisse nous arriver d’agir sans rien attendre en retour). Difficile, dans ce contexte, de déceler une quelconque parenté philosophique entre un tel libéralisme libertaire (expression forgée par Michel Clouscard en 1973, pour lequel, au passage, Daniel Cohn-Bendit représentait déjà l’emblème incandescent), qui fait de l’atomisation des individus et de la promotion de l’idéologie du désir son armement idéologique privilégié, et le socialisme libertaire d’un Proudhon ou d’un Bakounine, qui voyaient dans le lien à autrui – le lien représentant, dans la doxa libérale, la marque caractéristique de la « dépendance » et de la « servitude » – la condition profonde de toute liberté réelle, puisqu’elle conditionne l’existence du groupe. Une idée que le NPA semble décidément avoir le plus grand mal à entendre… 

PHILITT : Vous faites du NPA l’un des plus grands promoteurs actuels du capitalisme. Or, il s’agit également d’un parti fortement influencé par Daniel Bensaïd, un grand disciple de l’École de Francfort, et où on trouve encore aujourd’hui des intellectuels comme Michael Löwy. Votre analyse ne gagnerait-elle pas à être plus nuancée ? 
Charles Robin : Sans doute ! Mais, comme l’écrivait déjà Günther Anders, « s’il peut y avoir la moindre chance d’atteindre l’oreille de l’autre, ce n’est qu’en donnant le plus de tranchant possible à son propos ». On pourra toujours me reprocher certaines généralisations ou approximations – qui n’en fait pas ? Je réponds que toute théorisation est à ce prix. Or, au-delà des quelques exemples que vous me citez (auxquels, par ailleurs, je souscris en grande partie), je constate une tendance générale à l’œuvre dans le discours politique et « sociétal » du NPA, et des représentants de la « gauche libertaire » en général – dont, par exemple, le philosophe « hédoniste » Michel Onfray a longtemps fait partie –, que je tiens pour infiniment plus influente sur l’air du temps médiatique et le « débat public » (comme l’on doit dire de nos jours) que ne pourraient l’être les réflexions rigoureuses d’un théoricien du mouvement communiste révolutionnaire comme Daniel Bensaïd. Si je focalise mon attention critique sur le cas spécifique de cette « extrême gauche », c’est dans la mesure exacte où celle-ci symbolise, selon moi, le contresens idéologique moderne qui fait obstacle à toute approche pertinente (et, partant, à l’analyse qui en découle) de la question de la domination. En articulant sa lutte contre l’hégémonie capitaliste et l’injustice sociale à une disqualification systématique de toute notion de « norme », d’ « autorité » ou de « limite » (ces notions étant, bien entendu, à définir), l’extrême gauche s’interdit ainsi par avance de défendre les conditions symboliques et anthropologiques d’institution réelle d’une société juste et égalitaire, qui ne peut espérer s’édifier que sur la base d’un « monde commun » – ne serait-ce que celui des règles minimales de la morale commune et de la décence. 

Pour le dire d’une manière simple, on ne peut à la fois s’élever contre la logique de marchandisation et de réification croissantes de l’existence humaine par le libéralisme triomphant (l’exploitation salariale, l’anéantissement des acquis sociaux, l’augmentation du coût de la vie) et encourager, dès que l’occasion s’en présente, la déliaison des individus de toutes les attaches symboliques, culturelles et morales qui empêchent, précisément, la réduction de l’existence humaine à la seule dimension matérielle du désir et de l’intérêt (comme l’œuvre radicale et cohérente du Marquis de Sade l’a brillamment illustré). Si l’on admet cette idée que le capitalisme ne peut espérer se maintenir qu’avec la participation des sujets qu’il englobe et asservit, on doit, du même coup, consentir à l’examen de ce qui, dans nos propres schémas d’action et de représentation, rend encore possible l’emprise sur notre économie, mais aussi sur nos vies, de la domination libérale. Ce qu’on appelle, communément, prendre le mal à sa racine. Et qu’aucun militant anticapitaliste authentique ne saurait, a priori, me reprocher !