dimanche 19 août 2018

En vérité, je tremble pour mon pays, quand je songe que Dieu est juste

En vérité, je tremble pour mon pays, quand je songe que Dieu est juste.

Thomas Jefferson

Rappel : Italie : Des musulmans détruisent et urinent sur la statue de la Vierge Marie

Difficile de faire mieux comme vérification d'informations à part aller sur place. . .
Un homme était agenouillé en prière devant la statue de la Vierge, avec la photo d'un être cher dans la main, dans la petite chapelle de Saint-Barnabé à Pérouse (Italie), quand il a été attaqué par cinq " immigrés ».
La première chose qu'ils firent fut de déchirer la photo qui était entre ses mains.
Ensuite, ils ont déchaîné leur haine contre la Vierge Marie. Ils ont cassé la statue en morceaux et ont ensuite uriné sur elle.
L'incident a crée certains remous auprès des habitants du pays. Certains ont fustigé le Pape François qui est accusé d'absoudre les immigrés – principalement musulmans – de leur sauvagerie. Plus tôt, le Pape avait déclaré que "les migrants, par leur propre humanité, leurs valeurs culturelles, étendaient le sens de la fraternité humaine."

Général Lalande

samedi 18 août 2018

Le retour au Standard Or de Antal Fekete

Faire feu de toute crise, c'est l'occasion pour toute autre force de s'agréger ou de se renforcer


Europa Nostra - Prisonnier politique

FC Kahuna - Hayling

Ultima Frontiera - Vento d'Europa

Bien sous tout rapport (concernant le SAC)

Forte de 21 membres, la commission d’enquête parlementaire sur le SAC, créée en décembre 1981, a entendu 99 personnes, hommes politiques ou hommes du SAC et flics, et rendu son rapport six mois plus tard. Seules les 43 auditions les plus importantes sont retranscrites dans le document final. Certains témoignages, jugés peu fiables, seront volontairement écartés. 
     Si le nom de Philippe Massoni, préfet de police et ancien flic des RG, membre du SAC, ne figure pas dans le rapport, ce n’est pas parce qu’il était jugé peu fiable, c’est parce qu’il a bénéficié d’un traitement de faveur. Son cas a même fait l’objet de l’unique pression de l’Elysée sur la commission parlementaire
     François de Grossouvre, alors chargé des dossiers de sécurité auprès de Tonton au Château, avait demandé que l’on ne mentionne pas l’audition de Massoni. Motif : ce dernier avait proposé d’aider les socialistes à gérer la transition de 1981 avec les flics contre une certaine mansuétude à son égard. 
     A la fin de son audition, Pasqua, qui ne pouvait pas, lui, espérer passer au travers des gouttes, a trouvé un moyen original d’arrondir les angles. Histoire de se faire bien voir du président socialiste de la commission, Alain Hautecœur, élu du Var, Pasqua a lancé : « Je crois que mon père est de vos électeurs. » Sourire du député socialiste. Il se rappelle, en effet, avoir croisé André Pasqua à Saint-Paul-en-Forêt, près de Mandelieu. « Un jour, raconte Hautecœur, un vieil homme m’a félicité de mon travail. Et il m’a cité un proverbe corse : ‘N’oublie jamais la main qui t’a donné à manger’. » 
     Et ne la mords pas...

Les dossiers du canard, n° 61, Môssieu Pasqua, sa vie, son œuvre et ses ambitions

Pour ces individus-atomes, façonnés pas l’isolement sensoriel de la société industrielle de masse, l’essentiel c’est de « vibrer »

« Symptomatiques », pour employer un mot cher à Orwell, ces calomnies le sont de quelque chose qu’on peut résumer ainsi : le système des libertés marchandes se passe maintenant de quelque justification historique que ce soit, y compris par la référence à son ancien repoussoir stalinien. Il repose sur ce qu’ont accompli les totalitarismes de ce siècle et s’appuie sur leurs résultats, aussi tranquillement qu’il installait à Prague, pour un concert de Michael Jackson dont les spectateurs s’entendaient promettre qu’ils allaient ainsi « entrer dans l’histoire », une statue géante de cet homme de silicone, sur le socle même où était autrefois érigée celle de Staline. Comme l’observait un hebdomadaire allemand très éloigné de toute exagération critique à propos de sept cent mille zombies agglutinés par la « Love Parade » de Berlin : « La techno est une musique-machine ; celui qui l’écoute (le raver) un homme-machine, un système nerveux en agitation, qui se laisse entraîner par la musique jusqu’à ce que son cerveau connaisse un sentiment de bonheur auquel il est le seul à croire. Les amateurs de techno sont les véritables enfants de l’unification allemande. » A ceux-là, à tous ceux qui sont sortis de l’histoire en vivent dans la superstition technique (dans un bonheur auquel ils sont les seuls à croire), il devient tout à fait superflu d’inculquer que vouloir « refaire le monde » revient fatalement à tenter d’instaurer une utopie totalitaire, tentative qui ne peut déboucher que sur le chaos et la violence : ils sont en effet tout disposés à aimer ce monde qui se défait pour ce qu’il est, et même peut-être bientôt en tant précisément qu’il sera chaotique et violent. Pour ces individus-atomes, façonnés pas l’isolement sensoriel de la société industrielle de masse, l’essentiel c’est de « vibrer », et il ne manque pas d’organisateurs pour leur fournir, outre le fun, des identifications collectives de substitution et des mobilisations programmées dont ils puissent être en toute spontanéité les acteurs. « Nous sommes une seule famille », tel était le mot d’ordre des convulsionnaires de Berlin, mais derrière ce « signe d’amour sur terre » se profilent l’unanimité obligatoire et la haine de l’autonomie individuelle, comme aussi derrière les « révoltes citoyennes » dont le généreux enthousiasme est surtout celui d’adhérer à un consensus préfabriqué. 

Jaime Semprun, L’abîme se repeuple

vendredi 17 août 2018

De la servitude moderne - DOCUMENTAIRE COMPLET

Je n’ai jamais rien compris à la chimie. Par contre j’étais premier en catéchisme

Vers ce temps-là, j’ai compté les hommes que j’avais tués depuis six ans. La plupart étaient Allemands. Ah, me suis-je écrié, si tous ces gens-là m’attendent à la porte du paradis, avec leur femme (morte de chagrin), leurs enfants, les amants de leur femme, les bâtards (morts de chagrin, morts de chagrin !), j’entrerai difficilement. MM. Churchill et Reynaud ont bien déclaré au parlement, dès 1940, qu’ils avaient retenu quinze cent mille places auprès du Seigneur et que le brave soldat pourrait mourir tranquille. Le maréchal Leboeuf de l’époque s’est bien écrié : « Tout est prêt. Il ne manque pas une auréole. » Malgré ces assurances, ma confiance est très moyenne.
     Damné, je m’ennuierai sûrement. Trop d’imbéciles sur la terre parlent du diable avec une voix chavirée. C’est mauvais signe. L’autre jour, un hussard bien informé m’a glissé dans l’oreille que nous retournerions à la terre sous forme d’azote, après notre mort. Cette solution ne me convient nullement. Je n’ai jamais rien compris à la chimie. Par contre j’étais premier en catéchisme.
     J’ai de la tendresse pour mes camarades. Des calots éclatants, des visages neufs... Longtemps, j’ai proposé cette définition : « Hussard, militaire du genre rêveur, qui prend la vie par la douceur et les femmes par la violence. » Et puis j’en suis revenu. Je les regarde en souriant. Voilà huit cents jeunes gens d’assez bonne race, lâchés dans la campagne. Il en mourra le tiers, mais ils ne se plaindront pas. La jeunesse n’aime pas les grandes personnes : mais elle n’aime pas non plus sa jeunesse. 

Roger Nimier, Le hussard bleu

Cao Bang, les soldats sacrifiés d'Indochine

L.A. Guns - Over the edge

Hervé Juvin : «Le malheur identitaire est plus grave que le malheur économique»

Contre l'uniformisation progressive du monde par le droit et le marché, Hervé Juvin défend une «écologie des civilisations». Pour lui, la diversité des identités est seule garante de la paix. 

Hervé Juvin est un écrivain et essayiste français. Il poursuit un travail de réflexion sur la transformation violente de notre condition humaine qui, selon lui, caractérise ce début de XXIè siècle. Il est par ailleurs associé d'Eurogroup Consulting. Son dernier livre La grande séparation, pour une écologie des civilisations a été publié aux éditions Gallimard (Le Débat, 2014).

Figarovox : Vous défendez une «écologie des civilisations». Il faudrait donc protéger la diversité des peuples comme on assure la protection des espèces menacées ? N'est-ce pas artificiel ? 
De plus en plus de voix s'élèvent pour défendre la biodiversité végétale et animale au nom d'un principe essentiel: quand on supprime des espèces, pour ne plus cultiver que la variété qui vous semble la plus performante, on s'expose au risque de la voire disparaitre. C'est la diversité qui fait la survie. Si on réduit cette diversité, on s'expose au risque de la disparition de l'espèce. Je ne vois pas pourquoi on n'aurait pas la même réflexion au sujet de la diversité des espèces humaines.

Peut-être parce que les humains ne sont pas des plantes, et que distinguer entre différentes espèces humaines conduit au biologisme le plus douteux… 
Je ne suis pas essentialiste ni racialiste. Je crois que les tribus, les sociétés, les civilisations, peuvent évoluer. Et elles évoluent, même celles que l'on disait «primitives» ; mais elles mettent le temps. Elles ont aussi parfaitement le droit de conserver leurs modes de vies. Mais ce qui est propre à notre époque, c'est qu'on oblige l'évolution de force, par le haut, au nom de l'irréductible marche en avant du «Progrès», et non pas par une évolution spontanée. J'ai eu la chance de pouvoir fréquenter des sociétés qui, tout en restant en marge de l'économie monétaire telle que nous la connaissons, vivent dans un parfait équilibre et une harmonie avec leur environnement. Au nom de quoi les ferait-on basculer brutalement dans un modèle qui ruine leurs structures sociales, leur insuffler des rêves de 4x4, d'air conditionné et de grands écrans ? 

La culture met du temps. Est-ce un drame si tous les Français parlent anglais dans un siècle ? Je ne sais pas. Ce qui est un drame en revanche, c'est d'obliger des salariés français à Paris aujourd'hui dans les grandes entreprises à parler anglais. C'est accepter la colonisation anglo-américaine. Ce qui est grave, c'est le rapport du conseiller d'Etat Tuot qui demande aux Français de s'adapter aux nouveaux venus. Partout dans le monde c'est à celui qui rentre dans une maison de s'adapter aux mœurs de cette maison! Je suis personnellement opposé au port du voile dans l'espace public français, mais pas une minute je n'imaginerais exiger d'une femme qu'elle circule non voilée en Iran ! De la même manière je dénie tout droit à l'Arabie saoudite et à l'Iran de se mêler de la manière dont on s'habille en France ! 

Le multiculturalisme est-il forcément une illusion dangereuse qui conduit à la violence ? 
Pierre-André Taguieff a montré récemment que le multiculturalisme, présenté comme le modèle obligatoire de toute société - de manière assez agressive par les Américains - peut aussi engendrer la violence. Regardez les taux de criminalité au Brésil, société multiculturelle par excellence. Idem pour l'Afrique, première zone au monde pour l'immigration intérieure : 100 à 180 millions d'Africains vivent hors de leur pays natal, expulsés par la guerre, la misère, la nécessité de trouver un travail. Résultat : l'Afrique est un des continents les plus violents au monde. Regardez ce qui se passe au Liban ! Les sociétés multiculturelles sont les plus violentes au monde.

A l'occasion du Mondial de foot, on a pu assister en France à des manifestations d'appartenance de la part d'Algériens français, ce qui a été très mal vécu par les «indigènes»…Que vous inspire cette situation française ? 
Que des gens défilent avec le drapeau algérien par fierté de la victoire, c'est parfaitement compréhensible, mais la casse et la délinquance sont inexcusables. Il y a eu des bâtiments publics où des drapeaux français ont été remplacés par des drapeaux algériens.

La solution n'est pas de supprimer la double nationalité, question complexe dont toute solution brutale créerait des drames familiaux et des déchirements personnels terribles - et serait inapplicable. N'oublions pas que l'Algérie, c'était quatre départements français ! Le problème est ailleurs ; comment rendre plus attractive «l'identité de la France», sinon en reparlant de puissance et d'indépendance ? Depuis des décennies, aucun parti de gouvernement n'ose parler de l'identité de la France, des frontières de l'Europe, du fait que s'il y a des gens qui peuvent légitimement aspirer à devenir français ou européens, il y a aussi des gens qui n'ont pas leur place en Europe. Pour le général de Gaulle, Léon Blum et Jaurès, le mot «français» avait un sens. Aussi bien la gauche que la droite ont fait l'impasse sur ce sujet.

Très clairement je comprends des affirmations identitaires choquantes comme celles des algériens français ou de l'islam : si on a un islam conquérant en France, que des jeunes français et de jeunes françaises se convertissent à l'islam radical, que des jeunes des cités sortent dans la rue avec des drapeaux algériens, c'est parce que ce sont les seuls vecteurs d'affirmation collective face à la faiblesse identitaire des affirmations chrétiennes et françaises. Je rapporte dans mon livre cette anecdote : une jeune fille de 12 ans, interpellée par les conversions de ses camarades d'école qui choisissent le voile, demande à sa mère «Et nous, nous sommes quoi?» La mère, cadre supérieure d'une entreprise bancaire lui répond, spontanément : «Nous, nous ne sommes rien», voulant dire par là qu'elles étaient laïques, ne dépendant d'aucune religion, libres. Mais ce rien est significatif. La nature a horreur du vide. Et l'Islam est une réponse forte à cette souffrance identitaire qui nous hante.

Un nombre significatif de français se sentent «exilés de l'intérieur», ont le sentiment que leur identité même est en jeu. Or le malheur identitaire est plus grave que le malheur économique. Beaucoup de peuples vivent dans une relative pauvreté, mais à partir du moment où il existe une forte fierté nationale et une forte identité collective, ces peuples vivent bien.

Par exemple ? 
La Russie. On peut dire ce qu'on veut du président Poutine, reste qu'il a des taux de popularité à faire pâlir d'envie la plupart des dirigeants occidentaux : si il y avait une élection aujourd'hui il serait élu par 80 % des Russes! Il a su restaurer la fierté patriotique et les Russes lui en sont très reconnaissants ! L'homme le plus détesté de Russie, c'est Gorbatchev, qui a bradé l'empire, et la personne la plus respectée, c'est Staline… De quoi réfléchir sur la permanence de l'aspiration à la puissance et la liberté des peuples !

Certes, mais Poutine a surtout sorti la Russie de 10 années de désastre économique et su renouer avec la croissance… Ne sous-estimez-vous pas le facteur économique, et notamment l'impact de la crise économique en Europe ? 
Je ne sous-estime pas le facteur économique, je crois au contraire que l'ultra-libéralisme économique est un facteur décisif de destruction des structures sociales. Depuis les années 90, on va vers une paupérisation de la classe moyenne, et le marché du travail internationalisé est en train de casser les situations protégées, la concurrence internationale se traduisant par une baisse des rémunérations. Nous ne sommes qu'au début de ce nivellement par le bas. Jusqu'où ira-t-il ? Pas jusqu'à l'alignement des salaires de l'ouvrier français sur l'ouvrier indien: les peuples ne se laisseront pas faire. Nous sommes en train de vivre un retour de l'esclavage pensé et organisé par le grand capital (expression qui peut paraitre désuète mais qui est toujours appropriée). Le capitalisme financier aspire à faire des hommes des marchandises comme les autres, sans revenu minimum ni protection sociale.

L'immigration de masse servirait donc les intérêts du capitalisme… 
L'ultra-libéralisme a besoin de l'immigration. Le capitalisme mondialisé est favorable à la libre circulation des capitaux, des biens et services et aussi des hommes, qui sont une marchandise comme une autre. L'Europe est la région du monde la plus ouverte, aux mouvements des capitaux, des biens et aussi des hommes: il est plus dur d'avoir un visa pour les Etats-Unis que de pénétrer l'espace Schengen ! Parce qu'elle est incapable de définir son identité, l'Europe a renoncé à définir ses frontières.

Outre le marché, vous dénoncez l'emprise hégémonique du droit dans nos sociétés, devenu l'unique moyen de la reconnaissance. En quoi le droit accompagne-t-il ce projet de grande séparation ? 
Aujourd'hui l'individu se définit d'abord comme un détenteur de droits. C'est une évolution assez récente. C'est dans les années 70-80 qu'on a commencé à vouloir traduire en droit positif les droits de l'homme. Jusque-là, la déclaration des droits de l'homme et du citoyen était de nature purement symbolique, personne ne se souciait de leur donner une application concrète. La rupture, en France date de la décision du conseil constitutionnel du 16 juillet 1971, qui fait du juge constitutionnel le garant des libertés fondamentales qui acquiert ainsi la capacité de se poser en censeur de loi votée par le parlement français. La représentation populaire peut vouloir une loi, la décider, que le Conseil constitutionnel peut censurer au nom des «droits de l'homme». C'est un recul de souveraineté et de démocratie considérable

Mais n'a-t-on pas besoin des droits de l'homme pour se garantir de la «tyrannie de la majorité»
Je suis tout à fait d'accord pour ne pas donner à une majorité le droit de persécuter les minorités. Il faut qu'il y ait des garde-fous. Mais de garde-fous en garde-fous, on est allé trop loin, jusqu'à accorder des droits à l'individu contre la société et contre toute communauté. On a déifié l'individu et affaibli l'Etat. Or, les droits de l'individu ne peuvent être respectés que si il existe une société politique pour les protéger. Il n'y a pas d'individus s'il n'y a pas de Léviathan pour garantir leurs droits. Si on détruit la société, l'Etat, il n'y aura plus de droits de l'homme parce qu'il n'y aura plus d'autorité pour les honorer. C'est le retour à la jungle, qui est le lot d'une partie du monde économique actuel. On a vu des ouvriers envoyer des messages d'appel à l'aide sur des étiquettes de jeans qu'ils fabriquent à des prix scandaleux. Le trafic d'organes, les mères porteuses, les millions de réfugiés prêts à travailler pour des salaires de misère: tout cela traduit un retour effectif de l'esclavage dans nos sociétés, où au nom des droits illimités de l'individu, l'Etat disparait au profit de la loi du plus fort. L'individualisme absolu aboutit à son contraire : un recul en arrière des libertés concrètes et un retour de l'esclavage. Je n'en doute pas, refaire la Nation, refaire le régalien, fait partie des tâches politiques les plus urgentes pour éviter la détresse identitaire et sociale, qui conduit toujours à la violence.

mercredi 15 août 2018

Nature et rupture (château de Bouillon, Belgique)


Disturbed - Stricken

Robert Capa : comment la légende des photos du débarquement s’est effondrée

Une enquête vertigineuse démontre que le 6 juin 1944, Robert Capa n’aurait pas tant agi en héros du journalisme de guerre que comme tout autre type débarqué sur cette plage hostile : il aurait pris ses jambes à son cou avant de maquiller l’histoire pour rester “le plus grand photographe de guerre du monde”.

La planche contact qui subsiste et ses neuf vues photographiées par Robert Capa (Courtesy from Photocritic International)e
Prétendre que Robert Capa est un faussaire, c’est un peu comme dire que Beethoven, Kubrick ou Hendrix ont menti sur leur talent : prenez garde ! On ne touche plus à des hommes, mais à de véritables légendes. Or, les idoles ne se questionnent pas : elles se vénèrent, sans discuter. Alors quand de simples mortels remettent en cause le bien-fondé des photos de Capa prises le 6 juin 1944, c’est tout un pan du mythe qui s’effondre…

En juin 1944, celui qu’on appelait encore Endre Ernő Friedmann quelques années plus tôt est célèbre. Ses photos des fronts africain et italien, mais surtout de la Guerre d’Espagne ont pu être admirées dans le monde entier. C’est la gloire. La preuve : on le surnomme déjà “le plus grand photographe de guerre du monde”. Fort de son aura et de l’influence du magazine LIFE pour lequel il travaille, il finit par être le seul photographe de presse autorisé à aborder les plages de Normandie lors de la première phase de l’opération Overlord : le débarquement de Normandie (d’autres photos seront prises, mais par des GIs américains).

Là, sur ce bout de plage normande rebaptisé “Easy Red”, l’histoire est formelle : Capa se comporte en héros. À peine sur le plancher des vaches, celui-ci se joue habilement de la mitraille nazie et photographie 106 poses sur un tronçon d’Omaha Beach. Selon la légende, il trompe la mort pendant au moins une heure trente (on lit même “pendant plus de six heuressur sa page Wikipédia) seulement armé de ses deux appareils Contax et de son Rolleiflex, avant de s’enfuir avec une péniche qui part dans le sens inverse et restituer comme il se doit les pellicules à la rédaction de LIFE.

Hélas, un laborantin maladroit, qu’on décrit comme adolescent, pressé par le bouclage et excité par ce qu’il tient entre les mains, les détruit malencontreusement au développement. Ne reste alors que onze clichés assez flous publiés par LIFE en date du 19 juin 1944. Ce témoignage photo du débarquement sauvé du néant sera baptisé Magnificent Eleven. Les photos sont aujourd’hui propriété de l’agence Magnum.

Une histoire “assez navrante”

Chouette histoire, non ? Dommage qu’elle soit fausse. Depuis juin 2014, le célèbre critique photo américain A.D Coleman publie sur son blog de nombreux billets remettant en cause la version “canonique” des prouesses de Robert Capa le 6 juin 1944. Pendant un an, Coleman s’est adjoint les efforts du Pulitzer J. Ross Baughman, de Rob McElroy et plus tard de l’historien militaire Charles Herrick pour démonter pièce après pièce les mensonges successifs et prouver que le chef du service photo de LIFE à l’époque, John Morris, ainsi que l’International Center of Photography (ICP) et l’agence Magnum ont tenté de réécrire l’Histoire et de faire passer Capa pour plus héroïque qu’il ne l’était en réalité. L’enjeu : conserver coûte que coûte le vernis propre et lisse sur la figure de bravoure inaltérable du journaliste.

Konbini a repéré cette histoire grâce à Patrick Peccatte, auteur du blog Déjà Vu, qui travaille depuis huit ans au Laboratoire d’Histoire visuelle contemporaine (Lhivic) et participe à la plateforme Culture Visuelle. Avec un bagage qui l’a amené à étudier tant les éléments de la culture populaire (pulp, comics…) que les représentations de la guerre dans la culture populaire, il fait également partie d’un collectif de passionnés d’images de la Bataille de Normandie nommé PhotosNormandie (une mine d’or sur Flickr, documentée et légendée de façon rigoureuse). Il a notamment prouvé que les photos de Robert Capa avaient été publiées avant d’être dans le LIFE du 19 juin dans un article très complet à lire sur Culture Visuelle.

Convaincu par les efforts d’enquête du quatuor d’experts américains, il s’est confié la lourde tâche de les synthétiser dans la langue de Molière, et son billet est à lire par ici. Aujourd’hui, s’il en parle, c’est comme d’une histoire ”assez navrante”. Lui n’a jamais confondu “respect” et “admiration” :

Qualifier Capa de “plus grand photographe de guerre” est peut-être aujourd’hui un cliché, mais il reste une référence absolue pour le journalisme. Tout photojournaliste a une haute idée de son travail. Il a construit sa notoriété sur les terrains de guerre, avec certes des éléments qui apparaissent parfois biaisés, il a amené quelque chose au journalisme de guerre, c’est un incontournable.

Je conserve une grande admiration pour Capa mais je n’en ai jamais fait un mythe. Ne serait-ce que parce qu’il se voyait lui même comme un personnage romanesque, a écrit son bouquin Slightly Out Of Focus pour en faire un scénario de cinéma.
Mais qu’est-ce qui cloche pour que Capa en prenne autant pour son grade ? On vous explique point par point.

Les faux négatifs montrés par TIME

Interrogé par nos soins, le critique A.D Coleman explique avoir commencé à s’intéresser à cette histoire par accident : TIME magazine publiait voilà un an (à l’occasion du 70e anniversaire du débarquement) une vidéo qui célébrait les images de Capa sur Omaha Beach. La voix-off était assurée par John Morris, chef du service photo de LIFE au moment de l’invasion de Normandie – et proche de Robert Capa. Elle est à voir ci-dessous.

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Basé sur sa large expérience de photographe de guerre, J. Ross Baughman a repéré de sérieux écarts entre la narration de la vidéo (par Morris) et les images montrées dans le film. A.D Coleman vous traduit :

Les images du film incluaient des exemples des négatifs de Capa supposément “ruinés” après le Jour J, que Morris décrit avoir été détruites par un jeune assistant au développement inexpérimenté. Nous ne le savions pas à l’époque, mais des recherches de l’un des membres de notre équipe, Rob McElroy, ont prouvé que les exemples de ces négatifs “ruinés” étaient en fait des faux. Notre publication du rapport de McElroy sur ce hoax a forcé TIME à réviser sa vidéo du jour au lendemain.
On voit bien dans la vidéo de faux négatifs, auparavant présentés comme ceux-là même utilisés par Capa et détruits au développement. Baughman “en a conclu que l’histoire standard de ces images et leur destruction à Londres n’avait pas de sens, et a jugé que Capa avait failli à sa mission”. C’est la première étape de l’enquête, l’acte déclencheur. Coleman se plonge alors lui aussi dans le fact-checking et se découvre convaincu :

Soudain, l’entière version de l’histoire racontée par Capa et Morris et répétée sans scrupules par d’autres est simplement tombée en morceaux. Je n’y croyais plus du tout.
Mais ce n’était que le début d’une longue enquête contre ce qu’il nomme désormais le “Consortium Capa” : “Aujourd’hui, nous avons publié une étude de la taille d’un livre sur ce sujet, plus de 40 chapitres, avec d’autres à venir – notamment sur les rôles qu’ont joué Magnum et l’ICP en propageant activement cette affabulation”, ajoute-t-il.

Une question de timing

Évidemment, l’incohérence de cette vidéo produite en 2014 n’est pas la seule repérée par les enquêteurs. Une autre concerne une bête question de temps : comme Patrick Peccatte le relaye dans son résumé de l’incommensurable boulot de l’équipe de Coleman, des témoignages indiquent que Capa s’est tiré de la zone de combat, Omaha Beach, à bord d’un Landing Craft Infantry (LCI, grande péniche de débarquement) à 7h47 précisément, s’aidant de l’heure d’une explosion survenue juste après pour indiquer le temps. Le machiniste Clifford L. Lewis indique qu’un photographe de LIFE montait alors à bord, “complètement trempé”. Un témoignage conforme à la version de Capa, jusqu’à l’explosion, dans son autobiographie romancée Slightly Out Of Focus…

… Sauf que Capa a foulé le sol d’Omaha avec la deuxième vague de débarquement, et non pas la première – qui est arrivée, elle, à 6h30. “L’heure d’arrivée de Capa peut être estimée entre 7h20 et 7h40″, écrit Patrick Peccatte. Et non pas 6h30. Après calcul, le temps total passé par Capa sur la plage ne serait alors que d’une trentaine de minutes à pied sur le bord de la plage, grand maximum – et 72 minutes au total si l’on inclut l’attente du retour dans le LCI puisque celui-ci ne quittera la plage qu’à 8h37.

Résultat : si on n’est pas absolument certain de l’heure à laquelle le photographe met le pied sur la plage normande, il semble qu’il soit resté bien moins d’une demi-heure sur la plage à prendre des photos, entre 7h20 à 7h40 et… 7h47. On est loin de l’heure et demie habituellement convenue par la légende, plus loin encore des six heures passées en dansant sous la mitraille que Wikipédia rapporte – et ce témoignage contredit la version de Robert Capa qui écrit dans son autobiographie : “Je suis un joueur. Je décidai de partir avec la compagnie E dans la première vague.” Mouais.

The Face in the Surf

Un autre témoignage est celui de l’historien Lowell Getz. Il a réussi à “établir de manière convaincante” que l’homme qu’on distingue sur la photo de Capa la plus célèbre de ce jour-là, The Face in the Surf, est le soldat Huston “Hu” S. Riley. En 2004, le vétéran donnait une interview dans laquelle il assurait avoir été secouru par deux hommes, un sergent et un photographe “avec un appareil autour du cou et un insigne de presse autour de son épaule”.

Selon lui, juste après ça, le mystérieux photographe “est parti dans l’eau vers une péniche de débarquement”. Encore un témoignage expliquant que Capa n’est pas resté bien longtemps sur la plage – à lire en français sur Slate.

L’eau de mer et l’assistant labo

Autre incohérence : l’histoire de l’assistant au labo photo qui aurait foiré le développement tout seul n’est pas la première version racontée pour expliquer la presque centaine de clichés disparus : dans l’édition de LIFE du 19 juin, à la parution des photos du Jour J de Capa, le magazine blâme non pas un jeune technicien maladroit, mais l’eau de mer qui aurait endommagé les films… L’enquête Coleman retrouve même une lettre de Capa à sa mère et son frère envoyée fin juin 1944 qui corrobore ces propos.

On ne détruit pas des films comme ça

Aussi, selon Coleman et son équipe d’experts avisés en photographie, il semble peu tangible qu’un accident au développement ait pu détériorer “de manière aussi discriminante” les deux tiers d’un film, tout en laissant le dernier tiers immaculé (les 10 ou 11 photos existantes). Richard Whelan, biographe officiel de Capa, ainsi que sa successeure curatrice à l’ICP Cynthia Young, soutenaient pourtant cette théorie avant qu’elle soit battue en brèche par une autre.

Aujourd’hui, “De l’avis de tous les spécialistes” selon Peccatte, si la température trop élevée du séchage avait dû endommager les films, la dizaine qui subsiste ne devrait pas apparaître intacte (même si floue) comme c’est pourtant le cas. D’ailleurs, Patrick Peccatte abonde :

Des films qui ont trop chauffé, ça devrait se voir. On aurait dû voir des images, même un peu flinguées. Au moins une émulsion, une image plus proche que celle qui subsiste…

“Il a paniqué, comme n’importe qui aurait paniqué”

Lorsqu’on interroge Peccatte et Coleman sur ce que Capa a réellement fait entre le moment où il a posé le pied sur le sable et celui où il est remonté dans une barge pour atteindre son salut, les deux sont assez raccord.

Pour Peccatte, “Capa a débarqué, est resté peu de temps, moins d’une demi-heure, peut-être un quart d’heure, et a pris la première péniche venue parce que sa vie était en danger. Je pense qu’il a paniqué – comme n’importe qui aurait paniqué. Il a eu le temps de prendre une dizaine de photos et il est rentré. Je ne dis pas que cette version est sûre à 100%, mais ce n’est pas salir la mémoire de Capa que de dire ça.

Et pour Coleman ?

Il y est allé. Pas avec la première vague, dans la seconde [...] mais il y est allé. Ça relève d’un grand courage, bien sûr, probablement plus que ce que vous ou moi aurions démontré. [...] Il a dû expérimenter une attaque de panique, qu’il confesse lui-même dans ses mémoires, courant pour sa vie vers une barge de débarquement et à la place de retourner au combat, a autorisé le bateau à l’emmener loin d’ici et, selon ses propres dires, se maudissant de sa lâcheté sur toute la route qui le ramenait en Angleterre.

John Morris avoue

Pour Coleman, la plus grande victoire de son travail d’investigation arrive en juillet 2014, lorsqu’il réussit à faire entendre à Morris dans une interview “que ces onze vues constituent probablement la totalité des photos prises par Capa à Omaha Beach”, mais aussi “que [son] histoire “standard”, basée sur ce que Dennis Banks a dit durant cette nuit dans la chambre noire, était mal fondée.” Sibyllin, il commente alors :

C’est un grand soulagement pour moi de me rendre compte, après tout ce temps, qu’il se peut très bien qu’il n’y ait jamais rien eu dès le début sur ces trois bobines.
Pour Patrick Peccatte, le rapporteur français de l’enquête de Coleman, les “incohérences et revirements récents” de John Morris, ainsi que la relecture de l’imposture derrière la photo du Falling Soldier (ou Mort d’un Soldat Républicain) ont fini de le convaincre :

Finalement, le simple exercice de la raison l’a emporté sur l’attachement irréfléchi au personnage romanesque de Capa (rappelons qu’il avait écrit Slightly out of focus pour servir de base à un scénario cinématographique). Je dois désormais me rendre à l’évidence : l’histoire des clichés ruinés par un laborantin inexpérimenté est une fable fabriquée, diffusée, et par-dessus tout soigneusement entretenue par le “business Capa”.

Quel mobile ?

Mais pourquoi Morris, Magnum et l’ICP ont-ils tant cherché à dissimuler le fait que Capa n’ait pas pris 106 images, mais seulement une dizaine sur la plage ? Pour Peccatte, il ne s’agit là que de conjectures :

Mon hypothèse est qu’ils aient eu peur que le public soit déçu du faible nombre d’images de l’assaut rapportées le 6 juin par Capa, et que les photos qu’il y avait sur les trois autres rouleaux étaient des images banales d’avant le débarquement. Ou alors elles n’étaient pas bonnes, il est possible que les images aient été simplement inexploitables.
Pour Coleman, en revanche, le mobile est limpide : anobli depuis peu tel le “plus grand photographe de guerre au monde”, il ne pouvait tout simplement “pas échouer”. Pourtant, il “n’a pas réussi à remplir l’engagement qui l’a amené ici et a échoué à sa réputation de meilleur photographe de conflit”.

Selon les résultats de l’enquête Coleman, ce n’est pas le photographe, mais bien John Morris qui a orchestré cette fausse histoire de 106 photos prises dans le but de ”couvrir les culs de tout ceux impliqués” dans les bureaux de LIFE, pendant la nuit du 7 juin. Voilà sa version :

Clairement, LIFE (et Morris) attendaient de Capa une couverture intensive de la bataille. Pas dix pauvres clichés pris en 15 à 30 minutes. De plus, les cinq premières expositions montrent des troupes qui débarquent et ont été prises depuis le bateau Higgins qui l’a amené ici. Ces photos ne font que se répéter. Des cinq qui suivent, deux ne montrent rien de distinct, aucune d’entre elles ne fait le point et seule une – The Face in the Surf – est conforme au crédo de Capa : “Si vos photos ne sont pas assez bonnes, c’est que vous n’êtes pas assez près”.

Ce n’était donc pas qu’un embarras pour [Capa], c’en était également un pour LIFE et pour Morris. Il y avait besoin de réparer cela ; une nouvelle histoire devait être écrite.
Rappelez-vous que lorsqu’il écrit son autobiographie Slightly Out of Focus, Capa a déjà en tête de vendre ses mémoires à Hollywood afin d’en produire un scénario. “Mais aucune version dans laquelle il échoue à ses obligations professionnelles le Jour J et prend ses jambes à son cou après seulement quelques minutes et dix photos ne se serait vendue”, selon A.D Coleman. Par contre, le critique trouve bien plus cinématographique la catastrophe de la perte des images sous le nez-même du staff de LIFE magazine.

De la part de Capa, il est donc compréhensible d’avoir voulu redorer son blason après un échec si cuisant pour sa réputation. Mais pourquoi ce soutien indéfectible de la part des autres parties alors que le photographe est mort en 1954 ? Ce n’est pas un mystère pour Coleman :

L’héroïsme de Capa sert ainsi de mythe fondateur profitable à la fois pour Magnum et l’ICP, et devient rentable pour eux aussi bien financièrement que sur le plan de l’image de marque. Toutes les institutions et les individus impliqués ont un profond investissement économique et marketing dans le maintien de la légende.

Puis il y a l’amitié, la collégialité et la loyauté. Tous ces gens se connaissent : Capa, son frère Cornell (fondateur de l’ICP), Morris, toutes les autres figures de Magnum, toutes celles de l’ICP. Les enchevêtrements de leurs engagements personnels et professionnels sont profonds et remontent à des décennies, jusqu’au bout des années 1940. Je ne pense pas que nous devions chercher “d’autres raisons” au-delà de l’intérêt personnel éclairé de tous les intéressés.

Démonter un mythe de la pop culture

Plus de 70 ans après, qu’est-ce que ces révélations nous apprennent ? Qu’un photographe aussi réputé, révéré, adulé que Robert Capa était, somme toute, un homme comme les autres. “Si vous acceptez notre démonstration, cela montre deux choses”, explique Coleman. “D’abord, que Capa était prêt à agir de façon imprudente, irresponsable et frauduleuse à propos du contenu de ses images et des situations dans lesquelles il les créait [...] Cet épisode suggère que nous avons besoin de regarder de manière critique le travail et les dires laissés par Capa – et par extension d’autres de ses confrères de cette période”.

Eh oui. Si aujourd’hui on exige une impartialité, un sérieux et une honnêteté totale à un reporter – notamment en zone de conflit – Coleman juge “anachronique” de demander la même chose à des journalistes et photojournalistes d’il y a 70 ou 80 ans.

Mais selon l’expert, cette histoire est surtout intéressante parce qu’elle prouve qu’un mythe, aussi sacré soit-il, peut être démonté. Pourquoi ? Parce que :

Si une histoire est assez séduisante, elle peut prendre une vie propre, tout comme celle-ci (nourrie par Capa et surtout par Morris), pénétrant non seulement l’histoire d’une discipline [comme le journalisme de guerre], mais aussi la pop culture elle-même, devenant un mème, une auto-réplication. Et cela montre aussi que même ceux qui se présentent comme engagés à témoigner de la vérité peuvent y succomber.
Ouch. Avec cette version, la légende Capa en prend un coup. Pourtant, ce n’est pas la première fois que le célèbre photographe est pris la main dans le sac en plein bidonnage. En 2009, José Manuel Susperregui publie Sombras de la Fotografía (“Ombres de la Photographie” en français), un livre dans lequel il démontre que Mort d’un Soldat Républicain, probablement le cliché le plus célèbre de Capa et prétendument pris en action, ne pouvait être fidèle à la version racontée dans les livres.

La légende raconte que Capa aurait eu la chance d’appuyer sur le déclencheur au moment même où une balle touche le militaire antifasciste. Or, l’auteur prouve que la photo a été prise à Espejo, un village qui n’était pas dans une zone de combat contre les franquistes…

Pourtant, A.D Coleman lui trouve bien des circonstances atténuantes : “C’était une autre époque, le medium de photojournalisme prenait encore tout juste forme, aucune règle précise n’avait été mise en place pour guider et donner de la discipline à ses pratiquants, ni pour détecter, ni pour punir les fraudes”.

Travail récompensé

Pour leur travail d’enquête autour de la véritable histoire de Robert Capa le 6 juin 1944, le trio A.D Coleman, J. Ross Baughman, Rob McElroy a reçu le prix Sigma Delta Chi (SDX) de la part de la Society of Professional Journalists (SPJ), l’un des syndicats de presse les plus importants des États-Unis. “Au moins, cela devrait-il indiquer que nos confrères aux États-Unis ne considèrent pas nos déclarations inappropriées pour une telle enquête”, s’amuse Coleman.

Pour lire les billets parus (et à paraître) de l’enquête consacrée à Capa le 6 juin 1944 par l’équipe d’A.D Coleman, rendez-vous sur son site, Photocritic International. Pour lire la synthèse de Patrick Peccatte, en français, c’est sur son site Déjà Vu

Merci à Patrick Peccatte et A.D Coleman pour leurs propos, leur aide et leur patience.

source

L’amour du drapeau à géométrie variable


Les matchs de football et le terrorisme sont des occasions de pouvoir sortir les drapeaux, pour de bonnes raisons, parfois des raisons beaucoup plus tristes. 

A contrario, ce sont aussi des raisons fallacieuses. 

Expliquons-nous. Hors les cas de coupe du monde ou d’attentat qui touche notre peuple, le drapeau français renvoie à une image honteuse d’une France rétrograde et facho. Pourtant, le drapeau est tel qu’il est, le symbole de notre belle Nation, même si elle devient moins belle en changeant, mais cela est un autre débat. 

Il faut bien faire la différence entre le patriotisme d’occasion et le nationalisme. Non, le nationalisme n’est pas une vision nauséabonde et rétrograde. Et non, le patriotisme qui invite à sortir son drapeau pour l’occasion ne met pas en avant un intérêt vif pour le pays. 

C’est la coupe du monde, alors on sort le drapeau, tout en mettant en avant la diversité d’une équipe de football, pour mettre en avant l’idée que c’est la diversité qui est la richesse et la réussite. On sort encore le drapeau après un attentat, en écrivant « non au terrorisme » à la craie, mais attention, encore une fois pas d’amalgame. 

Dans l’émission « Les trahisons de la droite » de la fréquence Orages d’acier, un chroniqueur très pertinent avait expliqué que le patriotisme était un sentiment, qu’il fallait bien différencier du nationalisme, qui est, quant à lui, cet intérêt vif pour la Nation. 

D’un côté, il y a un côté contextuel, proche du « festivus », tandis que l’autre se fonde sur la permanence. 

C’est tous les jours qu’il faut aimer notre pays, notre Nation, et pas seulement pour des occasions circonstanciées. 

Voilà tout le problème aujourd’hui de la réduction de l’amour d’une Nation à une vision festive ou tragique. Bien sûr que ces rassemblements de la population sont importants. Bien sûr qu’il faut être fier de son pays. Mais cette fierté doit être totale et quotidienne. Et elle ne doit pas se résumer à des drapeaux et du maquillage. 

Xavier Eman remarquait à bon escient qu’un jour il y a rassemblement et allégresse, puis, dès le lendemain, tout le monde reprenait ses habitudes égoïstes. 

Alors, est-ce cela le patriotisme aujourd’hui ? Il ne faut certes pas se focaliser sur ces éléments, certes, mais il est important de rappeler que ce n’est qu’une illusion, une fumée. A la fête de la musique, le Président de la République recevait un groupe de musique qui allait en faveur des LGBT et de la diversité. Il y a encore quelques jours, était dégagé le principe constitutionnel de « fraternité », en même temps qu’il était supprimé le délit d’aide au séjour irrégulier. 

Certains penseront que ce discours est rabajoie. Peut-être, mais pendant que le « patriotisme de circonstance va bon train », les députés légiféraient sur la loi anti « fake news », promouvant ainsi la censure de la presse. 

Le nationalisme n’est pas qu’un sentiment derrière une télévision, un écran géant ou une commémoration, c’est un appel (et un rappel) des points importants à mettre en relief pour que France vive – ou survive (tout dépend du point de vue). 

Plus encore, pendant que la fête échauffe les esprits (notamment sur les champs Elysées), il est de notre devoir de prendre en compte la précarité grandissante de notre population, d’avoir les yeux grands ouverts sur le tsunami de l’immigration, mais encore sur toutes les mesures politiques, sociales, et surtout sociétales qui ne font que surligner une société de l’image, du son et de la communication, au détriment d’une société de la réflexion et de l’action.

mardi 14 août 2018

Veruca Salt - Seether

La loi des petits nombres

S’agissant de ce retour de l’initiative individuelle au niveau stratégique, quatre phénomènes revêtent une importance particulière à cet égard. Premièrement, il s’agit de l’effacement du mode d’organisation typique des sociétés industrielles, à savoir la fin de l’ère des masses hiérarchiquement encadrées. En lieu et place, intervient ce que nous appelons la loi des petits nombres. On entend par là que ce n’est plus le nombre qui fait la puissance et la force (« Le pape ? Combien de divisions ? »), mais que l’action résolue et/ou innovatrice de petits groupes peut déboucher sur des résultats inversement proportionnels à ces effectifs réduits (microtrends ; small number big impact). Deuxièmement, les sociétés postmodernes développées sont devenues extrêmement complexes et, par conséquent, très fragiles. Pour prévenir leur effondrement en cas de « panne », elles doivent impérativement se décentraliser (le salut vient des marges... et non des institutions). Troisièmement, étant donné la transformation de la guerre et l’impossibilité croissante de la guerre interétatique, l’équilibre de la terreur change d’échelle et se situe au niveau de l’individu lui-même avec toutes les conséquences que cela implique (incivilités, agressions, brigandages, attentats, tueries). Quatrièmement, si le mode d’organisation des sociétés s’est transformé, il en va de même du mode de destruction. A l’ère des masses, celui-ci était caractérisé par les trois séquences, concentration – manœuvre – destruction, ce schéma marquant la plupart des grandes batailles décisives de cette période. A l’heure actuelle, avec l’affirmation de la loi des petits nombres, on peut avancer que le mode de destruction suit plutôt les trois séquences suivantes : dilution – imbrication – destruction. A une destruction par l’extérieur succède une destruction de l’intérieur. 
     Quelques exemples illustrent ces changements de paradigmes. Lors des attentats de Bombay (26-29 novembre 2008), 18 hommes équipés d’armes légères et répartis en 9 équipes de deux, paralysent pendant 60 heures une mégapole de 20 millions d’habitants, provoquant de la sorte une nouvelle tension géostratégique entre l’Inde et le Pakistan, des massacres interethniques en Inde et, finalement, un événement d’ampleur mondiale générant une série de réactions politiques, diplomatiques et médiatiques. Au Nigéria, l’exemple de rebelles ijaws, connus sous l’acronyme MEND (Mouvement pour l’émancipation du delta du Niger), démontre également cette nouvelle réalité stratégique où un petit groupe est capable de déclencher des effets inversement proportionnels à ses effectifs. Dans ce cas-là, c’est une livraison de 300 fusils d’assaut AK-47 qui permet à ces rebelles de lancer leurs actions contre les installations pétrolières et les bateaux transitant par le delta. Ces 300 kalachnikovs entraînent ainsi une diminution de 25% de la production de pétrole du Nigeria. Ces deux exemples, auxquels on pourrait en ajouter beaucoup d’autres, mettent en lumière les changements énoncés plus haut. La loi des petits nombres apparaît en effet particulièrement évidente compte tenu, à chaque fois, des faibles moyens engagés et des importants résultats obtenus en contrepartie. Par ricochet, ceci souligne aussi la fragilité des sociétés complexes, leur risque d’effondrement et la nécessaire décentralisation qu’elles doivent consentir si elles veulent survivre. De par les effets engendrés en outre, tant les attentats de Bombay que les actions des rebelles ijaws indiquent que l’équilibre de la terreur a bel et bien été ramené du niveau des États à celui des individus. Et, ce changement d’échelle ne vaut pas uniquement pour les actes à caractère politique, mais également pour les autres formes de violence plus anarchiques (tireur fou, forcené, tuerie). Enfin, le schéma dilution-imbrication-destruction reflète clairement le mode opératoire utilisé : neuf équipes de deux hommes dilués dans une mégapole, une poignée de rebelles dispersés dans l’ensemble d’une zone géostratégique. 
     La société de l’information accélère et facilite à la fois une telle évolution. Il importe en effet de rappeler plus généralement que les sociétés nomades ou au contraire sédentaires, agraires ou au contraire industrielles, pratiquent chacune la guerre d’une façon propre qui est dictée par leur mode respectif de production des richesses. De nos jours, l’avènement de la société de l’information entraîne le bouleversement des anciennes structures héritées de l’ère industrielle et du capitalisme fordiste : les formes d’organisation pyramidale et centralisée sur le modèle stato-national cèdent la place à des formes plates, décentralisées, « sans tête ». La société de l’information rend possible cette mutation puisque l’interconnexion de tous avec tous à travers le net et les autres TIC (téléphones portables, PC, etc.) ne nécessite plus des structures hiérarchiques organisant le travail de la conception à la production et à la vente. Ce travail peut désormais se réaliser, soit à distance, soit en réseau, soit de manière coopérative (selon la méthode wiki). L’art de la guerre suit ce bouleversement et cette mutation, comme en témoigne la prolifération des groupes armés, des cellules terroristes et des actions décentralisées (attentats, embuscades) en lieu et place des grandes offensives conventionnelles représentatives de la stratégie moderne

Bernard Wicht, Europe Mad Max demain ?

La question des libertés ne saurait se résoudre en termes de droit ou de morale. Elle est avant tout une question politique

La liberté est une valeur cardinale. Elle est l’essence même de la vérité. C’est pourquoi elle doit être sortie des ornières de l’universalisme et de la subjectivité. Que les droits de l’homme soient proclamés avec force dans une société de plus en plus déshumanisée, où les hommes tendent eux-mêmes à devenir des objets, où la marchandisation des rapports sociaux crée partout des phénomènes d’aliénation nouveaux, n’est probablement pas un hasard. Il existe bien des façons de témoigner aux hommes du respect et de la solidarité. La question des libertés ne saurait se résoudre en termes de droit ou de morale. Elle est avant tout une question politique. Elle doit être résolue politiquement.

Alain de Benoist, Au-delà des droits de l’homme

Il m’a semblé que Raoul confondait un peu le paradis et le Racing mais je n’en ai rien montré

Nous nous sommes dirigés vers la cathédrale. Raoul a réprimandé d’une voix âpre un sombre et triste cavalier qui nous suivait. « Cet imbécile veut aller à la messe avec nous, a-t-il expliqué. Il est empoisonnant. C’est comme ça qu’on voit un tas de mauvais monde à la sortie des églises et que la religion est discréditée. Songez encore à tous ces curés qui vont au peuple comme on va au taureau. Triste époque ! » Il m’a semblé que Raoul confondait un peu le paradis et le Racing mais je n’en ai rien montré. J’aurais aimé le suivre dans la cathédrale, puisqu’il voulait bien de moi. Cependant, on m’aurait pris pour un comédien. Dieu me pardonne, j’ai tous les défauts, mais je déteste, ça oui, je déteste qu’on ait les yeux sur moi. Moins les autres pensent à nous, mieux cela vaut. Ils n’ont aucun besoin de nous tripoter dans leurs pensées. 
     Nous sommes restés en face du porche, en attendant Raoul et Maximian. Nous étions quatre : deux qui mouraient d’envie de les suivre mais qui étaient beaucoup trop timides ; Los Anderos dont les principes étaient opposés à la religion, doctrine immorale et trop fleurie pour un communiste ; Saint-Anne enfin qui prétendait qu’à six heures du matin il était déjà dans la crypte. C’était le sabre et le goupillon, cet enfant. Il prêchait l’héroïsme à tort et à travers, sans avoir jamais connu un danger bien sérieux. (Et puis c’était un danseur. Les balles passent à côté.) J’imaginais qu’il venait de lire Les Trois Mousquetaires ou Les Pieds-Nickelés et que cette lecture lui échauffait le sang. Nullement. Il m’a raconté plus tard qu’il voulait rester le seul survivant du régiment. Alors, sans aucune peine, il aurait l’air de quelqu’un. Chaque hussard ne serait mort qu’une fois. Mais lui serait douze cent fois vivant. Cette façon de calculer ne manquait pas de charme. Quand il était arrivé, en mars, nous pensions que ce nouveau serait très commode pour les corvées, etc. Mais à l’usage il s’est révélé comme étant un petit animal menteur, volatil, sournois... Il m’amusait souvent. 

Roger Nimier, Le hussard bleu

Sol Invictus - In Days To Come

George Orwell en Birmanie

George Orwell, de son vrai nom Eric Arthur Blair est un écrivain anglais né le 25 juin 1903 à Motihari, Inde britannique (aujourd'hui Inde) et mort le 21 janvier 1950 à Londres. La (relative) prospérité de la famille Blair est étroitement liée à l'impérialisme britannique : outre son père, on peut citer l'arrière-grand-père paternel du futur George Orwell, propriétaire d'esclaves en Jamaïque, ou encore son grand-père maternel, marchand de teck en Birmanie. Aussi, même s'il s'agit d'une peu glorieuse conclusion à une scolarité effectuée dans de prestigieux établissements, est-ce donc tout naturellement que le jeune Eric Blair endosse l'uniforme et retourne aux Indes en 1922 pour devenir sergent dans la police impériale en Birmanie à l'age de 19 ans.
La situation sur place est à ce moment, sinon toujours explosive, du moins souvent tendue entre les Birmans et leurs colonisateurs : le nationalisme birman prend alors son essor, marqué par plusieurs mouvements de grève, en général violemment réprimés. Orwell qualifie plus tard son temps de service comme ayant consisté en « cinq années d'ennui au son des clairons. » Après avoir effectué ses neuf mois réglementaires à l'école d'entraînement de la police, il connaît six lieux d'affectation différents, en général peu reluisants. Il laisse l'image d'un grand jeune homme taciturne et solitaire, occupant la majeure partie de son temps libre à la lecture. Parmi les anecdotes concernant cette période, il aurait un jour assisté à une exécution capitale, ce qui lui inspire l'essai Une pendaison.
On ne connaît pas non plus avec certitude le détail de l'évolution intérieure qui le fait passer de l'ennui au dégoût de sa fonction comme rouage de l'administration coloniale. Mais il est permis de penser que ces propos de Flory, l'antihéros de Une histoire birmane, ne doivent pas être très éloignés de ce que pense le fonctionnaire de police Eric Blair vers 1927 : « Le fonctionnaire maintient le Birman à terre pendant que l'homme d'affaires lui fait les poches ». Quoi qu'il en soit, à la fin de l'année 1927, il jette l'éponge : arguant de raisons de santé (sur lesquelles nous ne savons rien), il rentre en Angleterre et donne sa démission. Il annonce alors à sa famille qu'il a décidé de se consacrer à l'écriture. Tout au long des vingt-deux ans qu'il lui reste à vivre, il reste un ennemi déclaré de l'impérialisme britannique.