dimanche 24 septembre 2017

Aie foi en Dieu et garde ta poudre au sec !


Après avoir voulu être tout, nous pourrions aspirer à n’être plus rien

Les utopies que l’on qualifie de « posthumaines » sont comme toutes les utopies : elles se construisent à partir d’un contexte historique qu’elles rejettent systématiquement. En l’occurrence, leur repoussoir, l’ancien monde avec lequel elles proposent la rupture, c’est le XXe siècle décrit comme une période ayant imposé un ordre mortifère et endigué tout ce qui promettait d’émerger. C’est l’ennui d’être ce qu’on est qu’il faut secouer, parce qu’il s’accommode de l’entropie qui mine l’histoire des hommes. Héritiers, sans toujours le savoir, du surréalisme, les utopistes du posthumain entendent faire prévaloir la cause de l’imaginaire et orchestrer systématiquement la subversion, en mobilisant les forces de la science et de la technologie. Apparus dans les années 1930, ils partagent la conviction que les sciences et les techniques peuvent constituer le tremplin qui permettra de dépasser ce que les hommes ont figé en réalités intangibles, malgré les pouvoirs qu’ils se sont arrogés sur la nature. A leur manière, ils répondent à l’encouragement au « surrationalisme » prodigué par Bachelard qui s’impatientait contre l’inertie épistémologique de ses contemporains, trop timorés selon lui à l’égard du potentiel des révolutions relativiste et quantique. Qu’on ne s’attende donc pas à trouver chez ces utopistes la dénonciation du progrès devenue insistante après Auschwitz et Hiroshima. La critique de la modernité n’entre pas dans leur objectif qui est bien plus exigeant : il s’agit de dépasser la nature humaine, ni plus ni moins. La science-fiction avait préparé le terrain, sur un plan littéraire. Il devient possible de lui accorder désormais le crédit philosophique qui légitimera les programmes techniques et scientifiques de l’avenir. L’un de ces utopistes, Timothy Leary, parle de « science-faction » pour désigner « la création de mythes inspirés de la science afin d’agir directement sur la conscience collective ». Et c’est bien cela dont l’humanité a besoin pour en finir avec elle-même... 

Étrange destin que celui des modernes que nous sommes et que révèlent les fantasmes générés par la technoscience contemporaine : après avoir voulu être tout, nous pourrions aspirer à n’être plus rien. Ou, en tout cas, à être autres, radicalement autres. La volonté d’autonomie, générée et entretenue par les promesses de la philosophie cartésienne ainsi que par celles de la science de Galilée, a engendré une manière de « fatigue d’être soi » à laquelle voudraient remédier ces utopies en annonçant comme une bonne nouvelle la fin prochaine de l’humanité. Ultime titre de gloire pour les hommes, ce sont leurs découvertes scientifiques et leurs prouesses technologiques qui devraient assurer leur relève dans une posthumanité. Ce sont elles qui permettront de mettre en place les conditions d’un regain au contenu parfaitement indéterminé. L’arrogance moderne est sauve, même si son résultat nous échappe

Jean-Michel Besnier, Demain les posthumains. Le futur a-t-il encore besoin de nous ?

samedi 23 septembre 2017

L'Ecole en échec - Orages d'acier - 13/12/2016

LSD - Rien n'a encore changé

Komintern sect - Plus fort que tout

Quand un robot piraté attaque à coups de tournevis


La société de cybersécurité IOActive a mené une expérience de piratage de robots domestiques et industriels pour montrer le danger qu'ils peuvent représenter pour l'Homme. De quoi alimenter l'alerte tout juste donnée par 116 chefs d'entreprises sur les robots tueurs.

Serons-nous en sécurité, entourés de robots dans la vie comme au travail ? La question mérite d'être creusée. Dans un article publié mardi 22 août, le site américain Bloomberg raconte l'expérience réalisée par la société IOActive. Ce spécialiste de la cybersécurité a piraté trois appareils pour montrer qu'ils pouvaient devenir des outils blessants et d'espionnage. 

IOActive a d'abord piraté un bras robotisé du fabricant Universal Robot, destiné à l'industrie. Ses équipes ont réussi à réécrire le fichier informatique qui règle la sécurité de l'appareil, l'autorisant à repousser les limites de la vitesse de ses mouvements et surtout modifiant la sensibilité des capteurs de présence censés empêcher la collision avec un humain. D'après les propos confiés par IOActive à Bloomberg, la force de frappe atteinte était suffisamment grande pour provoquer une fracture de la boîte crânienne

Contrôle des micros et des caméras 
Comme le montre le gif animé ci-dessous, l'expérience a aussi transformé le robot domestique Alpha 2 de la société UBtech en véritable agresseur donnant des coups de tournevis, après que IOActive en a pris le contrôle grâce à un malware. La société a également pris le contrôle d'un robot Nao de la société SoftBank Robotics pour en maîtriser les micros et caméras et en faire un outil d'espionnage.

Cette expérience montre les limites des normes de sécurité des robots, en particulier contre les piratages. Surtout, elle alimente des inquiétudes déjà fortes. Dimanche 20 août, 116 chefs d'entreprise, dont Elon Musk, publiaient une lettre ouverte pour alerter les Nations Unies sur le danger des robots tueurs, qui n'existent pas encore mais que les progrès en robotique et intelligente artificielle sortent de la science fiction.

Inside the world of Germany’s student fraternities


A stuffed fox stares down at a group of about 20 smartly suited men, the majority well into retirement age, drinking beer and chatting in the wood-panelled front room of a grand Berlin house. 

Every so often, a man wearing enormous white gloves, a plumed hat and a fencing-style sword by his side calls for silence and leads the group in another traditional German sing-song. Freedom, camaraderie and the fatherland are common themes. Man's eyes staring through shadows The decline of the Greek empire: US fraternities Read more 

The fox and most of the men are wearing red, black and sliver sashes, the colours of the Berliner Burschenschaft Germania, a German student fraternity celebrating its 155th anniversary. 

It is one of about 2,000 fraternities throughout Germany, whose history stretches back to the 19th century, when many were set up to push for national unification. 

But as the preponderance of silver-haired former students in the room shows, this fraternity has struggled to recruit. Nationally, just 2 to 3 per cent of students are now members, down from 30 per cent in the 1950s, according to Deutsche Welle. Many Germans perceive them as stuffy, boozy dens of nationalism – or even the far Right. 

Every few years, a new scandal seems to blow up. In 2012, one Bonn-based fraternity proposed a rule change so that only students of “German descent” could join, after another fraternity admitted a member with Chinese parents. 

Times Higher Education’s host, Dominik Lehmann, is keen to show that the reputation is unjustified. He joined as a student for the sense of camaraderie, the exchange of “knowledge and experience” between young and old, and because of a “keen interest in German history and traditions”. 

The fraternity certainly has some curious customs. New members must duel – twice – using fencing swords and only eye protection. Mr Lehmann was coy about exactly what happened during his duel, and bears no obvious scars, but the practice is central to the fraternity’s identity: crossed swords adorn the frat house walls (it was established after splitting from another fraternity that did not want to fence). 

Not all fraternities require new members to fence, but for those that do, it does rather “thin the crowd” of potential new recruits, he acknowledged. 

New recruits also take an oral exam, assessed by other members, on 19th- and 20th-century German history. Of course, they must hold German citizenship – and be a man. 

This focus on tradition and history may also be off-putting to youngsters, Mr Lehmann conceded. THE had to sit through two bladder-strainingly long speeches about the fraternity’s history (it’s not the done thing to leave the table until all the songs and speeches are complete, no matter how much beer has been consumed). 

Why are they sometimes rather backward-looking? Since German unification, fraternities have “lost their common greater goal and are struggling to find a new cause to support”, explained Mr Lehmann.

As for members’ political views, Mr Lehmann, himself a member of the socially and economically liberal Free Democratic Party, argued that fraternities are unfairly painted with a “very broad brush” as those with the “most extreme opinions are unfortunately often voiced the loudest”. 

But there are definitely a few moments during the evening that would make some feel uncomfortable. At the end of the evening, the room stands to sing Das Lied der Deutschen, the basis for the current German national anthem, belting out its controversial lyrics “Deutschland, Deutschland über alles”, which were stripped from the official anthem after the Nazi period. 

The explanation given is that the song is a historical artefact, written in the mid-19th century about German unity, not conquest. But other fraternities have stopped singing the lyrics. Marc-Oliver Schach, a spokesman for the Neue Deutsche Burschenschaft (NeueDB), whose founding fraternities broke away from one of the main umbrella organisations in 1996 after it became too right wing, said that the song sends out the “wrong message”, but some fraternities “cling” to it because it’s seen as such an important tradition. 

The NeueDB fraternities have succeeded in attracting “many more” members who have an immigrant background, he said. However, German citizenship is still generally a prerequisite for full membership, and letting women in has never been “seriously discussed”. In honesty, he said, the “core principle” of many fraternities is now “drinking, networking and elite thought” – by which he means that members see themselves as heirs to an “academic aristocracy”. 

Struggling to recruit, Mr Lehmann’s fraternity is now pondering a move away from Berlin to somewhere more fruitful. But still, these groups soldier on, giving a subset of students an experience that their universities cannot offer.

vendredi 22 septembre 2017

The White Buffalo & The Forest Rangers - Come Join The Murder

Ici en Asie, il n’y a que les différences qui importent


C’était classer un peu vite Cazza, le juger à la française. Il avait ses subtilités quand il me disait par exemple : « Ici, les Blancs se sont toujours curieusement conduits. Dans la paix, ils ont traité les Jaunes en Asiatiques et dans la guerre, ils les ont traité comme des Blancs ». Il voulait dire comme leurs semblables. 
Il se moquait de ce qu’il appelait « les nouveaux Français », ceux venus après la guerre. Il m’expliquait : 
- Depuis quelques années, vous passez votre temps à chercher un commun dénominateur, des ressemblances en somme. Ici, il n’y a que les différences qui importent, puisque c’est à partir de ces différences qu’on établit les hiérarchies et les rites sans quoi on ne comprend rien à ces gens-là. Et les différences dans ce pays, quand il n’y en a pas au départ, on s’arrange pour les créer. Tiens, les communistes chinois... 
- Quoi, les communistes chinois ? Qu’est-ce qu’ils viennent faire là ? 
- Les hiérarchies, ils veulent les abolir dans l’espace, mais ils les ont remises ailleurs, dans les esprits, dans une autre dimension et presque hors d’atteinte cette fois. Moi, j’écoute leur discours : ils n’arrêtent pas de subordonner, de soumettre ceci à cela, d’écraser pour surélever. Les Chinois peuvent emprunter n’importe quoi. Ils le rendent Chinois, à commencer par les idées... 

Je l’écoutais. Il était résolument du côté de Kipling, « East is East » et je me demandais s’il avait tout à fait tort. Vous êtes raciste, dira-t-on. Non, dans la mesure où le racisme se définit par un sentiment de supériorité et non de simple différence. J’admirais les Chinois, plus encore, ils me plaisaient, mais je ne parvenais pas à résoudre certaines contradictions. Ainsi, j’étais émerveillé par leur art, que ce fût la sculpture Wei du IVe siècle, son étonnante spiritualité, ou la splendeur nue, la perfection de la forme et de la matière des monochromes faits à des époques plus tardives. Je pressentais quelle qualité de l’esprit, quel élan mystique ils impliquaient, et depuis six années, j’avais devant moi la réalité chinoise, sa brutalité, sa cruauté, ses déplaisants labyrinthes. Je n’arrivais pas à jeter le pont. On répondra qu’il en va de même en Europe et ailleurs où voisinent à travers les âges la bassesse, les entreprises généreuses et un art parfois admirable. A croire qu’il existe deux types d’hommes opposés, quelque chose comme les tenants du Bien et du Mal. C’était naïf. Mais ce qui me frappait en Asie, et plus particulièrement en Chine, c’était que l’opposition était plus visible, si violente même qu’elle faisait naître un sentiment d’incompréhension et à l’extrême de mystère, dont se trouvait imprégné, probablement à tort, la totalité de l’univers chinois. 

Jean Hougron, L’anti-jeu

jeudi 21 septembre 2017

Coup d’État en Catalogne : la Guardia Civil prend d’assaut le gouvernement catalan


La Guardia Civil a pris d’assaut, ce mercredi 20 septembre au matin, le gouvernement catalan. 
La police espagnole a envahi le ministère de l’Économie et divers organismes des finances catalanes dont l’Agence du Trésor, ainsi que le ministère des Affaires Extérieures. La Guardia Civil a arrêté le ministre des Finances catalan Josep Maria Jové. Les policiers ont également pris d’assaut le ministère des Affaires Sociales catalan. « Nous sommes dans un état de siège ! C’est une honte ! » a indiqué Dolors Bassa la ministre des Affaires Sociales. 

Les interventions de la Guardia Civil se multiplient en Catalogne. Une douzaine de responsables de l’administration catalane a été interpellée. 

Pablo Iglesias, leader de Podemos, a indiqué que les personnes qui y ont été arrêtées ce matin sont des « prisonniers politiques ». 

Carles Puigdemont président de la Generalitat de Catalogne a convoqué une réunion extraordinaire avec les principaux responsables des partis du Parlement catalan. 

Le porte-parole de ce même Gouvernement a appelé au calme. L’ANC, Assemblea Nacional Catalana, principal moteur du mouvement indépendantiste, a fait de même, en appelant également a une grande mobilisation des citoyens devant les ministères et les lieux de pouvoir catalan.

Nous avons fait le lit de notre assujettissement à des fins qui nous répugnent et nous voici même exposés à disparaître en tant qu’humains


La toute-puissance dont nous rêvions nous a révélés enchaînés par les déterminismes naturels que notre science met au jour, par les contraintes que notre technique nous impose. Si nous sommes tentés de déplorer les progrès que l’une et l’autre nous font faire malgré tout, c’est que nous découvrons chaque jour davantage qu’elles n’obéissent plus qu’à leur logique propre et que nous avons perdu les commandes. Nous avons fait le lit de notre assujettissement à des fins qui nous répugnent et nous voici même exposés à disparaître en tant qu’humains
Ironie de la modernité, issue du siècle des Lumières et de son culte des savoirs : ce qui fut présenté jadis comme le moyen de l’autonomie des hommes apparaît aujourd’hui comme une puissance autonome, dont ils doivent s’accommoder et qui leur dictera toujours davantage les règles de leur bien-vivre. Quoi d’étonnant à ce que certains veuillent faire de nécessité vertu et s’engager aveuglément dans l’aventure technologique ? 
On les trouve fréquemment dans l’entourage des chercheurs en nanosciences ou parmi les inconditionnels des biotechnologies. Si la maîtrise que nous voulions nous assurer sur toutes choses a produit dans le passé des conséquences cauchemardesques, expliquent-ils, cédons à présent au hasard des évolutions que ne manquent pas de provoquer nos savoirs et nos instruments. Après tout, dans la nature, la sélection aléatoire des espèces impose le meilleur. Pourquoi n’en serait-il pas de même dans le domaine des technosciences ? Ne plus tout à fait savoir ce que l’on fait n’est peut-être pas plus dangereux que de croire agir délibérément en vue de réaliser le bonheur des gens. En revendiquant de cette manière une sorte de droit à l’immaîtrise, c’est-à-dire aussi à l’irresponsabilité, on perd évidemment les illusions de l’autonomie, mais pour gagner peut-être la possibilité de rouvrir un avenir imprévu et salutaire. 
En 1977, Jacques Ellul avait raison de conclure son livre Le Système technicien en remarquant que si la technique est devenue cette puissance autonome qui conditionne tout ce qu’il est permis de faire et si, par là, elle est indifférente à la morale, alors elle ne peut que justifier l’irresponsabilité et produire « l’amoralisation de l’homme ». Redoutable conclusion que pourrait confirmer l’avènement de ces nouveaux apprentis sorciers « par vocation et non par maladresse », ces chercheurs et ingénieurs désireux d’expérimenter obstinément et tous azimuts les virtualités de leurs savoir-faire, comme si le cours des choses devait seul décider à leur place ce qui pourrait en résulter. Que de désillusions doivent s’être additionnées pour qu’on se résigne ainsi à jouer son va-tout, convaincu que la pire catastrophe proviendrait de l’action délibérée des hommes et que, la déprise vaut toujours mieux que la volonté de maîtrise. 

Jean-Michel Besnier, Demain les posthumains. Le futur a-t-il encore besoin de nous ?

[Pensée du jour] JO et migrants


"Les JO, c'est comme les migrants,

t'as rien demandé,

c'est toi qui paye

et en plus il faut que tu sois content"

Des CRS contraints de quitter leur hôtel après l'arrivée des migrants qu'ils avaient expulsés

Des CRS contraints de quitter leur hôtel après l'arrivée des migrants qu'ils avaient expulsés
Après avoir procédé à l'évacuation d'un camp de migrants de Grande-Synthe, des CRS ont eu la surprise de voir les expulsés installés dans l'hôtel qui leur était destiné. Les policiers, dépités, ont alors dû plier bagage.
Des CRS délogés par des migrants ? C'est ce qu'affirment des messages circulant sur les réseaux sociaux après la journée du 19 septembre, où plusieurs compagnies policières ont procédé à l'expulsion du campement sauvage de Puythouck, à Grande-Synthe
«Après 14 heures de service, on apprend avec stupeur qu’un bus de migrants interpellés par nos soins arrive dans notre hôtel, dans nos chambres. Il nous est demandé de quitter nos chambres. Oui oui les amis. On se fait virer par les migrants. Nous sommes dans l'attente d’un hôtel», peut-on lire sur un message posté par l'association Mobilisation des policiers en colère.

L'information a été partiellement confirmée par le syndicat Unsa police. «Au retour de leur mission, la CRS 16 ne s'attendait pas à revoir comme voisins de chambre les migrants du camp évacué. [...] Comble du comble, ce sont les policiers qui ont dû plier bagage», a fait savoir l'organisation sur Facebook. 

Le 19 septembre, plusieurs centaines de migrants ont été évacués du campement sauvage de Puythouck, à Grande-Synthe, sur ordre du ministre de l'Intérieur Gérard Collomb. L'Office français de l'immigration et de l'intégration (Ofii) avait pourtant annoncé que l'opération avait été préparée en amont et que plus de 400 places d'hébergement avaient été dégagées dans les centres d'accueil et d'orientation (CAO) pour les mises à l'abri. 

Vu ici

mercredi 20 septembre 2017

Georges Valois sur les syndicats

Mille syndicats, cinquante fédérations, réunis par leurs chefs dans un seul organisme, loin de leurs milieux naturels, installés dans des bureaux communs, où pénètre qui veut, sont sans défense contre la bande de journalistes, d’intellectuels et de politiciens sans mandat qui envahissent les bureaux, qui rendent des services personnels aux fonctionnaires syndicaux, recherchent leur amitié et demandent, non l’abandon de leurs principes, mais une collaboration secrète. Le péril pour le syndicalisme est là

Georges Valois, Histoire et philosophie sociale – La révolution sociale ou le roi

Rentrée de Dextra


Chers amis, chers camarades, 

La rentrée scolaire a déjà été entamée, la rentrée militante reprend dès à présent. 

Matthieu, le président de Dextra, fera une intervention de rentrée afin de nous engager sur la voie du travail militant pour cette année qui s'annonce chargée. 

Nous vous attendons nombreux et ponctuels pour l'ouverture de notre cycle de travail 

A vendredi !

Peut-on suivre 10 000 personnes pendant 20 ans ?


C’est l’ambition de The Human project. Cette étude, financée par la fondation américaine Kavli, recrute à partir de cet automne 4 000 familles new-yorkaises (environ 10 000 personnes) prêtes à révéler tous leurs secrets. Jusqu’ici, les enquêtes d’ampleur similaire étaient basées sur des thématiques de recherche ciblées. Par exemple, l’étude française pour l’enfance (Elfe) se focalise sur la santé et la vie sociale des enfants en suivant 18 000 bébés jusqu’à leurs 20 ans.

The Human Project concernera absolument tous les aspects de la vie des New-Yorkais, des plus jeunes aux plus âgés, afin de trouver de nouvelles corrélations aussi bien entre mode de vie et maladies qu’entre éducation et réussite sociale...

Condition sine qua non pour faire partie du panel : fournir son ADN ainsi que son microbiote (ensemble des bactéries présentes dans notre corps), se soumettre à des examens médicaux et psychologiques, accepter de partager l’ensemble de ses données personnelles (relevés bancaires, réseaux sociaux, santé, contrats de travail, factures...), et aussi d’être géolocalisé toutes les 2 minutes par une application installée sur le téléphone ou grâce à des capteurs insérés dans les vêtements pour les enfants. Comment fidéliser le panel sur une durée aussi longue ? Plutôt que de fastidieux questionnaires, l’étude propose une application ludique sur portable. Pour motiver les participants, chaque réponse rapporte des points permettant de financer une association.

Les premières recherches basées sur ces données et validées par un comité d’éthique devraient démarrer d’ici à deux ans.

ça m’intéresse, mai-juillet 2017

Maillot ou clito c'est de la deco(?!)


mardi 19 septembre 2017

La souris déglinguée - jeunesse de France

En finir avec les privilèges de l'aristocratie d'Etat


Les désormais célèbres ordonnances sur le Code du travail favorisent incontestablement le licenciement, en plafonnant les indemnités prud'homales, en autorisant des ruptures conventionnelles collectives ou en simplifiant l'obligation de reclassement. La littérature économique n'offre aucune conclusion claire sur le lien entre droit du travail et taux de chômage (pour une analyse contre-intuitive, on pourra relire un rapport du CAE signé Olivier Blanchard et Jean Tirole, deux économistes qu'on ne peut soupçonner d'antilibéralisme). Mais d'un point de vue philosophique, c'est autant de gagné pour la liberté contractuelle. Puisque les insoumis sont friands de la métaphore du divorce, ils pourraient puiser dans les avancées du droit de la famille matière à réflexion sur la réforme en cours. Dans une société libre, chacun devrait pouvoir mettre fin simplement à une relation dont il n'est pas satisfait, selon des conditions de séparation négociées ex ante. 

Il existe néanmoins un grand absent dans cette réforme : ses concepteurs. N'est-il pas paradoxal que les têtes bien faites qui, dans les cabinets ministériels et les administrations, prônent et mettent en oeuvre (à juste titre) la flexibilité, soient eux-mêmes soumis au régime le plus protecteur, celui de la haute fonction publique ? Rappelons en effet qu'inspecteurs des finances, conseillers d'Etat, magistrats de la Cour des comptes, ingénieurs des mines ou des ponts peuvent à discrétion partir pantoufler dans le privé, puis retrouver tranquillement leur « corps d'origine », qui se doit de les réintégrer selon leur grade avec la rémunération afférente. N'est-ce pas une assurance-chômage en or ? Ceux qui vous enjoignent de prendre des risques peuvent partir monter une start-up et, si l'expérience tourne court, retourner à leur siège du Palais Royal ou à leur bureau de Bercy. Et si, comme cela est plus fréquent, ils se font remercier de leur poste de directeur des relations institutionnelles d'une entreprise du CAC 40, ils n'auront pour leur peine qu'à endurer les retrouvailles sardoniques avec leurs anciens collègues de l'administration. Une expérience de l'opprobre social que beaucoup envieraient. 

C'est ainsi que s'est constituée, sous couvert de continuité du service public, une aristocratie d'Etat aux privilèges exorbitants. Les grands corps sont, certes, censés représenter le meilleur de la sélection par le mérite. Mais la caractéristique essentielle d'une aristocratie, c'est de se définir par son être plus que par son faire. Une fois passés les bons concours, on est à vie l'équivalent de ce qu'étaient autrefois les comtes, ducs et barons. C'est souvent ainsi que l'on se présente en société : « Bonjour, Dupont, X-Mines. » On peut même voir d'audacieux défroqués devenus entrepreneurs indiquer sur leur profil Twitter : « Inspecteur des finances (on leave) ». On leave, mais toujours prêt à revenir vous taxer s'il ne parvient pas à s'enrichir lui-même. 

Comment briser cette rente qui alimente une certaine torpeur intellectuelle chez ses bénéficiaires ? Les grands corps n'ont pas de définition juridique et suivent les règles classiques de la fonction publique, avec ses modalités complexes de « disponibilité » et ses généreux délais (dix ans !). Par ailleurs, si les fonctionnaires devaient démissionner en quittant leur poste, il faudrait aussi que l'administration puisse au besoin les réembaucher. Se pose donc la question du statut de la fonction publique, qu'Emmanuel Macron jugeait il n'y a pas si longtemps « inadapté au monde tel qu'il va », et de l'iniquité qu'il génère dans le rapport à l'emploi. Peut-on demander au gouvernement, en pleine discussion sur la libéralisation du marché du travail, d'ouvrir cet immense chantier ? La logique voudrait que oui. Comment exiger des efforts des plus faibles tout en continuant à protéger les plus puissants ? 

En attendant la vraie « révolution », je suggère que les grands corps montrent l'exemple en décrétant leur dissolution pure et simple. Pour avoir vécu de près il y a dix ans l'hystérie qui a entouré la fusion du corps des Mines et de celui des Télécoms, je mesure ce que cette hypothèse a d'utopique. Mais les temps changent. Certains hommes politiques de la nouvelle génération ont commencé à anticiper cette évolution nécessaire : Emmanuel Macron et Bruno Le Maire ont ainsi démissionné de la fonction publique (et je précise au passage que j'ai quitté le corps des agrégés depuis belle lurette). Immolons nos corps ! 

Reims : la présence de migrants entraîne la suspension des cours dans une université



La présence d'une quarantaine de migrants sur le campus de l'université Reims Champagne-Ardenne a entraîné la suspension des cours «jusqu'à nouvel ordre».

Les cours à l'université Reims Champagne-Ardenne sont suspendus «jusqu'à nouvel ordre» en raison de la présence de migrants sur le campus, une mesure qui touche environ 8.000 étudiants, a appris lundi l'AFP auprès de l'université. «L'accès aux locaux de l'université situés sur le campus Croix-Rouge est interdit jusqu'à rétablissement des conditions de sécurité», a écrit le président de l'université Guillaume Gellé dans un arrêté d'interdiction signé dimanche soir.



La rentrée a eu lieu au début du mois

La rentrée dans cette université de droit, sciences économiques, lettres et sciences sociales a eu lieu début septembre, selon l'université.
D'après le syndicat étudiant Unef, il a été décidé collectivement «de déménager ces familles sur le campus Croix-Rouge de l'Urca», après que ces personnes ont été «poussées à quitter leurs abris de fortunes» dans un parc de la ville. «Nous appelons les autorités locales, la mairie de Reims, la préfecture à héberger ces familles de manière urgente», poursuit l'Unef dans un communiqué de presse.


lu ici

lundi 18 septembre 2017

[DATA MINING] Cliquez,vous êtes traqués

La nocivité des ondes


L’emploi de certaines nouvelles techniques développées à des fins guerrières n’a pas tardé à déboucher sur des applications civiles et à comporter des effets néfastes pour la santé et l’environnement. Le téléphone cellulaire fait désormais partie de notre quotidien, et de plus en plus de personnnes se plaignent de maux dont ils rendent les 36 000 antennes responsables (la norme fixe le seuil à 41V/m, alors que les associations de consommateurs réclament 4V/m). Aucun fabricant de matériel électrique n’avertit les usagers qu’ils ne devraient pas être exposés à un champ électrique alternatif supérieur à 10V/m. Combien d’entre nous savent que le nombre d’appareils électriques utilisés quotidiennement dépassent largement ce seuil ? Un rasoir électrique dépasse de 75 fois la norme, un sèche-cheveux, plus de 10 000 fois, et une banale brosse à dents électrique, de 300 fois ! Quand le commandant de bord demande d’éteindre les téléphones et les ordinateurs portables, il craint le brouillage du système de navigation, rien de moins ! Dans les années 1970, un Tornado s’écrasa dans les environs de Munich. Ses appareils de bord auraient été perturbés par l’antenne de Radio Free Europe. En 1967, à bord du porte-avions Forrestal qui naviguait dans le golfe du Tonkin, un missile se décrocha d’un avion. L’accident fit 134 morts parmi les marins. Le déverrouillage du missile avait été provoqué par l’onde d’un radar qui avait balayé le pont

Dans la bataille opposant les associations de consommateurs aux opérateurs, on a pu établir que les personnes demeurant à 200 m d’une antenne relais souffraient de troubles divers, tels que fatigue chronique, perturbation du sommeil, ménopause prématurée, allergies, migraines. Dès les années 1980, l’épidémiologiste américaine Nancy Wertheimer et Ed Leeper affirmaient que les enfants vivant à proximité des lignes électriques à haute tension couraient davantage de risques de développer une leucémie que les autres enfants. Ces travaux ont été confirmés en 1996 par l’Académie nationale des sciences des États-Unis

[...] 

Une autre étude épidémiologique a démontré qu’une surdose de champs magnétiques pouvait être à l’origine d’effets néfastes sur la santé : pathologies cancéreuses, troubles neurologiques, dépression, ou bien encore avortements spontanés. D’autres travaux ont démontré que le fait de travailler dans un environnement magnétique provoquait un effondrement du système immunitaire. En novembre 2002, lors d’un congrès européen de la médecine du travail, Jacques Surbeck a pu prouver, grâce à une « puce ADN », la nocivité des écrans d’ordinateurs. Il a renouvelé l’expérience en déposant la « puce ADN » pendant une semaine à 9 et 40 m d’une antenne relais pour téléphone mobile. Il a constaté des cassures dans la séquence d’ADN. Déjà, en 1993, une étude conduite par le professeur Henry Layi pour le compte du Gouvernement américain avait établi que des rats soumis à des radiations des radiations d’une puissance inférieure à celles émises par un téléphone portable présentaient un ADN morcelé. 

Quittons maintenant les rats dont les études ne seraient, au dire des experts, non transposables à l’homme. Un groupe de chercheurs suisses a effectué des expérimentations sur 16 volontaires sains. Pendant trente minutes, ils ont été soumis à un champ électromagnétique dont l’intensité équivalait aux puissances maximales auxquelles les utilisateurs de portables sont exposés. L’imagerie cérébrale a révélé des augmentations locales du flux sanguin dans l’hémisphère exposé aux rayonnements. Les chercheurs ont été surpris de constater que l’effet persistait tout au long de la nuit, et que la modification cérébrale se produisait de manière symétrique dans les deux hémisphères. Cela tend à démontrer que l’action des micro-ondes sur le cerveau ne serait pas d’ordre thermique. Un article paru dans Science & Vie en septembre 2001 avant « qu’avant d’être transmises sous forme de paquets de données, les conversations échangées sont numérisées puis compressées. L’envoi permet à huit portables d’utiliser simultanément le même canal, sous forme de salve. Et ce sont ces salves qui induisent de basses fréquences »

Les dangers sont perçus différemment selon les pays. C’est du moins ce que tend à souligner une étude américaine. Les Brésiliens craignent les effets susceptibles d’affecter le rythme cardiaque, lorsque le portable est placé dans la poche de la veste, près du cœur, et les répercussions sur la virilité quand il se trouve dans la poche du pantalon. L’entreprise Levi’s a d’ailleurs annoncé le lancement (2003) d’un pantalon aux poches renforcées d’une doublure antiradiation. Les Britanniques s’inquiètent plutôt des radiations provoquant éventuellement des tumeurs au cerveau et des pertes de mémoire. L’ennemie commune est la chaleur. A titre indicatif, l’augmentation de la température du cerveau générée par un portable appuyé contre l’oreille est de l’ordre de 0, 2° C, et il faudrait une augmentation de la température de 1° C pour que cela devienne dangereux pour la fertilité. 

[...] 

Les effets indésirables des champs électromagnétiques sur l’organisme humain semblent avoir été étudiés dès 1950 par les Soviétiques. Ces derniers ne tardèrent pas à conclure que des perturbations peuvent se manifester, par ordre d’apparition, dans le système nerveux central (SNC), le système cardio-vasculaire, le système vasculaire périphérique, le système hormonal, la thyroïde, l’hypophyse, les glandes surrénales et le système endocrinien

Gerard Desmaretz, Le renseignement high-tech

A Paris, le métro serait bien plus pollué que le périphérique

Des analyses de la RATP effectuées dans le métro de la capitale révèlent que la concentration en particules fines dépasse largement le seuil d'exposition recommandé par l'OMS. L'air respiré dans le métro serait plus pollué... que sur le périphérique.
Prendre les transports en commun, et non l'automobile, est-il un moyen d'éviter la pollution sur le chemin du travail ? Pas forcément. Une analyse de l'air dans le métro de Paris réalisée par la RATP montre que la concentration en particules fines dans les sous-terrains de la capitale dépasse largement le seuil d'exposition recommandé par l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS).

Au cours des vingts dernières années, la RATP a réalisé des mesures de la qualité de l'air dans trois stations parisiennes : Châtelet (sur la ligne 4), Franklin D. Roosevelt (sur la ligne 1) et Auber (sur le RER A). Se basant sur ces données, nos confrères de France Info ont comparé la concentration en particules fines PM10 entre ces stations, l'avenue des Champs-Elysées et le périphérique parisien.

Le constat est sans appel : hormis les heures de nuit (entre 2h et 6h du matin), les concentrations en PM10 sont largement supérieures dans le métro parisien à celles que l'on trouve sur les Champs Elysées ou sur le périphérique.
Certains jours à la station Châtelet, en plein centre de Paris, sur la ligne 4, la concentration en PM10 dépasse les 300 µg/m3... alors que la législation française fixe le seuil d'alerte en extérieur (qui ne s'applique pas au métro) à 80 µg/m3.
Cette pollution aux particules fines provient à la fois de l’air extérieur (diffusé par la ventilation des couloirs du métro), du freinage des trains et des nombreux travaux menés tout au long de l'année dans le réseau sous-terrain de la capitale. La RATP a fait savoir à France Info que ce phénomène pouvait être constaté «dans tous les réseaux ferroviaires du monde» et qu'il n’existait pour l’heure aucune norme en matière de particules dans les espaces souterrains. Pour autant, la RATP affirme mener des actions visant à réduire la présence de ces microparticules dans l’air respiré par les usagers.

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dimanche 17 septembre 2017

"La pilule est un perturbateur endocrinien"


Dans son essai "J’arrête la pilule", la journaliste Sabrina Debusquat dresse un réquisitoire contre ce symbole de la libération sexuelle. Débat avec la gynécologue Nasrine Callet. 

1967-2017 : en France, la pilule fêtera ses 50 ans en décembre. Joyeux anniversaire ? Pas vraiment. Le petit cachet que les femmes avalent chaque jour, sûres de s’épargner les grossesses à répétition, fières de ce geste symbole de leur liberté sexuelle, n’a plus l’aura d’antan. Le scandale des pilules de troisième et quatrième génération, en 2012, l’a entachée d’une terrible réputation : mener des femmes jeunes, en pleine santé, au seuil de la mort, par AVC et embolie. Lesdites pilules ont beau avoir été mises au rancart au profit des pilules de seconde génération, le mal est fait. Les prescriptions sont en forte baisse. Selon la dernière enquête de l’Ined sur la contraception (2014), 41% des femmes prenaient la pilule en 2013, contre 50% sept ans plus tôt. 

Dans ce contexte de désamour, un essai sorti en librairie jeudi 6 septembre enfonce le clou. Dépression, libido à zéro, cancers, mais aussi pollution chimique qui pourrait nuire aux futurs bébés… N’en jetez plus ! "J’arrête la pilule", de la journaliste indépendante Sabrina Debusquat, est un réquisitoire dérangeant étayé par une année d’enquête, à éplucher des centaines d’études et interviewer de nombreux experts. L’auteure, qui dit redouter un "scandale sanitaire" à venir, est allée à la rencontre, aussi, des jeunes femmes qui s’en détournent, quitte à opter pour des méthodes naturelles modernisées. Ironie de l’histoire, ces aventurières de la courbe de température sur smartphone se veulent les pionnières d’un nouveau féminisme. Désireuses d’enfin partager la "charge mentale contraceptive" avec les hommes. Parce que prendre la pilule est un rite de passage à l’âge adulte, parce qu’elle reste, pour les soixante-huitardes, une indiscutable évidence, parce qu’elle est toujours, dans les esprits, l’un des emblèmes de la libération sexuelle, parions que ce livre va faire polémique. "L’Obs" a confronté son auteure à Nasrine Callet, oncologue-gynécologue à l’Institut Curie, pour savoir si, oui ou non, il faut jeter la pilule. Le débat est lancé.

Avec votre livre, "J’arrête la pilule", vous jetez un pavé dans la mare en affirmant que la pilule contraceptive, oestroprogestative, est un perturbateur endocrinien, au même titre que le bisphénol A, le glyphosate, et bien des substances chimiques qui se trouvent dans notre environnement. Vous allez choquer les femmes, qui font attention à se démaquiller avec des produits bio, mais avalent leur pilule chaque jour sans se poser la moindre question… 
Sabrina Debusquat. J’étais moi-même ignorante. La première fois que j’ai entendu que la pilule était un perturbateur endocrinien, c’était dans la bouche d’un sénateur LR sur la chaîne LCP ! Quand j’ai commencé mon enquête, j’ai interrogé des toxicologues qui m’ont dit que c’était une évidence. Selon l’Agence nationale de sécurité sanitaire, un perturbateur endocrinien est "une substance naturelle ou chimique qui peut interférer avec le fonctionnement des glandes endocrines notamment en mimant l’action hormonale naturelle". De par son fonctionnement, la pilule répond bel et bien à cette définition : les hormones qu’elle contient visent à faire croire au corps de la femme qu’elle est enceinte, et cette dernière cesse ainsi d’ovuler. Aujourd’hui, on associe tellement le terme "perturbateur endocrinien" aux pesticides qu’on ne pense pas que certains médicaments en sont. 

Nasrine Callet. En effet, la pilule en est un. Comme d’autres produits de synthèse à visée d’hormonothérapie, tels que les traitements hormonaux de la ménopause, les antidépresseurs ou diverses chimiothérapies… 

Les perturbateurs endocriniens ont des effets délétères démontrés sur la faune... 
S. D. La pilule contient une hormone de synthèse, l’éthinylestradiol (EE2). Les femmes en rejettent dans leurs urines. Or, cette molécule n’est éliminée qu’à 60% par nos stations d’épuration et se retrouve donc dans nos rivières, puis dans l’eau du robinet. Les conséquences en sont connues : les poissons mâles sont féminisés, leur fertilité est gravement altérée. 
Les universitaires britanniques Susan Jobling, toxicologue réputée, et Richard Owen ont, en 2013, appelé à un débat public sur l’EE2. Ils le soupçonnent d’avoir des effets préoccupants sur les mâles humains. Depuis l’introduction des perturbateurs endocriniens dans la nature, et dans l’espèce humaine via la pilule, on constate une hausse des malformations de l’appareil génital des petits garçons, comme l’hypospadias [anomalie de l’ouverture de l’urètre, NDLR] ou la cryptorchidie [les testicules qui ne descendent pas, NDLR]. Comment l’expliquer ? 

N. C. Ce rejet des hormones dans notre environnement est, il est vrai, un problème crucial. Tous ces perturbateurs peuvent nuire au développement des fœtus. 

Sabrina Debusquat, vous tirez aussi la sonnette d’alarme quant aux effets que pourraient avoir les hormones de la pilule sur une femme qui se retrouve enceinte après l’avoir prise pendant des années. 
S. D. Les hormones de la pilule se stockent dans les graisses. Quand une femme arrête la pilule, ses graisses contiennent donc encore des hormones synthétiques pendant une durée que l’on peine à définir. Or, quand la femme est enceinte ou allaite, elle mobilise beaucoup ses réserves, et l’on peut imaginer que le fœtus soit alors exposé… Certains scientifiques, dont le docteur Joël Spiroux, qui est président du Criigen [Comité de recherche et d'information indépendantes sur le génie génétique, groupement d’experts apolitique connu pour avoir mené une étude polémique dénonçant les dangers des OGM en 2012, NDLR] et préface l’ouvrage, pense que cette hypothèse est tout à fait plausible. Mais c’est un point que je n’ai pas réussi à éclaircir. Dans le doute, il semble donc préférable de patienter quelques mois après l’arrêt de la pilule avant d’entamer une grossesse. 

N. C. Il n’est pas sûr que la graisse va libérer des hormones dans le sang. Et quand bien même ce serait le cas, celles-ci ne doivent pas y rester très longtemps, vu que si la femme oublie de prendre sa pilule, elle peut tomber enceinte… Par ailleurs, des études ont été faites sur des femmes qui ont continué à prendre la pilule oestroprogestative au début de leur grossesse : il n’y a pas eu plus de malformations constatées sur leurs bébés. Il est vrai qu’il n’y a pas d’études sur le stockage dans les graisses. Mais il faut rester modeste, en disant juste que l’on ne sait rien. Il faut veiller à ne pas créer de psychose. 

Le bisphénol A a été interdit dans certains produits. Or, vous expliquez que l’EE2 est 1000 fois plus puissant que ce dernier. Il y a de quoi frémir ! 
S. D. La toxicologue Annette Lexa (université de Metz, Eurotox) utilise à ce propos une image marquante : en matière de perturbateurs endocriniens, le bisphénol A est une 2CV, tandis que l’EE2 est une Ferrari… Mais attention ! S’agissant des perturbateurs endocriniens, on ne peut pas raisonner en termes de dose. La dose ne fait pas le poison. Leurs effets suivent une courbe. En gros, l’EE2 a de forts effets avec une petite dose, et avec une grosse dose. Or, cette infime dose, qui peut avoir des effets sur les mammifères, les femmes l’ingèrent de manière certaine via leur pilule. 

Vous osez même comparer la prise de pilule à une castration chimique. 
S. D. Je trouvais moi-même le terme un peu fort mais, d’un point de vue hormonal, c’est tout à fait juste. La pilule fait baisser jusqu’à 50% le taux de testostérone chez la femme. Or, la testostérone est l’une des principales hormones du désir sexuel. Dans le cadre de mon enquête, j’ai mené un sondage auprès de 3.600 femmes. Lorsqu’elles arrêtent de prendre la pilule, la plupart d’entre elles notent une remontée spectaculaire de leur libido. Beaucoup n’étaient pas conscientes de cet effet secondaire car elles n’ont eu de vie sexuelle que sous pilule… Quand elles s’en rendent compte, elles s’estiment flouées ! 

Concernant les liens avec le cancer, difficile d’y voir clair, puisque des études attribuent à la pilule à la fois des effets protecteurs et des effets cancérigènes… Les instances sanitaires, comme l’OMS, se fondent notamment sur deux grandes études, britannique et californienne, pour affirmer que la pilule protège des cancers de l’endomètre (paroi de l’utérus) et des ovaires. Mais selon vous, ces études ne seraient pas valides. 
S. D. Ce sont deux études dites "de référence", car elles portent sur les plus gros échantillons de population. Mais des scientifiques ont démontré qu’elles avaient malheureusement des biais majeurs. L’étude britannique est censée comparer des femmes qui ont pris la pilule et des femmes qui ne l’ont pas prise. Mais, comme l’a soulevé la statisticienne Jane Galbraith dès 1998, en réalité, ce second échantillon comprend des femmes qui ont pris des traitements hormonaux de substitution de la ménopause : les mêmes hormones que la pilule ! 
La gynécologue britannique Ellen Grant, qui a développé la première pilule Enavid en Angleterre au début des années 1960, a, elle aussi, refait tous les calculs en enlevant ces femmes ayant eu ces traitements de la ménopause. Et là, d’un coup, ce prétendu effet protecteur disparaît ! Finalement, ces études permettent juste d’affirmer que les femmes ne meurent pas massivement de la pilule... Guère plus. 

N. C. L’effet protecteur contre le cancer des ovaires ne touche pas toutes les femmes. En bénéficient notamment les femmes obèses, chez qui la pilule fait office de médicament. En effet, la graisse fabriquant naturellement des hormones, ces femmes ont trop d’oestrogènes dans leur corps. Leurs ovaires ont donc tendance à développer des kystes, qui favorisent un dérèglement hormonal, et peuvent devenir cancéreux. Sous une pilule bien choisie, c’est-à-dire sous une dose constante d’hormones, elles vont retrouver un équilibre hormonal. Chez les femmes qui ovulent mal, ce qui est un facteur de cancer, la pilule, en bloquant l’ovulation, a aussi un effet protecteur. 

Quid des effets de la pilule sur le cancer du sein ? 
C. S. Les études soulignent une petite augmentation du cancer du sein chez les femmes qui ont pris la pilule. Mais cette légère augmentation concerne des femmes qui ont commencé la pilule très tôt, ou qui ont continué à la prendre à un âge avancé. 

S. D. Le taux de cancers du sein augmente dès qu’on prend la pilule plus de dix ans, ce qui est assez commun chez les Françaises… 

N. C. N’oubliez pas que cet effet cancérigène disparaît cinq ans après l’arrêt de la pilule. Et ce risque est très relatif, puisqu’il est multiplié par 1,6. 

S. D. La Société canadienne du cancer estime les cas de cancer du sein supplémentaires dus à la pilule à 2 pour 10.000 femmes chez les nullipares, et 1 pour 10.000 femmes chez les femmes qui ont eu un enfant. Pour en revenir à votre multiplicateur de 1,6, qui est en effet l’objet d’un consensus, faisons quelques calculs : cela représente 450 à 950 femmes par an en France ! Le taux de survie à cinq ans étant d’environ 30%, cela signifie quand même 11 à 22 décès par mois. Pourquoi nous, juste parce que nous sommes des femmes, devrions prendre un médicament qui va causer un cancer sur 10.000, alors qu’il y a d’autres solutions non hormonales moins dangereuses, comme le stérilet en cuivre ? 

Qu’en conclure ? 
N. C. Si c’étaient vraiment les hormones qui donnaient le cancer, j’en serais, croyez-moi, vraiment très heureuse : plus personne ne prendrait la pilule ni les traitements substitutifs, et plus personne n’aurait le cancer ! Malheureusement, on ne connaît pas les causes des cancers, qui sont multifactorielles. On pourrait rappeler, par exemple, que le risque de cancer du col de l’utérus est multiplié par vingt chez une fumeuse. 

S. B. La pilule est quand même classée cancérigène de catégorie 1 pour les seins, le foie, le col de l’utérus et les voies biliaires par le CIRC (Centre international de recherche sur le cancer) depuis 2005. Je ne suis pas persuadée que les femmes, quand on leur prescrit leur pilule, aient cette information-là. 

N. C. Ce que vous dites est important. La pilule est un traitement actif, qui a des effets secondaires. Le gynécologue doit prescrire des examens avant toute prise, et revoir la patiente trois mois après. Il ne faut pas délivrer la pilule à une fille migraineuse ni à une fille qui fume ni s’il y a un cas d’AVC dans sa famille. Il faut être prudent aussi avec une femme ayant une mutation génétique cause de cancer du sein. Je n’étais pas d’accord lorsque l’ancienne ministre de la Santé a proposé que les pharmaciens puissent délivrer la pilule sans consultation préalable. La pilule n’est pas un bonbon. 

samedi 16 septembre 2017

Mishima, messager du futur - Orages d'acier - 04/12/2016

Quelle guerre ?


Où ? Quand ? Comment ? Pourquoi ? Contre qui ? Combien ? Autant de questions auxquelles les responsables politiques répondent inlassablement et sans variante : « nous sommes en guerre contre le terrorisme ! ». De Nice à Londres, de Stockholm à Barcelone, en passant par Berlin, les tueries barbares se succèdent. 
On nous parle de voitures « folles » ou de camions « béliers ». Les conducteurs sont « déséquilibrés », sous l’emprise de médicaments ou alors totalement « bourrés ». La piste psychiatrique est maintenant systématiquement privilégiée… En conclusion, depuis 2 ans, de plus en plus de piétons sont des victimes malheureuses des accidents de la circulation. 

Mais, prudence, prudence, on doit absolument sanctifier le « Vivr’ensemble ». 
Il ne faudrait tout de même pas jeter de l’huile sur le feu… Et c’est pourquoi la mafia politico-médiatico-financière impose dès lors une langue de bois, alors que pour toutes ces tueries, les assassins sont dans une très large majorité des musulmans et que la comédie atteint le grotesque quand la presse Internet/TV /Radio nous diffuse les témoignages des voisins ou de la famille vantant les qualités (il était « si gentil », « travailleur », « sans problèmes », « timide ») de chacun des terroristes, sans que les journaux écrivent leurs prénoms : Saïd, Mohamed, Hassan , Abdeslam, Younes, Abdul ou Fayçal… Quand NKM avait prise une claque à Paris durant la campagne des législatives, TOUS LES MEDIAS se sont empressés de diffuser le nom, le prénom et l’adresse du coupable, qui a été jugé en 4ème vitesse : mais lui, ce n’était pas un rebeu ! 

Les gouvernements nous prennent pour des imbéciles. 
Si tous ne s’en rendent pas encore compte, les électeurs restent chez eux, écœurés par les bassesses et la veulerie des pourriticards du « politiquement correct ». Une réaction des mougeons* n’est pas à exclure. Certains d’entre eux ouvrent lentement les yeux et découvrent que depuis des années nos gouvernants, nos politiques, nos institutions et la majorité de nos concitoyens font preuve de déliquescence morale, de décadence intellectuelle et d’un aveuglement prononcés. Une minorité grandissante estime nécessaire la restauration des valeurs ancestrales qui ont permis à l’Europe de diffuser sa culture et de défendre sa civilisation, par-delà les mers et au travers des siècles, à l’opposé de ce que l’on nous apprend. Un peuple qui se respecte, venge ses morts. 
Et ce n’est pas avec des pleurnicheries, des repentances, des fleurs, des devoirs de mémoires, des flagellations, des bougies, des culpabilisations et des doudous que l’on se débarrassera des fanatiques musulmans qui tuent nos enfants ! 

*½ mouton ½ pigeon « En marche ». 

Merci à P. K. pour l'article et à Korbo pour le dessin

Règlement intérieur du tatouage


Jeunesse, bêtise, orthographe


Dae’ch et les autres : bienvenue dans le « monde VUCA » !


L’ensemble de la presse mondiale a, dernièrement commémoré le premier anniversaire de la Coalition internationale qui a déclenché ses premiers bombardements contre des positions de l’organisation « Etat islamique » (Dae’ch) en Irak et en Syrie, le 2 août 2014. Un an plus tard, tout le monde s’étonne que cette « alliance », réunissant quand même les armées les plus puissantes du monde, n’ait pas réussi à éradiquer une organisation constituée de quelque 30 à 35 000 fusils tout au plus. Le même constat vaut également pour Jabhat al-Nosra et les autres résidus d’Al-Qaïda ayant prospéré en Asie, en Afrique ou en Europe. 

Pourquoi un tel étonnement, sinon une telle cécité ? La réponse est pourtant aussi claire et limpide que La Lettre volée d’Edgar Allan Poe, posée là, sous nos yeux, alors que personne ne veut vraiment la voir… Les experts militaires américains, qui donnent le « la » en matière de « guerre contre la terreur » depuis quatorze ans, l’ont dit, redit et écrit : il ne s’agit nullement d’éradiquer le terrorisme, d’en neutraliser définitivement les protagonistes, de casser définitivement ses inspirateurs et d’en assécher les financements. L’objectif principal est de « gérer » son développement, ses mutations et l’évolution de sa cartographie afin d’accompagner la reconfiguration, la modernisation et la diversification de l’hégémonie stratégique, économique et politique des Etats-Unis et de leurs alliés. 

En août dernier, le président de la République française - à l’unisson avec ses homologues américains, britannique et allemand -, l’a expliqué très clairement à ses ambassadeurs : « la guerre contre Dae’ch va durer dix, quinze ou vingt ans ». Cette fatalité de la longue durée correspond, non pas à une espèce de complot centralisé ni à une conspiration globale, mais s’inscrit dans la logique d’un « procès sans sujet », conforme aux motivations, aux stratégies et aux intérêts de la mondialisation néo-libérale. Cette incapacité à éradiquer Dae’ch est d’autant plus assumée par les grands décideurs mondiaux qu’ils savent parfaitement que l’action militaire extérieure n’est qu’un segment limité de la panoplie contre-terroriste. Ils savent tout aussi pertinemment que Dae’ch ne pourra être éradiqué durablement sans « assécher » politiquement et idéologiquement l’extrémisme sunnite dont les bailleurs de fonds sont devenus nos meilleurs partenaires commerciaux. Dae’ch est une chose, les affaires en sont une autre : vive la « politique sunnite » de François hollande et Laurent Fabius ! 

Orphelines de l’ennemi communiste, les officines stratégiques du Pentagone, leurs tutelles politiques et les industries de défense occidentales de l’après Guerre froide (garantissant des millions d’emplois et de sous-traitants) devaient impérativement - au risque d’entrer en déshérence -, trouver une autre figure du « mal », définir une menace « globale », autrement dit se fabriquer un nouvel ennemi commun. Ce fût chose faite dès le 11 septembre 2001. Là encore, soyons clairs : il ne s’agit pas de céder à la moindre tentation des théories conspirationnistes et autres « effroyables impostures » ayant fait florès après l’effondrement des tours du World Trade Center, mais bien de restituer rigoureusement pourquoi et comment les administrations Bush successives et celles qui suivirent, ont magistralement « utilisé » cette tragédie afin de pousser leurs pions. 

A l’époque, plusieurs économistes réveillés relevaient que le budget du Département américain de la Défense avait enregistré ses hausses les plus importantes depuis la guerre de Corée. Avec un certain étonnement, les mêmes constataient que George W. Bush - digne héritier de Ronald Reagan et de Margaret Thatcher -, adepte d’un monétarisme des plus classiques et de toutes les recettes les plus libérales, s’était brusquement converti à une politique budgétaire farouchement keynésienne ! En effet, les attentats du 11 septembre 2001 ont fortement contribué à la relance de l’économie américaine qui marquait alors le pas. Mais ce bon usage de la terreur ne profita pas qu’aux seuls investisseurs américains et devait impulser une nouvelle révolution dans les affaires militaires qui s’esquissait depuis la fin des années 90. 

Dans les amphithéâtres de l’US-Army-War-College de Carlisle en Pennsylvanie, des professeurs de stratégie militaire commençaient alors à populariser un nouveau concept en quatre lettres pour résumer le monde : VUCA, pour Volatility, Uncertainity, Complexity, Ambiguity. Dans le monde de la fin des années 90, ces experts nous expliquaient que toute espèce de projets et d’actions étaient devenus « volatiles ». Par conséquent, chaque option stratégique était appelée à changer extrêmement rapidement, la visibilité à moyen terme n’étant pas seulement devenue « incertaine », mais proprement impossible. La « complexité » des interactions, des facteurs d’influence et des acteurs devenait la norme, l’ « ambiguïté » étant désormais la règle et non plus l’exception. 

Et toujours très positifs, nos amis américains se félicitaient que dans un tel monde devenu « VUCA », l’incertitude ne constituait nullement un problème, mais présentait au contraire une chance à saisir comme levier d’innovation et de performance. « Les acteurs qui réussissent », affirmaient ces professeurs, « sont ceux qui investissent dans la connaissance de soi, cultivent le succès collectif et encouragent l’agilité et la fluidité efficaces ». La loi de la variété requise, développé par R. Ashby en 1956 (dans An Introduction to Cybernetics) stipule que seule la « variété » peut répondre à la variété. En d’autres termes : plus une personne ou un système génère et active « sa diversité », plus elle est capable de s’adapter aux changements provenant de son environnement et d’assurer son existence. Appliquée à VUCA, cette loi nous enseigne que seul VUCA sait répondre à VUCA. 

Les nouveaux chefs (militaires, économiques et politiques) doivent donc incarner un « projet de sens » qui libère les engagements tout en laissant s’exprimer les ruses de la volatilité, comme autant d’opportunités à saisir et à utiliser afin de promouvoir des « changements incessants ». L’incertitude invite ces chefs à profiter des situations inédites pour apprendre… Au lieu de renforcer les procédures de contrôles connues et des actions propices à la reproduction du système en vigueur. Ils « trouvent alors le courage de créer des espaces de liberté, de créativité et d’expérimentation rapide ». La complexité oblige les acteurs clés à coopérer et à privilégier le succès collectif. Pour saisir la complexité d’une situation, ses multiples enjeux et ses différents leviers, il est obligatoire de créer des groupes divers, transversaux et hétérogènes. Pour trouver des solutions véritablement innovantes, il s’agit donc de travailler en grand groupe, d’oser le chaos provisoire, de privilégier l’expérimentation ciblée au lieu de déployer un plan convenu. Sont alors privilégiées « les dynamiques alternatives ». L’ambiguïté se manifeste à travers des figures ambivalentes, par la non-cohérence d’un projet, le mélange des responsabilités, les multiples interprétations d’un concept. Cette ambiguïté doit devenir la culture dominante des nouveaux chefs : celle consistant à vivre avec une variété de solutions au lieu de s’attacher à l’obsession de la clarification, à la recherche d’une cohérence, ainsi qu’à celle d’une quête de « la » solution à déployer. Dans un monde VUCA, rien n’est acquis d’avance, rien n’est durablement stable et tout est opportunité ! 

Enfin, nos professeurs édictaient cinq principes à l’usage des nouveaux chefs voulant réussir « dans la joie » : 1) dans un monde VUCA, l’agilité d’une organisation se débloque en passant de la réaction à l’action par le « sens » ; 2) dans un monde VUCA, tout se transforme quand le système se libère d’une obsession de performance opérationnelle pour privilégier la recherche d’excellence relationnelle ; 3) dans un monde VUCA, le chaos devient créateur, le vide faisant place à de nouvelles solutions ; 4) dans un monde VUCA, l’individu peut se sentir perdu mais l’intelligence collective en action s’affirmera comme le nouveau levier de performance ; 5) Dans un monde VUCA, la notion de « leadership » est renversée pour laisser place à la puissance d’une nouvelle posture … celle du « Followership ». Bref, dans ce meilleur des mondes possibles, les chefs et, en définitive tous les acteurs qui savent conjuguer la joie et le « sens » vont être en mesure d’inventer des formules inédites de performance. 

C’est presque aussi bien que La Richesse des nations d’Adam Smith et c’est à Donald Rumsfeld - secrétaire d’Etat à la Défense (2001-2006) - que l’ont doit l’application de cette idéologie aux affaires militaires. Sans y changer une seule virgule, la première administration Obama renonçait ainsi aux réponses classiques : les guerres conventionnelles et de contre-insurrection. On assistait alors à des redéploiements élargis dans les zones économiques et stratégiques considérées prioritaires pour les grandes sociétés (armements, aéronautiques, BTP et infrastructures, etc.). Enfin, selon un officier général des Forces spéciales, le Pentagone cherchait à maintenir autant que faire se peut la « clandestinité la plus totale afin de privilégier des campagnes médiatiques et de communication parfaitement maîtrisées ». 

En juin 2014, dans une conférence publique tenue à Beyrouth, nous expliquions alors, que cette « non doctrine » militaire s’articulait sur sept piliers : 1) montée en puissance des forces spéciales ; 2) prééminence du renseignement ; 3) extension de la géographie des drones ; 4) choix de la cyber-guerre ; 5) développement d’ « armées de substitution » ; 6) formation et manœuvres avec les partenaires ; et enfin 7) médiatiser et communiquer. Ce dernier pilier chapeaute l’ensemble ! Le plus vieux métier du monde ! Pour qu’elle atteigne ses objectifs, toute opération militaire doit être non seulement comprise mais aussi « partagée » par les opinions publiques du ou des pays qui la mènent. Sont alors appelés en renfort les bataillons de journalistes « embeded » chargés d’expliquer et de diffuser les raisons et le phasage de la « guerre juste », forcément juste. Au hardpower des armées doit s’adjoindre organiquement le softpower -madame Clinton préfère parler de smartpower -, des journalistes, des « experts » et autres « communicants ». Ces sept piliers requièrent, non pas la « sagesse » de Lawrence d’Arabie, mais une transparence imposée, c’est-à-dire opaque, la clandestinité et le secret. 

Dans le meilleur des mondes VUCA possibles, Dae’ch, Al-Qaïda, Nosra et les autres ne peuvent et ne doivent pas être éradiqués parce qu’ils sont absolument nécessaires à la reconfiguration permanente du « sens », de la « joie » et des « profits » des nouveaux chefs militaires, économiques et politiques du monde. Sur le plan intérieur, les recettes VUCA servent tout aussi bien à déconstruire les frontières nationales, le droit du travail et toute autre loi garante du contrat social des vieilles républiques pour nous convertir aux fluidités multiples d’une mondialisation heureuse où tout devient possible et principalement le retour à l’état de nature où règne, en définitive, la loi du plus fort. 

Lorsque notre ami Alain Joxe souligne, à juste titre, que les Etats-Unis ont régulièrement perdu les guerres asymétriques qu’ils ont déclenchés depuis la fin de la Guerre froide, il n’en tire pourtant pas la conclusion ultime : ces défaites apparentes sont en réalité des victoires inestimables pour les stratèges du Pentagone, de Tel-Aviv, de Wall Street, de la City et de Bruxelles. D’un état de non guerre conventionnelle, les délices du monde VUCA nous embarquent dans celui d’une guerre asymétrique généralisée, permanente et nécessaire.