mercredi 18 janvier 2017

Bêtise ou naïveté Vegan ?


Conférence Dextra 20/01 : La science-fiction, laboratoire sociologique


Chers amis, chers camarades, 

Dans un monde "connecté" qui nous déconnecte, dans une société où les politiciens ne parlent plus que de révolution numérique et de robotisation, nous avons la joie et l'honneur de recevoir Dimitri Chandivert, spécialiste en informatique, qui viendra nous parler de "La science-fiction, laboratoire sociologique". Quand la science-fiction, devient de l'anticipation, puis concerne tout simplement le monde réel... 

Nous vous attendons nombreux pour cette conférence qui aura lieu ce vendredi 20 janvier, au Molière, 12 rue de Buci, à partir de 19 h. 

A vendredi !

Chère Hidalgo, je roule en ancienne et j'emmerde ta vignette


On communie dans le juste sentiment de former une nouvelle humanité...


Un graphiste en pull artisanal boit un cocktail de fruits, entre amis, à la terrasse d'un café ethnique. On est diserts, cordiaux, on plaisante modérément, on ne fait ni trop de bruit ni trop de silence, on se regarde en souriant, un peu béats : on est tellement civilisés. Plus tard, les uns iront biner la terre d'un jardin de quartier tandis que les autres partiront faire de la poterie, du zen ou un film d'animation. On communie dans le juste sentiment de former une nouvelle humanité, la plus sage, la plus raffinée, la dernière. Et on a raison. Apple et la décroissance s'entendent curieusement sur la civilisation du futur. L'idée de retour à l'économie d'antan des uns est le brouillard opportun derrière lequel s'avance l'idée de grand bond en avant technologique des autres. Car dans l'Histoire, les retours n'existent pas. L'exhortation à revenir au passé n'exprime jamais qu'une des formes de conscience de son temps, et rarement la moins moderne. La décroissance n'est pas par hasard bannière des publicitaires dissidents du magazine Casseurs de pub. Les inventeurs de la décroissance zéro - le club de Rome en 1972 - étaient eux-mêmes un groupe d'industriels et de fonctionnaires qui s'appuyaient sur un rapport des cybernéticiens du MIT. 
     Cette convergence n'est pas fortuite. Elle s'inscrit dans la marche forcée pour trouver une relève à l'économie. Le capitalisme a désintégré à son profit tout ce qui subsistait de liens sociaux, il se lance maintenant dans leur reconstruction à neuf sur ses propres bases. La sociabilité métropolitaine actuelle en est l'incubatrice. De la même façon, il a ravagé les mondes naturels et se lance à présent dans la folle idée de les reconstituer comme autant d'environnements contrôlés, dotés de capteurs adéquats. A cette nouvelle humanité correspond une nouvelle économie, qui voudrait n'être plus une sphère séparée de l'existence mais son tissu, qui voudrait être la matière des rapports humains ; une nouvelle définition du travail comme travail sur soi, et du Capital comme capital humain ; une nouvelle idée de la production comme production de biens relationnels, et de la consommation comme consommation de situations ; et surtout une nouvelle idée de la valeur qui embrasserait toutes les qualités des êtres. Cette "bioéconomie" en gestation conçoit la planète comme un système fermé à gérer, et prétend poser les bases d'une science qui intégrerait tous les paramètres de la vie. Une telle science pourrait nous faire regretter un jour le bon temps des indices trompeurs où l'on prétendait mesurer le bonheur du peuple à la croissance du PIB, mais où au moins personne n'y croyait. 
     "Revaloriser les aspects non économiques de la vie" est un mot d'ordre de la décroissance en même temps que le programme de réforme du Capital. Eco-villages, caméras de vidéo-surveillance, spiritualité, biotechnologies et convivialité appartiennent au même "paradigme civilisationnel" en formation, celui de l'économie totale engendrée depuis la base. Sa matrice intellectuelle n'est autre que la cybernétique, la science des systèmes, c'est-à-dire de leur contrôle. Pour imposer définitivement l'économie, son éthique du travail et de l'avarice, il avait fallu au cours du XVIIe siècle interner et éliminer toute la faune des oisifs, des mendiants, des sorcières, des fous, des jouisseurs et autres pauvres sans aveu, toute une humanité qui démentait par sa seule existence l'ordre de l'intérêt et de la continence. La nouvelle économie ne s'imposera pas sans une semblable sélection des sujets et des zones aptes à la mutation. Le chaos tant annoncé sera l'occasion de ce tri, ou notre victoire sur ce détestable projet. 

comité invisible, L'insurrection qui vient

mardi 17 janvier 2017

Union européenne : acquisition de drones pour la gendarmerie


La gendarmerie va obtenir du fonds pour la sécurité intérieure (FSI) une importante subvention pour l’acquisition de drones et la formation de ses télépilotes. 

Tirant profit des premières acquisitions de drones en 2014, et d’une doctrine d’emploi perfectionnée, la gendarmerie nationale poursuit son objectif de développement d’une véritable flotte de drones sur le territoire national. Ce nouvel outil constitue un apport déterminant dans la réalisation des missions de la gendarmerie. 

Ce tournant technologique a nécessité la mise en place : 
- d’une stratégie capacitaire par l’acquisition de drones dès 2014 ; 
- l’élaboration d’une doctrine d’emploi ; 
- le partage des connaissances et des compétences en interne et à l’échelle internationale ; 
- la mise en œuvre d’un cycle de formation certifiée de télépilote. 

Ces efforts permettent aujourd’hui à la gendarmerie d’obtenir de l’Union européenne le cofinancement de son projet de « mise en place d’une filière drone ». Au terme d’une procédure de sélection rigoureuse, le FSI a décidé d’accorder à la gendarmerie une subvention de 956 000 € pour l’acquisition de drones et la formation des télépilotes de 2015 à fin 2017. 

La livraison des matériels, prévue pour 2017, concernera essentiellement les forces aériennes de gendarmerie (FAG) en métropole et outre-mer, ainsi que certaines unités d’intervention et de surveillance. 

Le Bureau de la synthèse budgétaire (BSB) a instruit la demande de subvention et en assurera le suivi.

Zéro en orthographe pour la ministre de l'Éducation


Pas de chance pour Najat Vallaud-Belkacem. Vendredi 13 janvier, alors que la ministre du gouvernement Hollande signait le livre d'or de l'école de gendarmerie de Tulle, elle a malencontreusement laissé une jolie coquille dans son message. Une étourderie qui a bien choisi son mot : «le professionnalisme». 

Tel président, telle ministre. Quelque deux semaines après les vœux remplis de fautes d'orthographe du compte Twitter de l'Élysée paraphrasant les paroles de François Hollande, c'est au tour de la ministre de l'Éducation nationale, Najat Vallaud-Belkacem, de faire les frais de ses incompétences linguistiques. 

Invitée à signer le livre d'or de l'école de la gendarmerie de Tulle où elle était en visite ce vendredi 13 janvier, la ministre a en effet commis une petite bourde. Sur le cahier, on peut ainsi lire: «A toutes les equipes de l'Ecole de Gendarmerie de Tulle, Mille mercis pour votre engagement aux côtés de nos personnels de l'Education. Votre expertise, votre professionalisme impressionnant nous sont plus que précieux. Amitiés. Najat Vallaud-Belkacem.» (sic). 

Outre les oublis d'accent sur le premier «A» et le mot «equipe», c'est l'écriture du terme «professionalisme» qui a attiré l'attention des internautes et leurs railleries. La locution prenant évidemment deux «n»... 

Si une étourderie est très vite arrivée, le comble pour une ministre de l'Éducation nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche est tout de même de faire une faute d'orthographe! Surtout lorsque ce n'est pas la première fois que cela arrive. On retrouve en effet dans la page de présentation du parcours de la Ministre, sur le site Najat-Vallaud-Belkacem, quelques coquilles. Sans être exhaustif: le verbe «siéger» conjugué «j'ai siègé» ou la préposition «à» sans accent.

On mettra ce manque de «professionnalisme» sur le compte des dérapages du Vendredi 13. Après tout l'erreur est humaine. Les précédentes bourdes d'Audrey Azoulay sur la «Consolidation» de Michel Butor ou la réécriture du nom de la ville d'Oradour par Claude Bartolone en mars 2013 en sont de parfaites représentations. 

Rappel : Voyages en France d'Eric Dupin ou «la fatigue de la modernité»


Et si le vote des cantonales traduisait la colère d'une France lassée des oukazes de la mondialisation?
Une "fatigue de la modernité", pour reprendre le sous-titre du livre du journaliste Eric Dupin qui a sillonné l’hexagone pendant des mois ?

"Nez au vent", l'ancien éditorialiste de Libération a parcouru dix-sept régions, explorant, à pied, en voiture ou en vélo, la France des villes moyennes, des pavillons et des campagnes.
Fort de quelque 300 rencontres, l'auteur raconte des dizaines de trajets de Français d'aujourd'hui. Aisés ou modestes, ils cherchent, en dépit des difficultés, à se construire sinon un bonheur, du moins un cocon. Souvent dans la région où ils sont nés, parfois dans celle qu’ils se sont choisis.

Journaliste politique, spécialiste des questions d’opinion, Eric Dupin se dit peu surpris du score élevé de l'abstention et du FN aux cantonales, tant il a constaté une défiance "généralisée" envers les élites. Dans Voyages en France, il dresse un état des lieux d’une France trop négligée, qui s’est pris de plein fouet le choc de la mondialisation. Une France saisie "dans sa chair" et non à travers statistiques ou sondages qui disent tout, sauf l’essentiel.

Par téléphone, nous lui avons demandé de donner, à partir de ses voyages, ses impressions d'en France, à partir de dix-mots clés. Voici les réponses d'Eric Dupin :
Désindustrialisation: "Du côté des élites, on a tenu parfois un discours disant "l’industrie c’est le passé, ça va être le domaine des Chinois ou des Indiens et nous, on va se spécialiser dans la matière grise." C’est totalement utopique. Les Indiens nous concurrencent déjà dans l’informatique. Or, il y a des gens qui veulent un travail manuel qualifié et ça, c’est dans l’industrie.
Mais l'industrie, de plus en plus, est tenue par des patrons lointains. J’ai vu des petites fonderies en Haute-Marne possédées par des fonds de pension, des gens qui n’ont jamais vu les ouvriers. Ceux-ci imaginent des gens qui débarqueront peut-être un jour en hélicoptère pour annoncer la fermeture de leur entreprise. C’est très anxiogène."

Elites: "J’ai constaté un état de défiance assez généralisé et profond vis-à-vis des élites politiques, journalistiques et économiques. C’est symptomatique aussi d’une crise de la représentation."

Humain (contact): "Il n’y a plus de contact humain. A la SNCF, en région parisienne, il y a beaucoup de guichets où il n’y a plus personne. Ils ont été remplacés par des automates. Qu’est-ce qui se passe pas quand on n’a pas la monnaie ? Pas de carte bancaire ? Quand on ne sait pas bien lire, ce qui est le cas d'un certain nombre de jeunes ?"

Incivilités: "A Saintes, le responsable des parcs et jardins nous a expliqué qu’un des problèmes, c’est le vol systématique de fleurs dans le jardin. Cet hyperindividualisme, qui méprise l’intérêt collectif, rend la vie pénible au quotidien. Tout le monde se méfie de tout le monde."

Immigration: "J’habite à Paris, dans le 19e, un habitat assez mélangé, et j’ai mis mes enfants à l’école publique, en ZEP. A Paris, dans les quartiers du nord ou de l’Est, il y a un mélange immigrés / bourgeois-bohêmes. Mais dans d’autres coins de la France, c’est vrai qu’il y a des quartiers qui frappent par leurs côtés socialement et ethniquement homogènes. Dans le centre-ville de Grasse, je n’ai entendu parler qu’arabe.
A part des exemples isolés, j’ai rencontré peu de cas de racisme avérés, mais j’ai constaté un phénomène de spécialisation des territoires. Il y a des quartiers populaires blancs et des quartiers populaires immigrés. Il y a une certaine forme d’apartheid, une difficulté de vivre ensemble croissante, qui nous rapproche de ce qui se passe aux Etats-Unis."

Mondialisation: "La mondialisation est l’héroïne négative de mes voyages. J’ai rencontré quelques entrepreneurs heureux comme ce Charentais ayant lancé un cocktail qui a fait fureur aux Etats-Unis. Mais une grande majorité des gens rencontrés sont très critiques vis-à-vis de la mondialisation. Pas simplement des ouvriers, mais aussi des chefs de petites et moyennes entreprises, pour qui la règle n’est pas juste. Ils sont aux prises avec la concurrence des pays émergents, aux conditions salariales et environnementales bien plus faciles que les leurs."

Modernité (Fatigue de la): "La modernité ce n’est pas celle des Lumières, mais le mouvement du monde qui va trop vite. La mondialisation rebat les cartes et menace l’équilibre des territoires. On vit mieux qu’avant du point de vue des richesses matérielles, mais une majorité de ceux que j’ai rencontrés pensent qu’on était plus heureux avant, qu’il y a une qualité de relations sociales qui s’est détériorée. Les gens vivent très mal le fait que "tout ce qui n’est pas rentable doit être sacrifié".

Néoruraux: "Il y a un exode urbain encore très minoritaire mais qui se développe. On trouve de tout, dont des gens qui ont une démarche très militante comme ceux qui vivent dans des yourtes dans les Cévennes. En Creuse, j'ai vu aussi une scierie autogérée, avec un PDG tournant, tiré au sort parmi les salariés. Dans le pays de Puisaye, en Bourgogne, s'installent des Parisiens privilégiant la qualité de vie, même avec des revenus moindres. J'ai ainsi rencontré quelqu'un qui travaillait avant à la télévision, où il gagnait deux à trois fois plus d'argent."

Nomadisme: "Un discours à la mode, porté entre autres par Jacques Attali, affirme qu'on est dans un univers où il faut bouger. Mais moi, j’ai été frappé par le nombre de gens qui vivent là où ils sont nés, qui sont attachés à leurs racines, et pas seulement dans les milieux populaires. Ils sont donc attachés à l’équilibre des territoires et refusent une vocation exclusivement touristique. D’où l’importance de garder un tissu industriel."

Temps, Territoires: "Désormais, les villes moyennes se ressemblent toutes, avec un secteur piétonnier colonisé par les mêmes magasins franchisés de marques de vêtement. Mais le vrai centre-ville, c’est le centre commercial, en périphérie. Avec, autour, des zones pavillonnaires qui s’étendent de plus en plus, comme celle de Pontaut-Combault, en Seine-et-Marne, la plus grande zone pavillonnaire de France. Avec, comme conséquence, des temps de transports de plus en plus longs. Temps de travail de plus en plus dense, de transport de plus en plus long : les gens manquent de temps. Ca a traversé toutes mes rencontres."

Voyages en France d'Eric Dupin, Seuil, 21 euros.
Voir aussi le site Libération

lundi 16 janvier 2017

Suède : Enchaînée dans leur cave, deux migrants syriens avaient fait d’une suédoise leur esclave sexuelle


Après avoir été acceptés en tant que « réfugiés » en Suède, deux migrants syriens âgés de 23 et 28 ans avaient reçu l’aide de volontaires « humanitaires » afin qu’ils ouvrent leur propre entreprise; un café oriental. 

Dès que les autorités sont venues inspecter l’entreprise, c’est une horrible découverte qui les attendaient dans le sous-sol du magasin. 

Le journal Fria Tider raconte (source) : 
La police suédoise a en effet découvert qu’une femme suédoise kidnappée était enchaînée dans la cave. La victime violentée était retenue comme esclave sexuelle personnelle et a été violée par au moins 7 arabes musulmans. 

Et poursuit : 
L’horrible découverte a permis la découverte de preuves indiquant que la femme avait été kidnappée sous la menace d’une arme à Malmö avant que 4 demandeurs d’asile musulmans ne la transportent en voiture jusqu’au magasin. Elle a ensuite été enchaînée à une conduite d’eau dans la cave avant que le groupe ne la viole de façon répétée. 

Et ajoute des détails sur la sauvagerie des migrants musulmans : 
Les autorités ont confirmé que dès que la voiture est arrivée au magasin, 3 autres arabes l’attendaient pour commettre leur agression sexuelle. Les hommes l’ont placée de force sur un matelas, l’ont déshabillée avant de pratiquer un viol « oral, vaginal et anal » sur la victime. A une occasion au moins, la femme a été violée par deux hommes en même temps selon la police. 

Un début d’explication peut être le sentiment de frustration que ressentent ces musulmans suite à la colonisation de la Syrie par la Suède. Ou quelque chose d’approchant.

Les liaisons dangereuses entre libéralisme et conservatisme


Conservateurs et libéraux ont souvent fait route ensemble, au risque de brouiller les frontières entre eux, alors que les différences sont de taille. Le conservatisme reconnaît ainsi l'existence d'un bien commun et promeut les communautés et les corps intermédiaires pour le réaliser, accorde une plus grande place à l'autorité charnelle et incarnée, aux hiérarchies ; il est sensible aux excès du projet politique moderne qui est au fond le projet libéral, articulé autour du rationalisme, de l'individualisme égalitaire et de l'utilitarisme. Il fait l'éloge du particularisme, croit à l'existence des peuples et à l'utilité des frontières, rappelle avec Disraeli que "les nations ont un caractère propre aussi bien que les individus", alors que l'anthropologie libérale conduit à al vision d'un individu planétaire unique appelé, à la fin de l'histoire, à être régi par un droit et un marché universels.

"Roger Scruton, de l'urgence d'être conservateur", par Thomas Hennetier, Eléments, n°163

Une promenade en Provence avec Pagnol - Orages d'acier - 15/01/2017

Rappel : Prism : comment les Français sont écoutés par la NSA, et par des services bien de chez nous

Avant Prism, le système massif d'écoutes «découvert» vendredi, il y avait Echelon. Et la France n'est pas la dernière à ouvrir ses «grandes oreilles»: pnij, écoutes adminstratives, DPI, Hadopi...

PRISM. Cinq petites lettres n’arrêtent pas de faire trembler le Net. Derrière ce mystérieux anagramme, un dispositif de surveillance américain révélé le 7 juin dernier par le Guardian et le Washington Post, qui permettrait à la NSA, l'agence de sécurité nationale américaine, d’aller farfouiller librement dans le flot d'infos que laissent des ressortissants non-américains dans les serveurs des colosses du Net, qui eux sont bel et bien 100% Yankee. Pratique, car potentiellement un sacré paquet de monde, population française incluse, rentre dans le spectre de cette surveillance massive. 

Le scandale vaut donc son pesant de cacahuètes, sans compter qu’il s’appuie sur une base parfaitement légale aux Etats-Unis : une loi, le FISAAA (Foreign Intelligence Surveillance Act Amendments Act), et en particulier son article 1881 qui autorise depuis 2008 «la surveillance de masse ciblée uniquement sur les données personnelles en dehors des Etats-Unis»

Si aujourd’hui des incertitudes demeurent sur le degré de collaboration des «géants du Net» (Microsoft, Google, Facebook et autre Apple ont démenti en bloc et en détails avoir activement aidé à passer le Net à la moulinette de la NSA), reste la question de la surveillance qui s’opère actuellement dans les tuyaux, et notamment en France. Qui scrute quoi, avec quelle loupe et surtout quels garde-fous, chez nous? On vous explique tout. 

1. PRISM, les Américains dans vos emails
«Seuls les citoyens non-américains sont visés, donc potentiellement, vous, moi, et quiconque vivant en France rentrent aujourd’hui dans la cible de PRISM», explique Grégoire Pouget, en charge des nouveaux médias à Reporters sans Frontières. Potentiellement donc, vos mails, vos photos, vos discussions en ligne -entre autres réjouissances détaillées par Le Monde dans un schéma- ont donc pu se retrouver sous les yeux d'un agent américain

La France était-elle au courant de la présence d’un tel couteau Suisse dans la poche des Etats-Unis ? La situation embarrassante: s’ils en avaient connaissance, ses services risquent de passer pour complices de tels agissements, s’ils les ignoraient, ils risquent vaguement de passer pour les dindons de la farce -pour rester polie. 

J'ai contacté l’Elysée, ainsi que de nombreux ministères afin d’obtenir une réaction officielle: sans succès pour le moment, même si la Défense nous invite déjà «à ne pas faire d'amalgames un peu rapides de ce qui est fait aux USA avec leur cadre légal et le cadre national français où toutes les pratiques de ce type sont fermement encadrées» - précisément, on ne manquera pas d’y revenir. 

Si la position de la France n’est pas connue, en Europe néanmoins, on s’agite un peu davantage. La députée Françoise Casteix, active sur ces questions, a ainsi demandé à la Commission européenne de «confirmer l'existence de telles pratiques.» 

Dès 2012, un rapport du Parlement européen s’alarmait de l’existence de ce fameux dispositif FISAA, passé inaperçu à l’ombre du très médiatique (et tout aussi symbolique) Patriot Act: 
Le paragraphe 1881 de FISAA a crée pour la première fois un droit à la surveillance massive spécifiquement ciblé sur les données de personnes non américaines situées hors des Etats-Unis, qui s’applique au cloud computing. [...] En conséquence, l’article 1881 de FISAA peut être considéré comme un risque pour la souveraineté de l’UE en matière de données formellement bien plus grave que d’autres lois jusqu’ici considérée par les législateurs européens

Si PRISM, l’outil permettant la mise en oeuvre de cette atteinte «à la souveraineté» européenne était jusqu’ici inconnu aux autorités du vieux Continent, ces dernières étaient donc en revanche bien conscientes de l’éventualité d’une surveillance massive sur leurs territoires. 

Il est évidemment difficile de savoir avec certitude si des Français, ou des voisins européens, se sont faits attraper dans les e-filets de la NSA. En revanche, mes interlocuteurs s’accordent à dire que l’action des services secrets américains est contraire au droit prévalant dans ces Etats. La Convention européenne des Droits de l'Homme (CEDH), en particulier, garantit la protection de la vie privée des ressortissants de ses 47 membres, Union européenne comprise. «Dans la mesure où il y a ici plusieurs fondements aux atteintes à la vie privée, on peut imaginer des recours», estime Estelle de Marco, juriste spécialiste de ces questions. Contre les acteurs du Net, d’abord, également tenus de se conformer au droit européen en matière de vie privée, mais, plus surprenant, contre les États eux-mêmes : 
«L'Etat français, comme les autres signataires de la CEDH, pourrait être attaqué pour ne pas avoir protégé la vie privée de ses citoyens. Cette protection est une obligation positive : l’Etat ne doit pas simplement s’abstenir d’y porter atteinte, il doit aussi faire en sorte qu’il n’y ait pas de limitations arbitraites. Ce scénario ne s’est jamais vu à ce jour mais ce n’est pas inenvisageable.» 

2. Echelon, papi fait de la surveillance
«Mais... vous avez oublié Echelon ?» Echelon, c'est un peu le grand papa de PRISM. Et surtout le grand oublié de cette affaire. Car la NSA est loin d'être à son premier coup d'essai en matière de surveillance massive des communications - en même temps, elle a été créée pour ça. 

Tout comme PRISM aujourd'hui, Echelon est un système de surveillance planétaire, qui surveille appels, fax, mails, bref, l'ensemble des communications internationales (et donc y compris Internet). Mais depuis les années 1980. Et en collaboration avec la Grande-​​Bretagne, le Canada, l’Australie et la Nouvelle-​​Zélande... 

Entre ça, Prism, et les outils que nous ignorons certainement encore, on comprend mieux pourquoi la NSA avait besoin de son titanesque centre de stockage, classé secret-défense et sur le point d'être finalisé. Deux milliards de dollars pour 100.000 mètres carrés et une capacité de stockage jamais égalée de 5 zettaoctets, soit 5.000.000.000.000.000.000.000 octets, ou, comme le précise Le Monde, 250 milliards de DVD. A la NSA, on voit les choses en grand. Et qui sait ? Vos informations auront peut-être l'honneur de se retrouver dans ses super locaux. 

3. La Pnij, interceptions à la française 
Géolocalisation, écoute, facture détaillée et j'en passe : la France est solidement dotée en matière d'interceptions des communications. Un système qu'elle tente d'ailleurs de moderniser et d'améliorer en le centralisant au sein de la Pnij. C'est le petit nom de la Plateforme nationale des interceptions judiciaires, les futures grandes oreilles de l'Etat

Lancé avec la bénédiction de Nicolas Sarkozy, ce grand chantier vise à centraliser en un lieu unique toutes les interceptions judiciaires. En clair, dès qu'un officier de police judiciaire, un gendarme ou un douanier obtiendra l'autorisation d'un juge, dans le cadre d'une enquête, d'intercepter des communications téléphoniques ou électroniques, tout ses faits et gestes se feront en ces lieux. C'est au sein de cette plate-forme que l'agent demandera par exemple les informations qui l'intéressent à l'opérateur de la personne surveillée (Orange, Free, SFR...). Mieux qu'un bouquet satelllite : il piochera dans un catalogue de prestations offertes par l'opérateur, et ce dernier renverra ces informations dans cette plate-forme, qui pourront alors être écoutées, disséquées et commentées

Un peu à la manière de PRISM, signe de la volonté de la NSA d'automatiser sa relation avec les acteurs du Net pourvoyeurs de données personnelles, la Pnij a été justifiée par une recherche d'économie de coûts et de moyens. Mais à l'image des Google, Microsoft, Facebook et Apple dans l'affaire américaine, Orange, Free, SFR et Bouygues (contrairement au cas de figure américain, les opérateurs de télécommunications, qui fournissent abonnements téléphoniques et à Internet, sont les seuls acteurs sollicités dans le cadre de la Pnij) se défendent bien d'avoir mis en place un accès direct entre leurs serveurs et les surveillants. «Ce sont des équipements qui parlent entre eux, nous indique-t-on du côté des intéressés, il y a toujours une passerelle d'intermédiation.» 

C'est l'épineuse question des «backdoors», ou «portes dérobées», qui donneraient aux autorités un accès direct et non contrôlé aux serveurs des différents acteurs sur lesquels nous nous appuyons pour accéder à Internet. Et qui donne aujourd'hui tant de fil à retordre aux géants du Net américains, qui se défendent en plein scandale PRISM de fournir un tel blanc-seing aux espions américains. 

«Attention à ne pas faire d'amalgame» comme s'est empressé de m'avertir le ministère de la Défense, la Pnij ne peut être comparé en tout point à l'outil de surveillance massive américain. De l'avis de tout nos interlocuteurs, c'est un système bien plus encadré, qui nécessite notamment l'accord d'un magistrat du siège dès qu'il s'agit de fouiller le contenu de nos communications. Ceci dit, il traîne tout de même son lot d'inquiétudes. 

En particulier, le fait de concentrer entre les mains d'un unique prestataire, qui plus est privé (puisque c'est Thalès qui a été désigné pour s'occuper du bébé) des informations sensibles concernant potentiellement tous les Français pose de graves problèmes de sécurité. 

4. Ecoutes administratives: la surveillance très très secrète
C'est la version gros bras du point précédent. Même principe, la puissance publique souhaite mettre son nez dans les communication d'un individu, sauf que le juge n'a aucun droit de regard. Ce qui en fait une procédure exceptionnelle, évidemment auréolée d'un secret plus grand encore que celui entourant les écoutes «classiques» décrites plus haut. 

La décision de mener ce genre de surveillance fait suite à «une proposition écrite et motivée des ministres en charge de la défense, de l'intérieur ou des douanes», peut-on lire sur le site du ministère de l'Intérieur. Elle appartient au Premier ministre et est limitée par un certains nombres de motifs, tels que «la sécurité nationale», «la sauvegarde des éléments essentiels du potentiel scientifique et économique de la France» ou bien encore la «prévention du terrorisme». Une commission spéciale, la Commission nationale de contrôle des interceptions de sécurité, donne son avis a posteriori

«Des garanties sont mises en oeuvre, estime la juriste Estelle De Marco, mais elles sont opaques». En particulier, la liste des motifs invoqués, certes limitative, met en avant des concepts qui restent suffisamment généraux pour être flous. 

5. DPI comme chez Kadhafi ? 
DPI, pour «Deep Packet Inspection». Ou, plus clairement, pour une technologie qui permet de sonder en profondeur et en détail le trafic Internet, jusque dans les mails et le type de pages consultées. Art dans lequel la France est experte

Ce savoir-faire est devenu célèbre lorsque le monde a appris que deux entreprises bien de chez nous avaient vendu cette technologie de surveillance à deux dictatures : la Libye et la Syrie. Amesys pour feu Kadhafi, Qosmos pour Bachar Al-Assad. Grâce à ces outils, dits «à double-usage» (pile pour le civil, face pour une utilisation militaire), les deux tyrans ont pu contrôler toutes les communications qui entrent et sortent du pays. Pratique, lorsqu'on souhaite surveiller toute une population. Et lucratif: à en croire des documents révélés par WikiLeaks, le marché de la surveillance sur Internet est en effet en plein boom. 

Forcément, avec de tels faits d'armes, beaucoup redoutent donc que cette technologie soit utilisée en France aux mêmes fins, sans garde-fous. Certains opposent que le DPI est depuis longtemps utilisé à des fins de gestion de trafic d'Internet, plus pour faire de la maintenance que de la surveillance.  

Mais selon feu Owni, la société Amesys aurait vendu «au moins sept systèmes d'espionnage des télécoms aux militaires, services de renseignement et policiers français». Le Canard Enchaîné ou Le Figaro vont plus loin, évoquant en France des pratiques similaires à celles instaurées en Libye. 

Lors de l'enquête menée avec Pierre Alonso sur la Pnij, que j'évoquais au point 1 de cet article, et qui nous a valu quelques démêlés avec le contre-espionnage français, le fantôme du DPI rôdait aussi. Pour certains médias, la plateforme d'écoutes s'appuierait en effet sur cette technologie, ce dont s'est défendu le service du ministère de la Justice en charge de ce chantier. Sans que ses explications soient très convaincantes, puisque comme il l'avoue lui-même: «des technologies d’interceptions, il n’y en a pas des cents et des milles.» Reste à savoir comment on les utilise et on les encadre. 

6. Chère conservation des données
En France, les acteurs du Net, qu'ils soient fournisseurs d'accès (Orange, Free et compagnie) ou hébergeurs (comme Google) ont l'obligation de conserver les données liées aux communications en ligne de leurs utilisateurs. Dans le but assumé, indique la loi dite sur la confiance en l'économie numérique (LCEN), de «permettre l'identification de toute personne physique ou morale ayant contribué à la création d'un contenu mis en ligne.» 

Adresse IP, date et heure du début et de fin de la connexion, mais aussi informations laissées lors de la création de compte sur les sites Internet (de l'adresse au numéro de téléphone) peuvent ainsi être demandées par un officier de police judiciaire, dans le cadre d'une enquête. Mais attention, prévient Estelle De Marco: «cette conservation ne doit pas porter sur les données liées au contenu de la communication.» 

Une différence de taille : si les enquêteurs veulent connaître le détails des activités en ligne de la personne surveillée, il faudra alors passer par la case juge. A savoir la procédure détaillée au point 1. de cet article. 

Une subtilité essentielle pour garantir la préservation de la vie privée des citoyens, mais qui n'empêche pas certains officiers de police judiciaire de tenter leur chance auprès de certains acteurs du Net. «Certains semblent avoir tendance à demander aux FAI et aux fournisseurs de service des informations qu’ils ne sont pas censés obtenir dans ce cadre là», raconte Estelle de Marco. Information qui nous a été confirmée par nombre de ces acteurs. Et qui se révèle particulièrement efficace «du côté des plus petits acteurs, ajoute Cédric Manara, autre juriste spécialiste de ces questions, qui, lorsqu'ils sont sous le coup d'une lettre recommandée des autorités, forcément répondent.» Voir débouler une demande d'accès aux informations siglée d'une jolie Marianne et enveloppée d'une lettre recommandée, ou recevoir un coup de fil de policiers, fait à coup sûr son petit effet. 

Seules les grosses boîtes, disposant de services juridiques musclés, ont la capacité de dire non à ces demandes excessives.


C'est par exemple le cas de Google, qui a retourné cette obligation légale en arme marketing: dans son «Transparency report», la firme américaine fait ainsi publiquement étalage du nombre de demandes de renseignements qu'elle reçoit, pays par pays. En France, elle indique par exemple n'avoir accédé qu'à la moitié de ces requêtes sur la période 2010-2012. 

7. L’Hadopi, surveiller la propriété 
Bientôt enterrée, mais loin d’être oubliée, l’Hadopi aura marqué une nouvelle ère en matière de surveillance du Net français. Et a priori, c’est loin d’être fini ! Avatar symbolique de la banalisation du palpage de réseaux, le bras armé de la Haute autorité permet de coincer les individus dont la connexion à Internet aurait servi à se procurer illégalement des oeuvres protégées par le droit d’auteur. Un dispositif qui permet de scruter les réseaux peer-to-peer à la recherche de ceux qui téléchargeraient des œuvres puisées dans un catalogue périodiquement renouvelé mais limité (10.000 chansons et une centaine de films seulement). 

«On est passé d'une surveillance au motif de lutte contre le terrorisme à une surveillance pour la propriété intellectuelle!», s'offusque Cédric Manara. 

Une sorte de radar automatique placé sur Internet au nom de la propriété intellectuelle et mis à la disposition des industries culturelles. L’analogie devrait prochainement s’avérer d’autant plus exacte que le gouvernement souhaite remplacer la suspension de l’accès à Internet, menace ultime de la riposte graduée, mais également inapplicable, par une amende qui serait elle, nettement plus effective. 

8. Peur sur les routeurs 
C'est un murmure récurrent sur les réseaux : les routeurs, ces équipements incontournables situés au coeur du Net, seraient les mouchards rêvés des services secrets. Témoins du passage de tout le trafic Internet, ces machines permettraient à leurs pays d'origine de garder un œil attentif sur ce qui circule dans les tuyaux. 

Un doute «qui a toujours existé», nous confirme-t-on du côté des opérateurs, et qui s'est surtout porté, ces derniers mois, sur les constructeurs chinois de tels équipements : Huawei, ou encore ZTE, étant priés de ne pas mettre leur nez dans l'infrastructure des réseaux américains et européens. En France, un récent rapport sur la cyberdéfense préconise carrément de ne pas faire appel aux services de ces entreprises, jugées trop proches du régime chinois et présentant donc «un risque pour la sécurité nationale». Même rengaine aux Etats-Unis, où l'on redoute comme la peste la présence (là encore!) de «backdoors» dans ces boîtiers. Pourtant, les Etats-Unis, qui fournissent depuis longtemps ce genre d'équipements (par exemple via Cisco), ne sont pas à l'abri de ces mêmes critiques. Et d'autant plus aujourd'hui, avec le scandale PRISM ! 

Un dispositif qui se révélerait bien pratique, mais difficile à prouver. Comme à réaliser. «Les routeurs ont des processeurs de très faible capacité, commente l'ingénieur réseaux Stéphane Bortzmeyer. Cela signifie que si on veut traiter les données qui passent par là, il faut les transporter vers Washington ou Pékin. Or balancer 100 Gigabits par seconde d'informations, c'est compliqué en termes techniques. Et ça se voit.» Un manque de discrétion confirmé par certains opérateurs, parfois témoins de ce genre de pratiques. 

«Chaque ressource, tuyau ou machine, permettant d'aller sur Internet peut être l'objet de surveillance publique ou privée», rebondit Cédric Manara. «Nos communications laissent forcément des traces, le problème est qui y a accès et jusqu'à quel point.» 

... Surveillance : vers l'infini et au-delà
Et justement, sur ce point, l'histoire est loin d'être terminée. Car les données, publiques ou privées, aiguisent tous les appétits. Police, entreprises, scientifiques et même services fiscaux: ils ne pensent qu'à ça! Ruée vers l'or des temps modernes, espoir d'une nouvelle économie, voire d'un modèle de société inédit, l'intérêt croissant pour les données multiplie aussi les outils qui permettent de mieux les extraire et de les analyser. Ainsi que les motifs et les personnes qui y ont accès.

Cédric Manara raconte ainsi que dans le cadre de contentieux commerciaux, il arrive de plus en plus souvent qu'une des parties demande au juge d'accéder à l'historique Internet de la partie adverse. «Une personne peut donc, sous réserve d'acceptation du juge, accéder aux données personnelles d'autres personnes dans le cadre d'une affaire privée», conclut-il. 

Estelle De Marco quant à elle, explique son engagement au sein du projet européen ePoolice. Une recherche qui vise à développer un outil de détection précoce du crime organisé qui, s'il n'est «pas vraiment une collecte de données», peut «aussi permettre de surveiller les citoyens». La juriste a pour tâche, aux côtés d'autres spécialistes, «d’éviter ces risques.» Sans forcément puiser dans les données personnelles, ce genre de programmes permet aussi d'assembler des informations publiques, des informations annexes, qui, une fois agrégrées, permettent de donner un profil très détaillé des individus. «La valeur des métadonnées est très importante, souligne Stéphane Bortzmeyer, ce qu'on a tendance à sous-estimer.» 

«Ce type de projets est à la mode», ajoute la juriste. A tel point qu'ils en sont devenus presque banals. «En 1998, la conservation des données et la surveillance faisaient peur, se souvient la juriste. Depuis quinze ans, tous les acteurs qui s’alarmaient très facilement considèrent désormais comme acquises certaines surveillances alors perçues comme inacceptables.»

Preuve en est la réaction blasée parfois suscitée par les révélations sur PRISM. Par confort, habitude et peut-être lassitude, nombre d'entre nous ne s'offusquent pas (ou plus) de l'existence de tels outils, qui permettent de tripoter les données qui nous concernent comme de la pâte à modeler, sans assurer les garde-fous essentiels à la protection de notre vie privée. Finalement, «le vrai problème de Prism, c'est sa base légale, conclut Cédric Manara. Qu'un outil aussi puissant soit autorisé et utilisé par un Etat. Prism a juste prouvé qu'en matière de surveillance, nous avons pris des réflexes funestes.»

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dimanche 15 janvier 2017

reportage L'extrême gauche en France Le poids de l'héritage

Alexandre Devecchio : « La génération catho et réac est le miroir inversé de la gauche culturelle de mai 68 »


Revue des Deux Mondes – Génération Dieudonné, identitaires ou réacs : ces trois nouvelles familles recomposent d’après vous la jeunesse française. N’est-ce pas plutôt ses extrêmes ? 
Alexandre Devecchio – La « bulle médiatico-politique » s’intéresse principalement à ce qu’on pourrait appeler la génération Erasmus ou la génération Macron : une jeunesse mondialisée et connectée qui incarne à ses yeux l’« ouverture » et « le progrès ». Mais cette jeunesse privilégiée est aujourd’hui largement minoritaire et absolument pas représentative. Les autres jeunesses, sur lesquelles j’ai enquêté, ne se reconnaissent plus dans notre meilleur des mondes globalisés. Pour autant, il serait trop simpliste de les rejeter unanimement dans le camp des extrêmes. Si j’ai sous-titré mon livre, « enquête sur une génération FRACTURÉE », c’est bien pour souligner les différences qui divisent et opposent ces jeunesses. Les nouveaux enfants du siècle se partagent en trois groupes dont les visions du monde sont parfois antagoniques. 

1) La « génération Dieudonné », pour commencer. Elle est le produit de l’échec de l’antiracisme des années 1980 dont l’humoriste a longtemps été l’un des promoteurs avant d’en devenir la créature de Frankenstein. Ghettoïsés, frustrés de ne pas avoir accès à la société de consommation, nourris de ressentiment victimaire, les jeunes de banlieue n’ont pas su trouver leur place dans le roman national. Déracinés, déboussolés, désintégrés, ils ont fait sécession et se cherchent une identité de substitution dans l’islam radical. Pour une partie d’entre eux, Mohammed Merah, Mehdi Nemmouche ou Amedy Coulibaly ne sont pas des terroristes ou des assassins, mais des combattants, voire des héros. Certains se contentent de brandir #JesuisKouachi comme un étendard, mais les plus fanatiques partent grossir les rangs de Daech. 

2) La « génération Zemmour », ensuite, née du sentiment de l’urgence à préserver l’identité nationale face au rouleau compresseur de l’Europe, du marché et de la mondialisation. Elle est composée majoritairement de « petits Blancs » de la France périphérique. En première ligne de l’insécurité physique, économique et culturelle, ces derniers se sont construits en réaction à la montée du communautarisme et de l’islamisme. Ils quittent les métropoles pour des raisons économiques, mais fuient également de plus en plus la proche banlieue où ils se font traiter de « sales Français » et se sentent en exil dans leur propre pays. 

3) La « génération Michéa », enfin, qui a éclos avec La Manif pour tous. Comme l’auteur de l’Impasse Adam Smith, ces jeunes, souvent catholiques, fustigent à la fois les dérives sociétales de la gauche libertaire et la soumission au marché de la droite libérale. Par-delà la question du mariage gay, ils veulent imposer une révolution culturelle qui, alliant la doctrine sociale de l’Église à la théorie politique conservatrice, serait à même de renverser l’idéologie dominante conçue comme une entreprise de déshumanisation. Traditionnistes sur le plan des valeurs, ils dressent une critique sans concession de la globalisation économique dont l’écologie intégrale est la pierre angulaire. 

Quand les catholiques charismatiques lisent dans l’Évangile qu’il faut tendre l’autre joue, les musulmans fondamentalistes retiennent du Coran les versets qui justifient le recours au cimeterre. Quand les Veilleurs manifestent silencieusement devant l’Assemblée nationale pour défendre la vie, les Takfiristes s’abîment dans la pulsion de mort et se livrent au carnage des terrasses. Aucun signe d’égalité n’est de mise ici, n’en déplaise aux classes dirigeantes qui en avancent volontiers l’hypothèse pour mieux se maintenir au pouvoir. 

Il est bien commode pour ces dernières de réduire ces trois jeunesses au retour de la « bête immonde » désormais tricéphale et de supposer un front commun des nouvelles radicalités afin de mieux en appeler à la formation d’un néo-front antifasciste. Mais nous ne sommes pas dans les années 30 et la réalité du monde contemporain est inédite. On ne peut pas mettre sur le même plan le « petit Blanc » qui glisse un bulletin lepéniste dans l’urne, la jeune normalienne qui lit Bernanos à haute voix sur une place publique et le djihadiste encore mineur qui coupe des têtes. Seuls les jeunes islamisés des banlieues peuvent être classés dans la catégorie des extrêmes. Les autres jeunesses sont non-violentes. Les enfants du siècle, pour la plupart, n’aspirent pas à détruire notre société, mais au contraire à la refonder, où plus modestement à conserver un héritage social et culturel auquel ils sont attachés. 

Revue des Deux Mondes – Malgré leurs différences, qu’est-ce qui rapproche ces enfants du siècle ? La religion ? 
Alexandre Devecchio – Tous ont en commun d’avoir une vingtaine d’années et d’être nés à la fin du XXe siècle. Le mur de Berlin venait de chuter, les totalitarismes promettaient d’être cantonnés au devoir de mémoire et le traité de Maastricht allait être signé. Francis Fukuyama pronostiquait la fin de l’histoire et la mondialisation heureuse devait inaugurer une ère infinie de paix et de prospérité. La nouvelle génération était appelée à se constituer en avant-garde d’une humanité à jamais plurielle, métissée et festive, en pionnière du culte planétaire du vivre-ensemble, de la consommation et des technologies de masse. 

Mais le scénario ne s’est pas déroulé comme prévu : le progrès social a cédé la place à la crise économique ; la promesse multiculturaliste a débouché sur le choc des civilisations ; l’Europe des normes et du marché a creusé le vide laissé par l’effacement des nations et des idéologies. À l’empire du bien a succédé l’empire du rien. C’est ce désert politique et spirituel qui rapproche les nouveaux enfants du siècle. L’ouverture des supermarchés le dimanche et la distribution de smartphones à bas prix ne suffisent pas à remplir les âmes. La jeunesse d’aujourd’hui, comme la jeunesse d’hier, telle que dépeinte par Alfred de Musset, souffre d’une forme de mal de siècle. Elle est liée par une même quête d’identité, non pas seulement ethnique ou communautaire, mais aussi métaphysique et existentielle. Cette génération fracturée est unie par un même besoin d’appartenance qui dénote un même souci de sens. Djihadistes, identitaires ou réacs, musulmans, agnostiques ou catholiques, illettrés ou éduqués, mal ou bien lotis matériellement, tous ces enfants du siècle sont hantés par une même question : « Qui sommes-nous ? » 

Revue des Deux Mondes – Ces trois familles ont toutes un ennemi commun : le bobo. Pourquoi tant de haine ? 
Alexandre Devecchio – Je vous renvoie à un débat intitulé « petits Blancs contre bobos, la nouvelle lutte des classes ? », publié dans FigaroVox en 2014. Nous avions confronté la vision de Thomas Legrand, qui venait de publier La République bobo (Stock) à celle d’Aymeric Patricot, auteur de Les petit Blancs, un voyage dans la France d’en bas (Plein Jour). Ce dernier expliquait avec justesse les causes du ressentiment des classes populaires envers les bobos. « Les petits Blancs expriment parfois de la rancœur à l’égard des minorités ethniques, par lesquelles ils se sentent menacés. Cependant, leur principale source de ressentiment reste dirigée contre les bobos qu’ils accusent d’exprimer du mépris de classe à leur égard. À tort ou à raison, les petits Blancs ont le sentiment qu’ils sont regardés comme des « beaufs » par les bobos, décryptait l’essayiste qui a nourri son œuvre de son expérience de professeur en banlieue. Il y a aussi une fracture d’ordre raciale : le petit Blanc est celui qui n’a pas les moyens de quitter les quartiers très métissés et qui souffre du métissage alors que le bobo peut vivre dans des quartiers populaires, mais a des stratégies d’évitement face aux situations les plus critiques. » Et Aymeric Patricot de préciser, « Les bobos aiment la diversité sans reconnaître que celle-ci pose parfois problème ! Les petits Blancs reprochent aux bobos de leur faire la morale et de ne pas s’appliquer les principes qu’ils prônent. ». 

Les minorités ethniques ou religieuses, elles-mêmes, se détournent aujourd’hui des bobos. Cela s’est traduit notamment par l’effondrement du PS dans les banlieues. Comme on a pu le voir après le débat autour du mariage homosexuel, l’électorat de banlieue est majoritairement conservateur et ne partage absolument par les valeurs des classes urbaines des grandes métropoles favorables aux réformes sociétales. Au-delà de la question du mariage gay, il y a aussi une lassitude des jeunes de banlieues à l’égard du discours des bobos perçu comme paternaliste et condescendant à leur égard. Beaucoup d’entre eux se sentent humiliés par ce discours et veulent s’affranchir de leur statut d’éternelle victime. Leur quête de fierté et de dignité passe hélas souvent par un enfermement dans une identité fantasmée. L’islam radical leur offre à la fois un moyen d’exister et de se venger. 

Revue des Deux Mondes – « Baby-losers » contre « papy-boomers ». Ce désenchantement et parfois ressentiment de la jeunesse est-il d’abord la résultante de la crise économique et de l’exclusion des jeunes du marché du travail ? 
Alexandre Devecchio – Je ne nie pas l’impact de la crise sur la jeunesse. Cependant les causes de la révolte sont multiples et mêlées. La « fracture sociale », théorisée par Marcel Gauchet dès 1985 et thème principal de la campagne victorieuse de Jacques Chirac en 1995, a continué de se creuser. Elle s’est surtout complexifiée. Le traditionnel affrontement entre capitalisme et prolétariat ou entre élite et plèbe a laissé place au conflit inédit entre les « planétaires et sédentaires » ou les « monades et manants ». Il n’y a plus un peuple, mais des peuples. Aux enjeux sociaux se mêlent désormais des enjeux culturels et cultuels. Les jeunes, plus encore que le reste de la population, sont marqués par ces nouvelles fêlures et brisures.

La première fracture, la plus spécifique à la jeunesse, est la fracture générationnelle. Comme le révèle l’enquête « Génération quoi ? » sur les 18-34 ans publiée par Le Monde en 2014, les jeunes ont le sentiment d’appartenir à une génération « perdue », « sacrifiée » ou encore « désabusée ». Avec 24% de chômeurs, des difficultés à se loger, et des années à piétiner au seuil du marché du travail en multipliant stages et CDD, la jeunesse constitue un nouveau prolétariat. Un prolétariat de surcroît condamné à rembourser ad vitam æternam la dette accumulée par une génération 68 qui aura « joui sans entrave » à crédit sur les générations futures. La lutte des âges conduit à une lutte de pouvoir entre les papy-winners et les baby-losers. Les premiers ne veulent pas céder la place tandis que les seconds tentent de briser le plafond de verre. Le risque est que les papy-winners gèrent le pays en fonction de leurs seuls intérêts, ceux de retraités, aux dépens des actifs et des plus jeunes. Une classe d’âge entière pourrait être ainsi dépossédée de son destin. Ce serait un suicide pour la France qui tirerait un trait sur son avenir pour devenir un pays de rentiers. 

À cette lutte des âges s’ajoute une nouvelle lutte des classes qui divise les jeunes entre eux. D’un côté une jeunesse dorée qui, selon le politologue Vincent Tournier, « a accès à toutes les promesses de la modernité, qui baigne dans un univers cosmopolite et intellectualisé, où la culture se vit au quotidien, qui a le monde pour horizon »… De l’autre, des bataillons de jeunes invisibles souvent relégués dans les territoires ruraux et périurbains ou encore dans des quartiers ghettos où les immigrés sont concentrés. Les tensions ethniques et religieuses viennent alors encore creuser les lignes de fractures entre « petits Blancs » et « jeunes musulmans ». 

Revue des Deux Mondes – Pourquoi avoir choisi le philosophe Michéa comme chef de file de la génération identitaire ? 
Alexandre Devecchio – La jeunesse que je nomme « génération Michéa » regroupe les jeunes catholiques conservateurs de la Manif pour tous les plus investis dans le combat culturel. J’évoque notamment les Veilleurs, qui méditent sur les places à la tombée du jour, les jeunes intellectuels de la revue Limite ou le philosophe François-Xavier Bellamy. Je ne suis pas sûr qu’on puisse les classer dans la catégorie des identitaires. Ils ne s’y reconnaîtraient pas à juste titre. Il y a une part de provocation dans le choix de Jean-Claude Michéa, philosophe inclassable qui puise une partie de son inspiration chez George Orwell, pour les représenter. Je voulais souligner par ce choix leur originalité, leur capacité à brouiller les pistes idéologiques ainsi que leur côté « anarcho-conservateurs ». 

Volontiers transgressifs, ils empruntent leurs références à la bibliothèque du christianisme comme à la librairie de la Révolution et citent avec le même intérêt Saint Augustin et Antonio Gramsci, Bernanos et Guilluy. Certains d’entre-deux, adeptes de la décroissance, vont jusqu’à cultiver le mode de vie baba. Gaultier Bès, figure de proue des Veilleurs, a même été à l’initiative de tentatives de rapprochement entre ces derniers et les zadistes de Notre-Dame-des-Landes. Par ailleurs, l’influence idéologique de Michéa sur eux est bien réelle. Comme le philosophe montpelliérain, ils considèrent que libéralisme économique et libertarisme sociétal sont les deux faces d’une même pièce. 

Revue des Deux Mondes – La génération catho et réac est-elle l’équivalent à droite de la gauche culturelle née de mai 1968 ? Quelles sont ses valeurs ? 
Alexandre Devecchio – On peut même considérer qu’il s’agit de son miroir inversé. Défaite politique et victoire culturelle, le printemps de 1968 a consacré pour près d’un demi-siècle l’hégémonie idéologique de la gauche de consommation. Il en sera peut-être de même pour la Manif pour tous et la « droite de réaction ». Le combat a été perdu sur le plan légal, mais a cependant fait bouger les lignes et, dans la suite de ce mouvement social, les signes d’un changement d’époque se sont multipliés. L’effondrement politique du Parti socialiste en est un. Les phénomènes d’édition qu’ont marqués les livres d’Éric Zemmour, Philippe de Villiers ou Patrick Buisson en constituent un autre. Une floraison de mouvements, associations et revues est également née dans le sillage de la Manif pour tous. De jeunes essayistes et journalistes ont émergé du mouvement et participent à la recomposition idéologique en cours. Sur le terrain politique, Sens commun tente d’influer sur la droite et semble y parvenir avec brio. Sans le soutien de ce petit mouvement, la très large victoire de François Fillion aurait peut-être été impossible.

L’autre figure politique marquante de cette révolution conservatrice est Marion Maréchal-Le Pen à laquelle je consacre un chapitre dans Les Nouveaux Enfants du siècle. Son ascension dépasse ses qualités personnelles et politiques. Elle est aussi générationnelle. Marion Maréchal-Le Pen est « la Daniel Cohn-Bendit » de son époque, au sens du mai 68 conservateur décrit par Gaël Brustier. Il y a quatre décennies, Cohn-Bendit était la figure de proue de la révolution libérale-libertaire qui allait subvertir l’ordre gaulliste. Quarante ans plus tard, Marion Maréchal-Le Pen incarne la contre-révolution qui vient contester l’hégémonie progressiste. La benjamine du FN est de bout en bout une enfant du siècle : à la fois bambine de la bohème et apôtre de la famille, demoiselle moderne et égérie réactionnaire, héritière d’une lignée politique et incarnation d’un renouveau idéologique. 

Revue des Deux Mondes – En quoi les réseaux sociaux et les nouvelles technologies ont-elles influencé voire structuré ces enfants du siècle ? 
Alexandre Devecchio – Paradoxalement, cette génération est à la fois antimoderne et postmoderne. Les jeunes catholiques conservateurs partagent avec les jeunes islamistes ou djihadistes et avec les jeunes frontistes ou identitaires d’être des contempteurs impitoyables de la technique et des enfants gâtés de la révolution numérique. Ils dominent les réseaux sociaux, multiplient les blogs et les sites, même si là-encore, point de relativisme, tout ne se vaut pas. Leur aisance s’explique par le fait qu’ils sont nés avec ces nouvelles technologies. Par ailleurs, il leur a fallu exister hors des médias traditionnels globalement hostiles à leur discours. Durant la Manif pour tous, les jeunes militants étaient massivement présents sur Twitter pour contrecarrer la doxa officielle. Ils ont su depuis intégrer les codes de la société cathodique au point d’en avoir fait, pour certains, leur agora. 

De manière plus inquiétante, les djihadistes sont dévorés par ces nouvelles technologies qui nourrissent leur fantasme de toute-puissance. Les prédicateurs des caves et des cages d’escalier ont été remplacés par l’imam Facebook et le Cheik Google, la génération Scarface a cédé la place à la génération GTA, et le terroriste artisanal au djihadiste 2.0. Dans le Far West virtuel qui leur sert d’univers, les sentinelles de Daech voient leur engagement comme un jeu vidéo passé en 3D où ils pourront enfin abattre à balles réelles leurs victimes comme on dessoude des avatars numériques dans Call of duty. Ces nouveaux enfants du siècle sont les créatures hybrides d’une idéologie barbare et d’une postmodernité horizontale. 

Revue des Deux Mondes – Pour qui vont voter ces trois tribus en 2017 ? 
Alexandre DevecchioEn 1989, le groupe de rock Bérurier noir chantait « la jeunesse emmerde le FN ». Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Elle vote au contraire significativement pour lui. Lors des européennes de 2014, le FN devient officiellement le premier parti de France chez les moins de 35 ans : 30 % d’entre eux ont voté pour les candidats du Rassemblement Bleu Marine. La tendance s’amplifie aux départementales et aux régionales de 2015. Les sondages en vue de la présidentielle de 2017 la confirment. Les jeunes qui votent FN appartiennent majoritairement à la génération Zemmour. Loin du cliché véhiculé par les médias de jeunes prolétaires peu éduqués et manipulables, ces « petits Blancs » sont divers. Ils sont pour la plupart issus d’un milieu modeste, mais beaucoup ont fait des études. Certains d’entre eux se sont même fait une place à Sciences Po comme je le raconte dans un chapitre du livre. 

Le blogueur Hordalf Xyr, qui a voté Marine Le Pen en 2012 alors que dix ans plus tôt il manifestait contre son père, est emblématique de cette génération. « Fruit d’un Breton et d’une Italienne », le jeune homme à l’étrange surnom a grandi dans une commune de banlieue. Avant de poursuivre avec succès des études d’histoire, il est allé au collège et au lycée dans une ZEP (Zone d’éducation prioritaire) où il a eu pour « potes » Abdelkader et Saïd. Dans un texte partagé des dizaines de milliers de fois sur internet, Hordalf Xyr explique son tournant idéologique. Il faut le lire pour prendre la mesure de ces raisons. « Moi, je ne suis pas dans le “champ républicain” ? Je vous emmerde, la gauche. Je vous ai appartenu corps et âme assez longtemps pour avoir le droit de le dire, haut et fort. Je n’ai aucune leçon à recevoir de vous. Je ne suis pas le fils d’Hitler mais celui des jeunesses antiracistes. Je suis le fils de votre matrice […]. Je suis le zapping, Karl Zéro et les Guignols de l’Info, Jack Lang et Mitterrand. Vous m’avez fait, puis abandonné, je suis votre propre créature qui vous a échappé. Je ne suis que la dernière conséquence de votre racisme contre tout ce qui ressemble, de près ou de loin, à un Européen. Je suis une erreur dans votre système, je suis votre électeur FN », écrit-il. 

Une partie des jeunes catholiques conservateurs se tournent également vers le Front national. Marion Maréchal-Le Pen pourrait être leur candidate naturelle. Elle a participé à chacun des défilés contre la loi Taubira. Elle a également été conviée à une réunion des Veilleurs à Versailles. Marine Le Pen, en revanche, ne fait pas l’unanimité auprès de cette génération LMPT. Son positionnement sur les questions de mœurs est jugé trop « libertaire ». Le discours de classe de Florian Philippot heurte également cette jeunesse, souvent socialement favorisée. Une partie d’entre elle pourrait donc se tourner vers François Fillon. Davantage pour son positionnement conservateur en matière sociétale que pour son programme ordo-libéral de réduction des déficits inspiré par Bruxelles et Berlin. 

Les jeunes islamisés, quant à eux, ne votent pas. Ils forment une contre-société qui a fait sécession avec le reste de la France. Le Coran est leur constitution, la Charia leur programme. Fait notable, la jeunesse, autrefois structurellement de gauche, est désormais majoritairement opposée à l’idéologie libérale-libertaire née de mai 68. 

Revue des Deux Mondes – Quel enfant du siècle êtes-vous ? 
Alexandre Devecchio – Sur le plan sociologique, je me reconnais dans la « génération Zemmour ». Petit-fils d’immigrés qui ont fait un effort pour s’assimiler à la société française, fils de petits commerçants qui ont plutôt souffert de la mondialisation, j’ai grandi à Épinay-sur-Seine et fait mes études à Saint-Denis dans le fameux 9.3. Je suis ce qu’on appelle « un petit Blanc », un de ceux dont les parents ont été mis en accusation comme « beauf », « racistes » ou « islamophobes ». 
Je me suis peut-être construit en réaction à ce discours. Si je n’ai pas participé aux défilés contre la loi Taubira, je pense que le combat contre la marchandisation de la vie mené par les jeunes catholiques est une cause noble qui n’a rien à voir avec la caricature injuste qui nous a été présentée dans certains médias. Si le mouvement de la Manif pour tous a peu mobilisé les classes populaires de la France périphérique, c’est pourtant avec les « petits Blancs » que les « néo-cathos » ont le plus d’affinités. L’écart social entre ces deux jeunesses est important, mais elles ont en commun les mêmes valeurs. Elles sont notamment unies par un même patriotisme et un même souci de préserver leur identité. Du rapprochement, ou non, entre ces deux jeunesses dépendra pour une part la possible traduction politique de la recomposition idéologique en cours.

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Le but des corps partisans est d'avoir toujours une force assez imposante pour inquiéter l'ennemi

Le but des corps partisans est d'avoir toujours une force assez imposante pour inquiéter l'ennemi ; de pouvoir la porter partout où besoin sera pour le harceler sans cesse, le miner un peu, empêcher ses approvisionnements, détruire ses convois, les enlever, prendre ses dépêches, intercepter ses communications et surprendre tous les hommes isolés que l'on rencontre. Cette guerre bien faite, dirigée par un chef habile inspirera la terreur à l'ennemi ; il aura beau occuper les villes, comme il faut traverser des routes pour communiquer de l'une à l'autre, il sera assailli sur les routes ; il faudra qu'il soutienne un combat à chaque défilé ; il n'osera plus faire sortir une seule voiture sans escorte ; il  fatiguera ses troupes, ne pourra se recruter et sera détruit peu à peu sans avoir jamais éprouvé une grande perte à la fois.

LE MIERE DE CORVEY, Des partisans et corps irréguliers, 1823

Laïcité, intégration... comment les Turcs de France s'imposent à Strasbourg


«Nous, on ne siffle pas la Marseillaise», dit l'un. «Les banques nous prêtent en confiance parce qu'elles savent que nous, on bosse et on rembourse», dit un autre. «On ne rejette pas la République, bien au contraire, dit un troisième. C'est parce que nous aimons son message de liberté que nous voulons apportez notre différence». Le premier est fiscaliste, le second fait carrière dans la logistique, le troisième dirige une école privée. Intégrés, mais inassimilables, voire inassimilables parce qu'intégrés, ainsi vivent les Turcs de Strasbourg. Qu'ils soient immigrés depuis 40 ans à la faveur d'accords bilatéraux, ou venus plus récemment rejoindre la famille, nés en Anatolie ou purs Alsaciens de parents turcs, ils seraient au moins 35 000, soit 10% de l'agglomération. «Peut-être 50 000», selon les calculs du directeur du département d'études turques de l'université de Strasbourg qui, avec l'accent régional, analyse les itinéraires de ses compatriotes. Longtemps discrets, relégués loin de la Cathédrale dans les quartiers de la Meinau ou de Hautepierre où s'alignent les antennes locales de chacune des mouvances politiques turques, ils revendiquent désormais une place, toute leur place, suivant l'exemple de leur terrible président Recep Tayyip Erdogan. 

Lobbying inhabituel 
Depuis que l'homme malade de l'Europe a retrouvé la santé - croissance économique et insolence diplomatique -, la mairie de Strasbourg doit faire face à un lobbying inhabituel. « Ils ne cherchent pas à imposer leurs élus au conseil municipal et ne réclament ni subvention pour leurs associations ni emploi public, observe Andréa Didelot, jeune représentant du Front national. En revanche, ils veulent vivre à la turque». A l'étage des adjoints, le socialiste Nicolas Matt confirme : « Ils nous soumettent des projets et nous demandent simplement de les laisser faire». Deux minarets se dresseront ainsi au-dessus de la nouvelle mosquée, qui remplacera l'ancienne usine de ferraille où de pauvres tapis râpés accueillent les fidèles. Au terme d'un gentil bras de fer avec le service de l'urbanisme, les promoteurs de la mosquée Eyub Sultan ont admis que 39 mètres de hauteur suffirait à inscrire la fierté turque dans le paysage urbain. «Les minarets ne sont pas une obligation de l'islam, mais pas non plus une entorse au règlement d'urbanisme, commente Nicolas Matt. Cet édifice n'est donc pas une démonstration de force, mais pour Strasbourg une belle mosquée dans le style ottoman byzantin qui sera sœur des mosquées de Tokyo et Washington». Vu de la mairie, le tout nouveau Consulat général de Turquie ne serait pas davantage un défi, quoique le bloc de béton ne passe pas inaperçu dans le nouveau quartier du Parlement européen et de la Cour européenne des droits de l'Homme. 

Se défendant de toute naïveté, la gauche municipale défend sa vision du "vivre ensemble". «La France est en guerre contre l'Etat islamique, mais notre municipalité doit permettre aux musulmans pratiquants d'avoir des lieux de culte à la hauteur de la considération qu'ils attendent», revendique l'élu chargé des cultes, qui exhibe fièrement son "calendrier des religions", tiré à 15 000 exemplaires. «Pour les athées, précise-t-il, il y a le 14 juillet !» Epicentre d'une région Alsace-Moselle concordataire, Strasbourg a choisi d'établir une égalité de droits entre les cultes catholique, luthérien, réformé et israélite et les religions émergentes. Depuis 1999, tous les croyants peuvent revendiquer le financement de 10% d'un lieu de culte, sous réserve d'être déjà implantés dans la ville et de présenter un projet architectural agréé et un plan de financement sérieux. Partie prenante au "dialogue interreligieux", la mairie a lancé le festival musical des Sacrées Journées, et affiche sa vive empathie avec les cultes : «Une faculté de théologie sans chapelle, est-ce normal ?», demande l'adjoint, en référence à une autre mosquée, attenante au pole d'enseignement qui héberge un institut de formation des imams, ainsi qu'un collège et un lycée à Hautepierre. 

"Plutôt que de vouloir appliquer la laïcité à outrance, mieux vaut avancer doucement" 
Cette vision souple de la laïcité comble les attentes de Murat Ercan, directeur de cet établissement scolaire et président du Conseil régional du culte musulman. «Plutôt que de vouloir appliquer la laïcité à outrance, mieux vaut avancer doucement, sans brusquer, vers l'intégration de l'islam dans la société», explique cet ancien comptable d'une voix posée. Immigré à l'âge de 10 ans et père de famille, il explique : 
 « La première génération vivait en France comme des invités et se pliait aux règles de l'Autre. La suivante, qui a fait des études et dispose d'une meilleure assise économique, a pu s'approprier la République, ce qui l'autorise à certaines revendications». 

Dès lors que sa fille peut, dans son collège, suivre le programme de 6ème sans ôter son voile, souligne tranquillement Murat Ercan, «quel intérêt aurions-nous à défier la République ?». Certes, le responsable religieux défend son idée de l'égalité, limitée par la nature - «les femmes, qui sont plus fragiles que les hommes, mérite la protection d'un homme». Est-ce si important ? Un œil par la fenêtre de son bureau, et le chef d'établissement pointe le groupe d'élèves qui rentre de la piscine : derrière la prof d'EPS, non voilée, certaines filles sont couvertes et d'autres ne le sont pas. «Ma fille, assure-t-il, n'est pas différente des autres jeunes filles françaises : combien de fois l'ai-je trouvée devant la télé, regardant des émissions où des jeunes appellent leurs ex pour les provoquer, dans des tenues dénudées ? Son voile ne l'empêche pas d'étudier et de découvrir demain, peut-être, un vaccin qui concerne beaucoup de gens dans la société !». Ainsi, le responsable religieux espère-t-il que sa fille, libre à la turque et se gardant d'épouser un non-musulman, «car ce n'est pas notre religion», mène sa vie ici, en France. 

L'immigration à l'envers, difficile à mesurer, est en effet dans les têtes. «Sur 150 étudiants formés à Strasbourg, pour exercer en France comme imam, 145 ont choisi de s'installer en Turquie», regrette ainsi Murat Ercan. Recevant dans les vastes locaux de sa puissante association qui fédère la diaspora turque, dans le Grand-Est, en France et dans 14 autres pays européens, Kadir Guzle, président du Cojep à Strasbourg, exprime le sentiment général : «En 2000, les jeunes se disaient : la France nous ouvre des opportunités économiques plus grandes que la Turquie et protège notre liberté alors que le pouvoir anti-religieux voulait imposer la neutralité à coup de trique. Quinze ans plus tard, c'est l'inverse... » 

Quand les franco-maghébins fantasment sur le bled, mais n'imaginent pas y rester au-delà des vacances, les franco-turcs expérimentent le retour. «Nous, nous ne sommes pas des réfugiés, nous ne sommes pas issus des anciennes colonies, nous sommes venus parce que la France avait besoin de nous. Ici ou là-bas, on sait qu'on peut travailler», poursuit le logisticien de 37 ans qui oppose «les quinze églises rénovées à Istanbul aux cent lieux de prière vandalisés en Alsace, sans parler des agressions islamophobes». 

Baptisé Egalité et justice, un jeune parti politique entend lutter, à sa façon, contre cette "turcophobie". Inspiré par le puissant Cojep, directement branché sur le ministère des Cultes d'Ankara et l'AKP au pouvoir, son président Sahir Kocak se dit «déçu par la gauche et trahi par la droite» et s'indigne qu'un «bac+4 gâche sa vie à faire le service dans un restaurant». Français, il ambitionne d'importer du pays de ses parents un modèle de vivre ensemble : "Si tu veux porter un bikini, manger du porc ou te saouler en Turquie, tu peux le faire, assure cet admirateur du président Erdogan, qui a fait un triomphe lors de son meeting électoral au Zénith de Strasbourg, lors de la dernière campagne présidentielle. Chacun doit vivre librement dans la sphère privée, sans que l'Etat n'exige de porter ou d'enlever son voile». Loin de contester la République, Sahir Kocak en donne une lecture inspirée de la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'homme, une émanation du Conseil de l'Europe dont la Turquie est membre. «La République, c'est une justice qui protège la liberté du citoyen et non qui l'entrave». Et, se défendant de décliner ainsi un communautarisme à l'anglo-saxonne, s'emballe : "Vous vous trompez, c'est cela, notre belle France !». 

samedi 14 janvier 2017

Avec 2,8 grammes, il pensait échapper au contrôle car il était à cheval.


La scène s'est déroulée au petit matin à Sucé-sur-Erdre, lors d'un contrôle de police. Un homme d'une soixantaine d'années, sensiblement éméché, circulait sur la départementale 69, visiblement de retour d'une nuit agitée dans Nantes. 

Interpelé par la police, il a déclaré "pouvoir diriger son cheval puisque ce dernier n'avait pas bu". Or, le code de la route est formel, s'il est autorisé de circuler à cheval, c'est au cavalier d'être maitre de sa monture. Il n'a certes pas besoin de permis et doit avoir plus de 14 ans, mais il se doit aussi, comme les autres usagers de la route, de ne pas dépasser les taux d’alcoolémie autorisés. 

L'homme a été contrôlé avec un taux de 2,8 grammes d'alcool dans le sang et a été placé en garde à vue pour déclaration mensongère, puisque le cheval, lui aussi a été contrôlé positif à divers stupéfiants. 

Un geste est révolutionnaire, non par son contenu propre, mais par l’enchaînement des effets qu’il engendre

Quiconque se met à fréquenter les milieux radicaux s’étonne d’abord du hiatus qui règne entre leurs discours et leurs pratiques, entre leurs ambitions et leur isolement. Ils semblent comme voués à une sorte d’auto-sabordage permanent. On ne tarde pas à comprendre qu’ils ne sont pas occupés à construire une réelle force révolutionnaire, mais à entretenir une course à la radicalité qui se suffit à elle-même- et qui se livre indifféremment sur le terrain de l’action directe, du féminisme ou de l’écologie. La petite terreur qui y règne et qui y rend tout le monde si raide n’est pas celle du parti bolchevique. C’est plutôt celle de la mode, cette terreur que nul n’exerce en personne, mais qui s’applique à tous. On craint, dans ces milieux, de ne plus être radical, comme on redoute ailleurs de ne plus être tendance, cool ou branché. Il suffit de peu pour souiller une réputation. On évite d’aller à la racine des choses au profit d’une consommation superficielle des théories, de manifs et de relations. La compétition féroce entre groupes comme en leur propre sein détermine leur implosion périodique. Il y a toujours de la chair fraîche, jeune et abusée pour compenser le départ des épuisés, des abîmés, des dégoûtés, des vidés. Un vertige prend a posteriori celui qui a déserté ces cercles : comment peut-on se soumettre à une pression si mutilante pour des enjeux si énigmatiques ? C’est à peu près le genre de vertige qui doit saisir n’importe quel ex-cadre surmené devenu boulanger lorsqu’il se remémore sa vie d’avant. L’isolement de ces milieux est structurel : entre eux et le monde, ils ont interposé la radicalité comme critère ; ils ne perçoivent plus les phénomènes, juste leur mesure. A un certain point d’autophagie, on y rivalisera de radicalité dans la critique du milieu lui-même ; ce qui n’entamera en rien sa structure. « Il nous semble que ce qui vraiment enlève la liberté, écrit Malatesta, et rend impossible l’initiative, c’est l’isolement qui rend impuissant ». Après cela, qu’une fraction des anarchistes s’autoproclame « nihiliste » n’est que logique : le nihilisme, c’est l’impuissance à croire ce à quoi l’on croit pourtant – ici, à la révolution. D’ailleurs, il n’y a pas de nihilistes, il n’y a que des impuissants. 
     Le radical se définissant comme producteur d’actions et de discours radicaux, il a fini par se forger une idée purement quantitative de la révolution – comme une sorte de crise de surproduction d’actes de révolte individuelle. « Ne perdons pas de vue, écrivait déjà Emile Henry, que la révolution ne sera que la résultante de toutes ces révoltes particulières ». L’Histoire est là pour démentir cette thèse : que ce soit la révolution française, russe ou tunisienne, à chaque fois, la révolution est la résultante du choc entre un acte particulier – la prise d’une prison, une défaite militaire, le suicide d’un vendeur de fruits ambulant – et la situation générale, et non la somme arithmétique d’actes de révolte séparés. En attendant, cette définition absurde de la révolution fait ses dégâts prévisibles : on s’épuise dans un activisme qui n’embraye sur rien, on se livre à un culte tuant de la performance où il s’agit d’actualiser à tout moment, ici et maintenant, son identité radicale – en manif, en amour ou en discours. Cela dure un temps – le temps du burn out, de la dépression ou de la répression. Et l’on n’a rien changé. 
     Si une accumulation de gestes ne suffit pas à faire une stratégie, c’est qu’il n’y a pas de geste dans l’absolu. Un geste est révolutionnaire, non par son contenu propre, mais par l’enchaînement des effets qu’il engendre. C’est la situation qui détermine le sens de l’acte, non l’intention des auteurs. Sun Tzu disait « qu’il faut demander la victoire à la situation ». Toute situation est composite, traversée de lignes de forces, de tensions, de conflits explicites ou latents. Assumer la guerre qui est là, agir stratégiquement suppose de partir d’une ouverture à la situation, de la comprendre en intériorité, de saisir les rapports de force qui la configurent, les polarités qui la travaillent. C’est par le sens qu’elle prend au contact du monde qu’une action est révolutionnaire, ou pas. Jeter une pierre n’est jamais simplement « jeter une pierre ». Cela peut geler une situation, ou déclencher une intifada. L’idée que l’on pourrait « radicaliser » une lutte en y important tout le bataclan des pratiques et des discours réputés radicaux dessine une politique d’extraterrestre. Un mouvement ne vit que par la série de déplacements qu’il opère au fil du temps. Il est donc, à tout moment un certain écart entre son état et son potentiel. S’il cesse de se déplacer, s’il laisse son potentiel irréalisé, il se meurt. Le geste décisif est celui qui se trouve un cran en avant de l’état du mouvement, et qui, rompant ainsi avec le statu quo, lui ouvre l’accès à son propre potentiel. Ce geste, ce peut être celui d’occuper, de casser, de frapper ou simplement de parler vrai ; c’est l’état du mouvement qui en décide. Est révolutionnaire ce qui cause effectivement des révolutions. Si cela ne se laisse déterminer qu’après coup, une certaine sensibilité à la situation nourrie de connaissances historiques aide beaucoup à en voir l’intuition. 
     Laissons donc le souci de la radicalité aux dépressifs, aux narcissiques et aux ratés. La véritable question pour les révolutionnaires est de faire croître les puissances vivantes auxquelles ils participent, de ménager les devenirs-révolutionnaires afin de parvenir enfin à une situation révolutionnaire. Tous ceux qui se gargarisent d’opposer dogmatiquement les « radicaux » aux « citoyens », les « révoltés en acte » à la population passive, font barrage à de tels devenirs. Sur ce point, ils anticipent le travail de la police. Dans cette époque, il faut considérer le tact comme la vertu révolutionnaire cardinale, et non la radicalité abstraite ; et par « tact » nous entendons ici l’art de ménager les devenirs-révolutionnaires. 

Comité invisible, A nos amis

Laisser le temps de la réflexion


Alep : la guerre de l’information contre la Russie va faire tomber l’ONU et l’OTAN

Alep libérée, c’est «Alep tombée» dans les médias de la Lügenpresse ! Cette même rhétorique de désinformation se décline à tous les niveaux. Hillary Clinton a perdu, c’est à cause de l’action de Poutine dans les médias et les réseaux sociaux. L’Allemagne s’approche des élections de 2017, Maas, SPD, ministre de la justice, lance un programme, façon Stasi, de nouvelles lois pour effacer, réécrire les informations du Net, qui ne passent pas dans l’agenda de la Lügenpolitik en punissant de prison et de fortes amendes les journalistes ou les citoyens libres. La Lügenpolitik de Berlin craint la liberté de ton des médias russes et la pensée libre des citoyens du Net. La Russie est accusée des déboires politiques de Berlin. Alep libérée, le mensonge de «nos élites» tombent de nouveau. La Lügenpolitik perd son pouvoir. La même action se met en place en France pour censurer avec l’aide des diverses entreprises du Net, Facebook, Google…, l’information libre. Les gouvernements de la Lügenpolitik des pays mis sous tutelle par l’Union Européenne, par l’ONU, l’OTAN, ne peuvent plus lutter contre la capacité des individus à penser librement et donc intensifient les techniques de la répression. L’ONU, censée protégée les peuples en guerre, les enfants, est démasquée avec ses réseaux d’ONG (UNICEF, Amnesty International ou des organisations à la Kiwanis…) comme étant un organisateur des guerres. La libération d’Alep par l’armée russe avec le soutien de l’Irak, de l’Iran et de l’armée arabe syrienne, apporte, en étant un cas d’école, encore la preuve de la dangereuse manipulation onusienne au niveau mondial sur les événements historiques immédiats et politiques.

Casques blancs, OTAN, EI. La ville d’Alep vient d’être libérée. Les scènes de liesse des habitants d’Alep n’ont, été, seulement, montrées que sur les chaînes russes et sur le Net. L’armée russe apporte l’aide humanitaire, nourrit les civils. Les civils syriens expriment leur joie pour la Russie. A la libération d’Alep 14 officiers de l’OTAN ont été découverts dans un bunker. Des officiers allemands, américains, français, israéliens, turcs ont été capturés avec des djihadistes de l’EI .

De nombreuses décapitations, les casques blancs, des créations onusiennes. La collaboration de l’OTAN, de l’ONU avec les djihadistes n’est plus à prouver. La décapitation du journaliste James Foley aurait été tournée en studio. Le site russe «Cyber Berkut» dit avoir trouvé la vidéo dans l’ordinateur appartenant à la délégation du sénateur John McCain quand ce dernier se trouvait en voyage en Ukraine en juin 2015. On voit dans cette vidéo la mise en scène de la décapitation du dit journaliste James Foley. L’acteur journaliste avec l’acteur John le Djihadiste sont entourés de projecteurs et de caméras dans un studio.

Les actes de terreur dits islamistes sont, donc, aussi des actions organisées par l’armée secrète de l’OTAN ? Le massacre de la rédaction de Charlie Hebdo et l’emploi immédiat du slogan «Je suis Charlie» au niveau mondial relayé par la Lügenpresse semble l’attester. La France servant de prostituée aux U.S.A pour son mythe démocratique, a permis de fédérer les alliés dans la guerre construite. En outre, la gouvernance mondiale appelle partout à censurer et à punir ceux qui publient des informations allant contre l’information officielle. Des médias officiels sont associés dans cette réécriture des faits journalistiques. Associated Press (AP), ABC-News, sont, par exemple associés à la justice mondiale et à la politique de répression. Les rédactions des médias officiels sont des bureaux opérationnels du bureau des armées de l’OTAN. L’information, la justice, la politique ont fusionné en une entité ! La justice, la politique, la presse, sont aux ordres de l’armée.

«Le centre de média d’Alep». A Alep « Le centre de média d’Alep » se révèle comme avoir été un centre de la propagande pro-OTAN avec l’Arabie Saoudite et le Qatar depuis le début de la guerre en Syrie et révèle dans ce microcosme syrien la vaste manipulation planétaire. Le centre de média d’Alep a été fondé par des dits Syriens vivant aux U.S.A, «the Syrian Expatriates Organisation (SEO)» disposant de fonds très importants. L’organisation des casques blancs célébrée comme étant des sauveurs par la Lügenpresse s’avère comme avoir été une organisation de propagande liée aux actes de terreur des dits djihadistes de l’EI, cette organisation de l’EI soutenue par la fondation Clinton, elle même financée par l’Arabie Saoudite, et l’administration Obama. Les contenus par les textes, les vidéos, les images, sont manipulés par Washington et les services secrets par divers relais (médias officiels, attachés de presse des divers gouvernements pour donner du contenus à des armées de journalistes sous les ordres) qui se trouvent dans les capitales de l’Union Européenne. Les agences politiques « les SARL, Assemblée nationale, Bundestag, ou Parlement européen… », ou les SARL sous la forme des agences de médias et des ONG parlent de la même façon pour désinformer le grand public. Le centre de médias d’Alep a été un centre de coordination pour alimenter tous les médias officiels du monde. Et le centre de médias d’Alep n’est qu’un exemple pour les autres et nombreux centres mis en place pour manipuler le grand public. Du coup les médias occidentaux comme le Zeit titre «Sanktionen gegen Russland, jetzt!» (Des sanctions maintenant contre la Russie) réclame encore des sanctions contre la Russie après la libération d’Alep. Le Zeit, comme les autres Lügenmedien européens, explique que c’est la Russie qui est responsable des crimes de guerre en Syrie !

Enfant produit marketing. Dans cette guerre de l’information pour gagner les soutiens des peuples du monde, on se souvient de cet enfant couvert de poussière blanche à Alep, placé dans une ambulance, après un dit bombardement «sauvé» par les casques blancs. C’était une mise en scène ! L’enfant a été employé pour apitoyer le grand public, une technique déjà employée de manière marketing par l’ONU dont l’UNICEF pour récupérer des fonds importants et pour orienter la politique internationale. Cette mise en scène rappelle celle de la la petite Syrienne qu’on sauve tout le temps. Par ces images, il fallait donner une occasion pour bombarder les troupes de Assad et dénoncer l’action militaire russe en gagnant le grand public contre la Russie. La Lügenpresse et la Lügenpolitik des pays européens, alliées des djihadistes, inféodées à l’OTAN, ont dénoncé, d’une même voix, le rôle de la Russie en disant que c’est la Russie qui tue et bombarde des hôpitaux. La perversité, le cynisme atteignent des niveaux inimaginables dans notre monde. Les rebelles dits modérés par les divers politiques de France, d’Allemagne, de Bruxelles, ont bombardé des hôpitaux pour accuser la Russie.

Photographe dit humanitaire un tueur ! Le photographe qui a mis en scène ce petit garçon pour le compte de l’ONU est Mahmoud Raslan un djihadiste et certainement pas un humanitaire. Le même photographe a été découvert sur la scène de crime d’un enfant de 12 ans, Abdullah Issa, qui a été décapité. Les casques blancs et le centre de médias d’Alep, qui a fourni les images de la guerre en Syrie, n’étaient qu’un relais de l’EI en Syrie en étant soutenus par l’ONU et l’OTAN ! De nombreux témoignages de civils d’Alep ont expliqué que ces casques blancs ne sauvaient pas les civils sous les décombres. Les casques blancs n’étaient là que pour les images de propagande et pour relayer l’information à l’OTAN et ses divers groupes terroristes tournant sous l’EI et les divers djihadistes. Les casques blancs d’Alep ou les casques bleus de l’ONU le lien est fait. Il suffit de se souvenir du rôle des casques bleus et des ONG en Serbie pour accuser la Serbie de crimes de guerre pour gagner le soutien du grand public et donner le feu vert à l’OTAN pour bombarder un Etat indépendant. Du temps de la guerre en Ex-Yougoslavie le Net n’existait pas. La seule voix officielle venant des ministères via la Lügenpresse maintenait le grand public dans une désinformation globale. 

Sous les noms d’organisations humanitaires, ONU, UNICEF, casques blancs, le centre de médias d’Alep, se cachent les réseaux de la propagande pour l’OTAN et l’ONU. DAESH, EI, les casques blancs, sont des agences appartenant à l’ONU et l’OTAN qui utilisent des âmes perdues, des mercenaires et des agents de l’OTAN. L’ONU, Washington et ses alliés usent de la religion musulmane pour provoquer un conflit entre le monde européen et le monde musulman pour contrôler le monde. L’Islam est employé comme une arme pour faire régner la peur parmi les Européens et pour déstabiliser les nations, pour attaquer la Russie et pour augmenter le système policier sur les citoyens. Derrière le drapeau de Daesh et de l’EI se trouvent des officiers de l’OTAN. La guerre en Syrie a commencé avec le slogan des nombreux printemps arabes en 2011. Les révolutions de couleurs sont des concepts de marketing de guerre employés en Ukraine, en Afrique, en Europe, avec des tentatives en Russie, pour détruire les civilisations libres et rééduquer les peuples par la réécriture de l’Histoire. Les organismes d’Etat et la presse officielle sont les relais pour encadrer par la justice et l’information les peuples. La libération d’Alep sonne la chute de l’OTAN et de l’ONU. La guerre de l’information contre la Russie va faire tomber l’ONU et l’OTAN car c’est la vérité qui gagne toujours !