mercredi 26 avril 2017

Conférence Dextra du 28 avril : Carl Schmitt et la Révolution conservatrice par G. Feltin-Tracol


Chers amis, chers camarades, Nous aurons la joie de recevoir de nouveau ce vendredi Georges Feltin-Tracol, écrivain et journaliste, spécialiste des mouvements non-conformistes de l'entre-deux guerres à travers l'Europe. 

L'occasion pour lui, de venir compléter ses précédentes conférences que nous avons eu la chance de recevoir. Au programme, Carl Schmitt, figure emblématique de la pensée politique du XXè siècle et ses lien avec la révolution conservatrice allemande. 

Nous vous attendons nombreux pour cette conférence qui s'annonce passionnante

lundi 24 avril 2017

"La promo est partout, le livre est partout, la littérature, nulle part" (Eric Naulleau)


Jean Ferrat - Ma France

Nous sommes tous de la génération Y


     - Ça y est ! Natacha a accouché. 
     - Ah oui ! il est trop mignon son p’tit bonhomme ! 
     - T’as été à la maternité ? 
     - Non je l’ai vu sur Facebook. Y a plein de photos du petit sur son mur. Ah sinon, j’ai discuté avec Jean hier soir. 
     - Vous étiez au resto ? 
     - Bah non sur MSN. Y a encore une nana qui l’a dragué. 
     - La même que l’autre fois, la blonde mimi du boulot ? 
     - Non, non c’est une nouvelle qui l’a mis dans son panier sur Adopte. 
     - ... 

Bienvenue dans le quotidien de la génération Y. Nés avec le numérique, les « Whyers » sont connectés vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept ; ils essayent tout, sont à l’aise avec tout, s’amusent de tout. Ce sont eux bien sûr qui ont lancé Facebook. Au départ, pour blaguer : « Regarde, il a mis Denver le dinosaure en photo de profil. » « Quel nénuphar es-tu ? » « Mate la vidéo du lapin qui saute dans un cercle enflammé. » On était potache sur le site de Zuckerberg en 2007. Et aussi peu nombreux. 107 000 dans l’Hexagone. Aujourd’hui, Facebook compte 20 millions d’inscrits en France, 600 millions dans le monde, et vise le milliard. 
     On y rigole toujours, mais avec famille, amis, collègues. Désormais, nous sommes tous connectés. A 70 ans, Grande-Tente prend son iPhone partout avec elle, même dans sa salle de bains, au cas où sa fille l’appellerait. Fabrice et Justin, 13 ans, tchatent sur MSN dès la sortie du collège. Sabrina et Marco, 17 ans, s’envoient des SMS langoureux sous leur oreiller. Nathalie, 55 ans, découvre la bobine de Gérard sur la Webcam de Meetic. Benjamin, 41 ans, retrouve Julie, son amour de 20 ans, sur Facebook. Au café, des couples de seniors prennent le thé sans se parler, absorbés par leurs smartphones
     « Bip ! », « wizz ! », « ting ! », « dring ! » : famille, amis, collègues, amours, tous nous sollicitent, incitent, excitent. 
     Si ça se trouve, vous allez vous arrêter en pleine lecture de cette page pour regarder le dernier statut de votre copain sur Facebook. Ou – ting ! – découvrir le SMS de votre copine Léa qui veut savoir si votre rendez-vous de demain matin « tient toujours ». Ou alors récolter vos fraises sur Farmville. Ou tout simplement raconter sur Facebook que vous êtes en train de nous lire et que vous « aimez ça ». 
     Même si vous tenez bon face à tous ces stimuli, une partie de votre esprit est occupée par vos trois invitations en suspens sur Facebook et l’e-mail collectif d’une amie d’enfance de passage à Paris. 

Et si on s’extrayait du flux ? Passons en mode vibreur, rendons-nous « invisibles » sur MSN, basculons nos SMS en mode silencieux. Ne répondons plus aux appels inconnus. Blacklistons nos partenaires de Meetic et « ignorons discrètement » nos nouvelles « demandes en amitié » sur Facebook. 
     C’est sous contrôle ? Pas vraiment. Nos amis nous pistent, nous taguent, nous pokent, nous géolocalisent sans prévenir. Laura a pris une photo de vous éméché, les yeux rouges, la glotte à l’air et vous « tague » sur Facebook en la publiant avec votre nom sur votre visage. Nadia vous a croisé dans un bar et annonce à tous vos contacts que « vous êtes là ». Votre collègue Véronique vous a reconnu sur Meetic et vous envoie un petit clin d’œil par tchat. Vous n’avez rien pu faire. 
     Ces nouveaux moyens de communication ne sont pas neutres. Ils deviennent addictifs, incontournables, et modifient nos rapports. Personne ne nous oblige à les acheter ou à les allumer. C’est vrai. Mais aujourd’hui celui qui coupe son téléphone, son ordinateur ou sa tablette numérique disparaît. Nous sommes tous de la génération Y. 

Alexandre des Isnards, Thomas Zuber, Facebook m’a tuer

dimanche 23 avril 2017

Vae Victis - Faire front

Organiser l'autodéfense

Nous vivons sous occupation, sous occupation policière. Les rafles de sans-papiers en pleine rue, les voitures banalisées sillonnant les boulevards, la pacification des quartiers de la métropole par des techniques forgées dans les colonies, les déclamations du ministre de l'Intérieur contre les "bandes" dignes de la guerre d'Algérie nous le rappellent quotidiennement. C'est assez de motifs pour ne plus se laisser écraser, pour s'engager dans l'autodéfense. 
     A mesure qu'elle grandit et rayonne, une commune voit peu à peu les opérations du pouvoir prendre pour cible ce qui la constitue. Ces contre-attaques prennent la forme de la séduction, de la récupération et, en dernier recours, celle de la force brute. L'autodéfense doit être pour les communes une évidence collective, tant pratique que théorique. Parer à une arrestation, se réunir prestement en nombre contre des tentatives d'expulsion, mettre à l'abri l'un des nôtres, ne seront pas des réflexes superflus dans les temps qui viennent. Nous ne pouvons sans cesse reconstruire nos bases. Qu'on cesse de dénoncer la répression, qu'on s'y prépare. 
     L'affaire n'est pas simple, car à mesure que l'on attend de la population un surcroît de travail policier - de la délation à l'engagement occasionnel dans les milices citoyennes -, les forces de police se fondent dans la foule. Le modèle passe-partout de l'intervention policière, même en situation émeutière, c'est désormais le flic en civil. L'efficacité de la police lors des dernières manifs contre le CPE venait de ces civils qui se mêlaient à la cohue, attendant l'incident pour se dévoiler : gazeuse, matraque, flashball, interpellation ; le tout en coordination avec les services d'ordre des syndicats. La simple possibilité de leur présence suffit à jeter le soupçon parmi les manifestants : qui est qui ?, et à paralyser l'action. Étant admis qu'une manifestation n'est pas un moyen de se compter mais bien un moyen d'agir, nous avons à nous doter des moyens de démasquer les civils, les chasser et le cas échéant leur arracher ceux qu'ils tentent d'arrêter. 
     La police n'est pas invincible dans la rue, elle a simplement des moyens pour s'organiser, s'entraîner et tester sans cesse de nouvelles armes. En comparaison, nos armes à nous seront toujours rudimentaires, bricolées et bien souvent improvisées sur place. Elles ne prétendent en aucun cas rivaliser en puissance de feu, mais visent à tenir la distance, à détourner l'attention, à exercer une pression psychologique ou forcer par surprise un passage et gagner du terrain. Toute l'innovation déployée dans les centres de préparation à la guérilla urbaine de la gendarmerie française ne suffit manifestement pas, et ne suffira sans doute jamais à répondre assez promptement à une multiplicité mouvante pouvant frapper à plusieurs endroits à la fois et qui surtout s'efforce de toujours garder l'initiative.
     Les communes sont évidemment vulnérables à la surveillance et aux enquêtes policières, à la police scientifique et au renseignement. Les vagues d'arrestations d'anarchistes en Italie et d'ecowarriors aux États-Unis ont été permises par des écoutes. Toute garde à vue donne maintenant lieu à une prise d'ADN et nourrit un fichier toujours plus complet. Un squatteur barcelonais a été retrouvé parce qu'il avait laissé des empreintes sur les tracts qu'il distribuait. Les méthodes de fichage s'améliorent sans cesse, notamment par la biométrie. Et si la carte d'identité électronique venait à être mise en place, notre tâche n'en serait que plus difficile. La Commune de Paris avait en partie réglé le problème du fichage : en brûlant l'Hôtel de Ville, les incendiaires détruisaient les registres de l'état civil. Reste à trouver les moyens de détruire à jamais des données informatisées.

comité invisible, L'insurrection qui vient

The Sound of Silence (Original Version from 1964)

samedi 22 avril 2017

Les tontons flingueurs : on se risque sur le bizarre...

In Memoriam "Michael Collins" version acoustique

Un Singe En Hiver - Et ce n'est qu'un coup de semonce !

Molodoï - La complainte des ouvriers

La Gauche organise-t-elle une guerre civile en Grèce ? L’assaut de l’extrême gauche sur le quartier général de l’Aube Dorée


Nous recevons de notre consœur Irène Dimopoulou, Directrice du journal EMPROS, cet article interpellant. La Gauche organise-t-elle une guerre civile en Grèce ? L’assaut de l’extrême gauche sur le quartier général de l’Aube Dorée 

Le gouvernement d’Alexis Tsipras, se voit démuni chaque jour dans les sondages. Malgré le soutien populaire reçu dans deux élections, en février et en septembre 2015, et le NON majoritaire de plus de 60% des voix lors du référendum de juillet 2015, contre les mesures de l’ infâme « Mémorandum », SYRIZA, formé par une coalition d’organisations de la Gauche radicale, n’a pas pu tenir ses promesses pour une sortie du pays du programme d’austérité imposé par le Fonds Monétaire International et la Banque Centrale Européenne. Avec le taux de sans emploi montant à 23 % de la population, (plus de 45 % chez les jeunes), et les salaires et pensions taxés à un tiers, le parti gauchiste cherche à consolider sa base électorale qui lui échappe. Selon les sondages, SYRIZA serait en troisième position derrière son prédécesseur au pouvoir, le parti du Centre-droit, Nouvelle Démocratie, alors que la droite nationaliste de l’Aube Dorée qui se trouve en troisième position a cimenté une base électorale de 7 à 10% qui monte à 15% et même 19% dans certaines régions du pays.

Ayant déjà souffert deux départs de cadres et députés, dont l’ex-présidente du parlement grec, qui ont ensuite fondé des partis gauchistes contre l’euro et l’adhésion du pays à l’Union Européenne, SYRIZA, cherche à rattraper le territoire perdu. Il devrait donc polariser le climat pour retenir ses adhérents, en soulignant son profil anti-patriotique, anti-droite, anti-nationaliste et en même temps soutenir ses groupuscules qui se nourrissent de jouer à la guérilla urbaine.

Il est évident, par exemple, que la lutte en faveur des immigrés clandestins est dans les mains d’un groupuscule de l’extrême gauche, dit ANTARCIA (Mutinerie), qui soutient toute action pro-islamiste et anti-identitaire. Le ministre de l’intérieur, a même répondu au parlement que les « jeunes gens » qui détruisent systématiquement la propriété publique, ne seraient interpelés « que s’ils dépassaient certaines limites », qu’il ne voyait pas, évidemment, dépassées par les incendies et les cocktails molotov lancés contre des véhicules du transport public, par exemple.

C’est dans ce climat que le matin du 31 mars 2017 à 9h30, des hommes masqués et portant des massues ont attaqué la siège de l’administration centrale d’Aube Dorée a la rue Mesogeion, juste en face de l’école de Police, et a quelques mètres du ministère de l’intérieur. L’attaque s’est déroulée en pleine heure de pointe sur la grande avenue Mesogeion. N’ayant pas pu forcer l’entrée blindée de l’immeuble, les assaillants ont endommagé la librairie-boutique d’Aube Dorée, au rez-de-chaussée, aspergeant aussi la façade de peinture rouge. 


La police arrivée sur les lieux une bonne dizaine de minutes plus tard, a interpellé onze personnes mais les a finalement relâchées. Des militants du groupuscule ANTARCIA, également sympathisants de SYRIZA, comme le président de la communauté Pakistanaise, sont des témoins au procès en cours contre l’Aube Dorée, initié en septembre 2013, après son ascension dans les sondages qui, selon le Secrétaire du gouvernement de la Centre-Droite de l’époque, « lui enlevaient des votes »… 

Il est également intéressant de noter que la date choisie pour une attaque contre la seule voix politique et militante des nationalistes en Grèce, qui revendique la victoire des forces nationales contre l’ insurrection communiste, dite « guerre civile » qui finira avec la victoire des forces patriotiques en 1949, n’est autre que celle de l’attaque des communistes contre la Gendarmerie de la ville de Litohoro, tuant 9 gendarmes et deux soldats. L’attaque avait signifié le début de la guerre civile… 

Faisant preuve de leur esprit combattant, des militants Aube Dorée ont organisé le 1er avril, une action politique au centre du Pirée ainsi qu’au quartier d’Ampelokipi, près de siège du parti, avec grand succès, distribuant des centaines de documents d’information imprimés aux passagers, qui les ont reçus avec enthousiasme. 

Contre le terrorisme et la dictature ténébreuse des médias, l’Association Populaire Aube Dorée poursuit son activité politique légitime. 

IRENE DIMOPOULOU 
Directrice du journal EMPROS

vendredi 21 avril 2017

Vendredi 21 avril 1961 : putsch des généraux à Alger


Dans la nuit du vendredi 21 au samedi 22 avril 1961, les généraux français Zeller, Challe, Jouhaud et Salan prenaient le contrôle d’Alger, trois mois et demi après le référendum favorable à l’autodétermination des populations algériennes. Mis en échec par le général de Gaulle, leur coup d’Etat avorté a marqué un tournant définitif dans la guerre d’Algérie. 

« Pronunciamiento militaire », « quarteron de généraux en retraite », « Françaises, Français, aidez-moi ! », ces mots restés célèbres prononcés par un Charles de Gaulle en tenue militaire lors de son allocution radiodiffusée et télévisée du dimanche 23 avril 1961 résonnent encore, cinquante ans plus tard, dans la mémoire collective française. 

Ce soir-là, à 20h00, de Gaulle vient non seulement de lancer un appel qui va mettre fin au putsch des généraux à Alger, il s’est également attribué les pleins pouvoirs, comme prévu par l'article 16 de la Constitution en cas de circonstances exceptionnelles. Pour l’Elysée, ce dimanche-là, l’heure est grave. Dans la nuit du 21 au 22 avril, les généraux André Zeller, Maurice Challe et Edmond Jouhaud, rejoints physiquement le 23 avril par le général Raoul Salan, se sont installés en « haut commandement » à Alger. 

Etat d’urgence 
Appuyés par le 1er régiment étranger de parachutistes du commandant Hélie Denoix de Saint Marc, ils ont arrêté le délégué général du gouvernement, Jean Morin, le commandant en chef en Algérie, le général Gambiez, ainsi que le ministre des Travaux publics, Robert Buron, en visite à Alger. 

S’estimant trahis par ce qu’ils considèrent comme une politique d’abandon de l’Algérie, les généraux putschistes veulent mettre fin à la politique d'autodétermination définie par de Gaulle et approuvée par référendum trois mois et demi auparavant, le 8 janvier 1961 (74,99 % de « oui » contre 25,01 % de « non »). En deux mots, ils veulent garder l’Algérie française. 

De Paris, dès le 22 avril, le Conseil des ministres institue l'état d'urgence en Algérie et décide de déférer les chefs de la mutinerie à la justice militaire. Le lendemain, 23 avril, de Gaulle prononce sa fameuse allocution devant la nation. Dénoncés par l’homme du 18 juin 1940, les putschistes ne parviennent pas à rallier suffisamment d’officiers de haut rang à leur cause et apprennent que leur mouvement a été court-circuité en métropole. Le lundi 24 avril, l’appel de de Gaulle est suivi par les 500 000 appelés du contingent ; la partie est définitivement perdue pour les quatre généraux. 

Répercussions durables 
Challe et le commandant Denoix de Saint Marc se rendent le mercredi 26 avril, Zeller le 6 mai mais Salan et Jouhaud entrent dans la clandestinité pour prendre la tête de l’OAS (Organisation de l’armée secrète) anti-gaulliste. Onze mois plus tard, le 18 mars 1962, les accords d'Évian mettent officiellement fin à la guerre d’Algérie et sont approuvés par référendum le 8 avril 1962 par 90% des votants. 

Reste que le putsch eut des répercussions durables au sein l’armée : 220 officiers au total furent relevés de leur commandement et 114 traduits en justice. Le groupement des commandos de l’air ainsi que les trois régiments qui y avaient pris part furent dissous par le général de Gaulle. Environ un millier d'officiers hostiles à la politique du gouvernement ou solidaires des putschistes démissionnèrent dans les mois qui suivirent, soit environ 3% des officiers d'active de l'armée française.

SONNE HAGAL - Who has seen the Wind?

Les livres ont cet avantage de précéder parfois l’esprit d’un siècle

     Encore une fois, s’il est question de littérature dans ce petit écrit, il n’y a pas de mal à ça. Les arts, l’industrie, la guerre, le commerce, vont de pair ; on sait qu’au XVIIIe on vendait son blé comme Voltaire écrivait ses lettres, comme Glück composait sa musique : avec imprévoyance et tendresse. Les livres ont cet avantage de précéder parfois l’esprit d’un siècle. Beaucoup d’écrivains sont en avance sur leurs contemporains, dans la mesure où les architectes ne sont pas aussi fous que les éditeurs et ne confient pas un travail important à des jeunes gens. Donc, nous ne connaissons pas nos monuments à venir, la marche de nos armées, le détail de nos plaisirs. Mais nous possédons ces documents inestimables que sont une dizaine de livres, écrits par des garçons qui ne dépassent pas la trentième année. Ce n’est pas le hasard qui réunit autour de quelques points très simples ces enfants perdus des générations 40.
     Tout d’abord nous distinguons deux influences qui nous paraissent les plus importantes et les moins signalées : celle de Marcel Proust et celle de marcel Aymé. Le premier donne une main à Montaigne et tend l’autre vers les plaisirs du monde moderne. Ses doigts essaient fiévreusement de retenir quelque chose, au moins quelque chose ! de ces jours agités. Sinon la solitude sera la plus forte et il n’y aura d’autre raison dans la vie, qu’une perpétuelle et triste mémoire où des êtres sans chaleur se montrent furtivement, où les plantes sont inodores, le ciel infréquentable. Mais Proust, à travers ces contes des Mille et Une Nuits qu’il dévide pour nous, retrouve l’essence des choses, un souvenir qui est idée, l’alliance mystérieuse d’un signe et d’un sin, enfin les clés du monde au sens où Chestov pouvait écrire : Potestas clavium. Qu’importe s’il les découvre trop tard et s’il n’a pas la force de s’en servir. Son œuvre commence. La vie retrouvera pour lui, sinon la fraîcheur, au moins l’émotion de son enfance. Mais ses premiers lecteurs ne lui en demanderont pas tant. Ils s’enchanteront de l’ironie, de la subtilité que révèle Dickens à rebours. La jeunesse de l’époque ne le lira pas beaucoup. Du moins, il ne semble pas avoir touché ses cadets. On n’en trouvera trace ni chez Malraux, qui le déteste peut-être ; ni chez Montherlant, qui l’ignore sans doute ; ni chez Mauriac, plus proche de Barrès. Je pense que le romantisme, le goût de la violence, qui marquèrent la jeunesse de nos pères, les gênaient souvent pour aimer La recherche du temps perdu. A présent, la force a perdu la moitié de son prestige et nous en parlons surtout par politesse, pour faire enrager les amis du Droit et de l’Impuissance réunis. Avec le narrateur nous nous moquons de Norpois, de Cottard, de tous les imbéciles qui ne nous inquiètent plus, car ils sont morts et nous sommes armés pour recevoir leurs successeurs. Enfin, Marcel Proust n’a aucune opinion sur la nécessité de voter démocrate ou conservateur, en Amérique ; pour lui, précisément, l’Amérique n’existe pas, le monde moderne n’est pas le dernier salon de l’auto, mais un groupe de jeunes filles mal élevées sur la plage. Tout cela nous réconforte et nous plaît.
     Quant à Marcel Aymé, il fut longtemps considéré comme un auteur peur sérieux, qui faisait rire les honnêtes gens contre leur gré. Cette époque est révolue, les honnêtes gens ne rient plus du tout et j’ai entendu dire l’autre jour que Travelingue était d’un « primitivisme bouleversant ». Voilà un auteur recommandable : la sensibilité, l’ironie, l’usage de l’intelligence (qui est encore le goût de la vérité) suffisent à notre bonheur. Enfin il nous rappelle ce type délicieux, dont trois générations de cuistres réactionnaires ne nous auront pas dégoûtés et qui s’appelait Voltaire.
     Nous ne sommes pas ici dans une composition de Littérature française où l’élève Mauriac concourrait aux côtés de l’élève Proust. Nous sommes parmi quelques miroirs où la jeunesse d’aujourd’hui tente de se reconnaître, puis de se ressembler un peu mieux. 

Roger Nimier, Le Grand d'Espagne

jeudi 20 avril 2017

Conférence Dextra du 21 avril 2017 : La démocratie est-elle à bout de souffle ?


Chers amis,chers camarades, 
Ce vendredi nous recevrons M. H., auteur d'ouvrages sur les fondements de la démocratie, qui viendra nous entretenir de cette dernière, serait-elle à bout de souffle ? À la quasi-veille du premier tour électoral des présidentielles, une question incontournable ! 
Vous pourrez acheter des ouvrages sur place ! 
Nous vous attendons nombreux, n'hésitez pas à inviter vos amis !

Michel Sardou - Vladimir Ilitch

Les Hmong, «nos» Harkis d'Indochine

Certains membres de ce peuple des montagnes du nord Vietnam ont combattu avec les Français pendant la guerre d'Indochine, puis avec les Américains pendant celle du Vietnam. Quelques milliers immigrèrent, dont plusieurs centaines en Guyane française, où les autorités avaient un plan pour eux. 

Il y a soixante ans se jouait dans une cuvette de l'Indochine l'une des plus cuisantes défaites militaires françaises. De la guerre d'Indochine, la mémoire collective n'a pas retenu grand chose, si ce n'est qu'il y eut Diên Biên Phu et que ce fut terrible. Il faut dire que pour ce qui est de la péninsule, la guerre du Vietnam est passée derrière. Et pour les guerres de décolonisation française, c'est surtout l'Algérie qui a marqué les esprits.

Là-bas, comme en Indochine, des combattants «indigènes» ont porté les armes aux côtés des troupes françaises. Le nom de Harki vient instantanément à l'esprit pour le cas algérien. Venant de harka, signifiant «mouvement», formation paramilitaire, le mot est devenu synonyme de ces Algériens engagés dans l'armée française ou du moins aux côtés de l'armée française, puisque ces combattants n'avaient pas de véritable statut militaire.

Les Hmong sont moins connus, pourtant leur histoire n'est pas sans rappeler celle des Harkis, sauf que ce nom n'est pas celui d'un statut, mais d'un peuple. Un peuple des montagnes du nord Vietnam à la frontière avec le Laos et la Chine, dont des membres ont combattu avec les Français pendant la guerre d'Indochine, puis avec les Américains pendant celle du Vietnam.

En tant que peuple, les Hmong furent toutefois divisés pendant ces guerres. La scission commence dès l'invasion japonaise de l'Indochine pendant la Seconde Guerre mondiale. Certaines familles soutiennent alors les Français, tandis que d'autres collaborent avec les Japonais. Pendant la guerre d'Indochine, on retrouve des Hmong du côté des forces coloniales françaises, mais aussi du Viêt Minh. Il en est de même lorsque les Américains investissent la région.

La collaboration indirecte toucha toutes les familles 
La guerre, avec son lot de bombardements et de déplacements de population, fait de la nourriture une question cruciale. Et pour accéder à l'aide alimentaire américaine, il est fortement conseillé d'avoir un proche dans l'armée ou l'administration.

«Cette forme de collaboration indirecte toucha pratiquement toutes les familles, expliquent les chercheurs Jean Michaud et Christian Culas dans un article sur l'histoire des migrations hmong, bien au-delà de leur volonté, parfois farouche, de ne pas entrer dans le conflit entre les partisans communistes et les défenseurs de l'ancienne royauté laotienne soutenue par les Américains. Dans les "zones libérés" du Nord, le pouvoir communiste voyait, lui aussi, d'un très mauvais oeil le pacifisme de certains. Ne pas prendre part au conflit, c'était toujours être soupçonné de sympathie pour l'ennemi». 

Associés de gré ou de force aux armées françaises puis américaines, les Hmong sont des «traîtres» pour les communistes qui prennent le pouvoir en 1975. Pour éviter représailles et rééducation, plus de 100.000 Hmong quittent alors le Laos et le Vietnam pour se réfugier en Thaïlande.

Le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés leur reconnaît le statut de réfugié. Et des pays occidentaux, au premier chef la France et les Etats-Unis, proposent à certains d'immigrer.

La grande majorité d'entre eux s'intallèrent aux Etats-Unis. C'est certains de leurs descendants que Clint Eastwood met en scène dans son film Gran Torino, où une jeune Hmong donne une petite leçon d'histoire à un vieux vétéran de la guerre de Corée raciste jusqu'à la moelle, campé par Eastwood lui-même.

En France, environ 10.000 Hmong immigrèrent, dont plusieurs centaines en Guyane française, où les autorités avaient un plan pour eux. L'objectif : développer l'agriculture et peupler ce vaste territoire amazonien, où un Plan vert vient d'être lancé.

«Les Asiatiques s'adaptent très bien aux conditions guyanaises» 
La France peut ainsi remplir un double objectif : accueillir des Hmong tout en tentant une énième mise en valeur agricole de ce confins de son Empire colonial, devenu département en 1946. Pour Marie-Odile Géraud qui a consacré un ouvrage aux Hmong de Guyane, dès 1975, le sort de la Guyane est lié à celui des réfugiés asiatiques. «La question se pose en effet en termes internationaux et la France, concernée au premier chef en tant qu'ancienne puissance tutélaire en Indochine, veut agir en faveur des populations laotiennes, vietnamiennes et cambodgiennes. Pour Dupont-Gonin [économiste ayant vécu en Indochine et en Guyane, à l'origine de l'installation des Hmong en Guyane], la cause est entendue :
"Du point de vue de la géographie, les Asiatiques s'adaptent très bien aux conditions guyanaises, et au climat, sous lequel ils peuvent mener leur vie traditionnelle."» 

Des montagnes du Laos à la forêt amazonienne, il n'y aurait presque qu'un pas... L'idée reçoit l'aval du Président du Conseil général de Guyane de l'époque et le recrutement débute. Voici ce qu'on peut lire dans Regards sur les Hmong de Guyane française: Les détours d'une tradition de Marie-Odile Géraud, un travail émaillé de nombreux témoignages recueillis auprès des Hmong de Guyane :
«Dans les camps de Thaïlande, on commença à recruter les candidats à l'émigration auxquels on proposait explicitement de s'installer en Guyane pour s'y livrer à l'agriculture. Mais il faut bien constater que de l'aveu même des intéressés la motivation principale était bien davantage la volonté de quitter les camps que celle de gagner la Guyane qui, dans le meilleur des cas, ne correspondait à rien dans leur esprit. Et lorsque les Hmong avaient quelque idée de ce pays, cela n'était guère encourageant: certains avouent maintenant avoir cru aux bruits les plus divers qui couraient sur la Guyane, pays des animaux géants, où les moustiques étaient gros comme des poulets, les fourmis aussi voraces que les rats et les fleuves recouverts d'une mousse qui avalait ceux qui se hasardaient à naviguer». 

Mais ce n'est pas tellement des moustiques que vient le plus mauvais accueil, mais des Guyanais, dont beaucoup voient d'un mauvais oeil la venue de réfugiés asiatiques. Des rumeurs auraient même évoquer l'arrivée de 40.000 personnes. La Guyane compte alors une population de 55.000 habitants. La gauche guyanaise voit dans ce projet une volonté de peuplement colonialiste du gouvernement français, alors que dans la région, les voisins accèdent à l'indépendance (Surinam en 1975, Guyana en 1966).

Pour éviter un accueil hostile, les premiers Hmong qui atterrissent à l'aéroport de Cayenne en 1977 sont amenés de nuit en camions bachés à l'endroit qui leur a été assigné. Cacao est un ancien site d'orpaillage abandonné sur la commune de Roura.

«La découverte au matin de ce site entouré de forêt ne fut pas pour les rendre enthousiastes : devant la pluie incessante, la perspective d'un travail de défrichage gigantesque, la présence certes rassurante des militaires français mais qui rappelait un peu trop la situation dans les camps, les Hmong avouent aujourd'hui qu'ils ont éprouvé une grande déception. Ce pays pour eux était la France, et même s'ils avaient été avertis qu'il ne s'agissait pas de la Métropole, nombreux étaient ceux qui ne s'attendaient pas à trouver une région aussi radicalement différente de leur idée de la France», commente l'ethnologue Marie-Odile Géraud.

Le suicide d'un officier pour attirer l'attention 
Le projet gouvernemental de faire de la riziculture est vite délaissé par les Hmong, qui se consacrent au maraîchage et à l'arboriculture. En deux ans, ils atteignent l'autosuffisance alimentaire et commencent à fournir les marchés guyanais. Entre 1977 et 1979, 1.200 Hmong s'installent. Après Cacao, un deuxième village est créé à Javouhey. Environ 2.000 Hmong vivent aujourd'hui en Guyane et approvisionnent les marchés du département. Une réussite qui incita même plusieurs familles hmong à quitter la France métropolitaine pour s'essayer à l'agriculture guyanaise.

Dans l'hexagone, les Hmong furent principalement installés en milieu urbain. Mais certaines familles se sont également tournées vers l'agriculture, notamment dans le Gard.

Mais tous les Hmong n'ont pas quitté le Laos. A la fin de la guerre, certains se cachent dans la forêt et y montent des groupes de résistance armée contre le nouveau gouvernement communiste. C'est le début du conflit hmong qui perdure jusqu'à aujourd'hui, opposant les autorités laotiennes à quelques milliers de Hmong vivant dans des conditions dramatiques.

Des reportages mettent de temps en temps en lumière cette situation, héritée des guerres d'Indochine et du Vietnam. Un documentaire diffusé sur l'émission Envoyé spécial en 2005 avait suscité une réaction dans la société et chez les parlementaires, sans que cela n'aboutisse à quoique ce soit de concret. Tout comme le renvoi de plusieurs milliers de Hmong de camps de réfugiés thaïlandais vers le Laos en 2009, où ils sont encore menacés.

Ce statu quo mena un colonel français à la retraite à se suicider au pied du monument aux morts d'Indochine de Dinan en 2011. Un geste de protestation contre l'absence de réaction de la France et des Etats-Unis qui, après avoir accueilli une partie des Hmong réfugiés en Thaïlande, ne semblent plus être concernés par cette population.

Source

De Roux

Dominique de Roux écrivain, éditeur, défenseur et "passeur" de Céline, Gombrowicz, Pound, de Mao poète et De Gaulle styliste, ou encore de la beat génération et lança la célèbre série des Cahiers de l'Herne.

...Dominique de Roux était né (...) d'une aristocratie qui répugnait viscéralement aux compromis politiciens de la bourgeoisie d'opportunité et qui s'encombrait d'enfantillages honorables. Né vieux d'une certaine manière; mais, au terme d'incessantes métamorphoses qui conjurèrent un désespoir bernanosien et la hantise de l'irrémédiable d'un grand cardiaque, mort jeune, (...) à l’avant-garde chimérique de l’avenir. Homme de reconquête et de renaissance, rebelle absolu prenant tous les risques, y compris celui de se compromettre en scandalisant les prudents et les imbéciles, jamais là où la routine et les bien-pensants s’attendaient à le trouver; anti-gaulliste au temps où le gaullisme des usufruitiers se confondait avec la bassesse réaliste d’une roture frileuse, gaulliste éperdu et oraculaire en réinventant un gaullisme proche de son origine aventureuse, instrument révolutionnaire d’une subversion universelle, peut-être dans le souvenir de Maurras de Kiel et Tanger. L'itinéraire qui le mena de la clandestinité de l'Algérie française au maquis angolais de Jonas Savimbi semblait labyrinthique alors qu'il traçait la ligne droite de la rectitude essentielle, épousait l'élan d'une recherche intrépide du royaume des chouans et des canuts, commando du peuple rimbaldien...
(extrait de l'hommage de Pol Vandromme in Bulletin célinien)

A lire : Jean-Luc Barré, Dominique de Roux, le provocateur (1935-1977), Éd. Fayard

mercredi 19 avril 2017

2017 : drapeaux et hymne national interdits par le CSA dans les clips de campagne !


Le CSA a fixé des règles très strictes pour les clips de campagne des candidats à l'élection présidentielle... 

Des règles toujours plus contraignantes. Le CSA a communiqué hier aux 11 candidats à l'élection présidentielle les nouvelles règles qui devront s'appliquer pour leurs clips de campagne qui seront diffusés à la télévision à partir du 10 avril prochain, début de la campagne “officielle”.

D'après des informations de nos confrères de l'Opinion, les règles drastiques comprendraient l'interdiction “de faire apparaître tout emblème national ou européen” ainsi que la Marseillaise, qui n'aura pas le droit d'être diffusée dans les clips de campagne. 

Crainte du “nationalisme” 
Le CSA justifie ces interdictions par la peur que les candidats ne “misent sur un nationalisme délirant”, selon une source citée par le quotidien. 

Renaud - Les Bobos

Bernard Lugan : «100 millions d’Africains veulent arriver en Europe»

mardi 18 avril 2017

Cosmopolitisme

« Je suis un cosmopolite résolu. J’aime le métissage et je déteste le nationalisme. Je ne vibre pas à la « Marseillaise ». J’espère que le cadre national sera un jour dépassé. » (Bernard-Henry Lévy, Nouvel Observateur, 4 octobre 1997) 
« Bien sûr, nous sommes résolument cosmopolites. Bien sûr, tout ce qui est terroir, béret, bourrées, binious, bref, franchouillard ou cocardier, nous est étranger, voire odieux. » (Bernard-Henry Lévy, Pierre Bergé, Georges-Marc Bénamou, Globe, numéro 1) 
« Je n’ai jamais été un partisan bien vif des idées et des principes du cosmopolitisme. Ils ont quelque chose de trop vague, de trop idéal, malgré certains côtés brillants et spéciaux. Je crois que leur effet le plus certain est d’effacer ou de trop amoindrir l’amour de la Patrie et le devoir de la responsabilité civique. » (Jean Jaurès, Lettre au Congrès de la paix de Lausanne)

Adrien Abauzit, Né en 1984

Le conservatisme, c’est le progrès ?


Pour Bérénice Levet, il n'y a pas de droitisation de la France ni de l'Europe d'ailleurs, ce sont simplement les peuples qui réclament leur dû: leurs besoins anthropologiques de frontières, d'identités et d'enracinement. 

Pour Bérénice Levet, "Le progressiste est ce qui reste de l’homme de gauche lorsqu’il ne croit plus qu’en une chose : le culte de la nouveauté, du mouvement, la marche ou plutôt la fuite en avant, car peu importe où l’on va, l’essentiel est d’y aller, d’avancer et d’enterrer le passé. De la foi dans l’instruction, dans les Lumières, dans les humanités, dans la culture comme formation de l’esprit au contact des grandes œuvres, rien ne demeure. L’émancipation reçoit une définition toute négative, elle se confond avec la déliaison, le déracinement, la désaffiliation. Le progressiste, et c’est dans doute sa définition la plus parfaite, a programmé l’obsolescence de l’être occidental. Le monde rêvé par les progressistes n’est pas un monde plus juste, mais un monde qui ne tiendrait plus par aucun fil du passé, un monde d’où toute poussière du passé aurait été effacée." (Le crépuscule des idoles progressistes, Stock, 2017) 

Indécis ? Votez Lédogan


Insurrection - Ma rage

Destinataire des 10000 fusils d'assaut et sécession imminente


On s'interrogeait il y a deux mois (https://stratediplo.blogspot.com/2017/01/utilite-de-12000-armes-de-guerre.html) sur l'utilité possible des 12000 armes saisies par la police espagnole le 12 janvier. 

De par l'estimation de leur valeur économique donnée par la presse espagnole, en l'absence de communiqué clair d'une police discrète même après la fuite d'information, on en avait conclu qu'il s'agissait vraisemblablement de fusils d'assaut pour l'essentiel, même s'il était mentionné la présence (aussi) d'armes de poing, et sachant que les armes collectives et antiaériennes n'étaient pas nombreuses. De toute évidence, les deux images de rateliers sorties d'on ne sait où (peut-être d'une armurerie de chasse et de collection) par un journaliste incompétent en armes souhaitant illustrer un article aveugle, et reprises par le peu de presse qui ait mentionné la saisie, étaient sans rapport avec les premières évocations du type d'armes concernées. Prenant pour hypothèse la présence de 10000 fusils d'assaut parmi ces 12000 armes, on avait expliqué que cela permettrait d'équiper l'équivalent de la moitié de l'infanterie française ou de la moitié de l'infanterie espagnole. 

On ne s'était pas trompé, puisqu'après deux mois d'inventaire la police espagnole et Europol viennent d'annoncer qu'il se trouve dans les lots effectivement 10000 fusils d'assaut. En l'occurrence il y a 1000 fusils d'assaut de trois marques distinctes, et 9000 CETME, dont les photographies, cette fois fournies par la police, montrent une répartition entre l'ancien CETME-C (7,62 mm) et l'actuel CETME-L (5,56 mm), deux armes espagnoles offrant tir par rafale et tir au coup par coup. 

Le discours officiel est toujours celui d'un trafic visant premièrement le grand banditisme et n'excluant pas le marché terroriste. Or, quand bien même il peut rester à Marseille ou à Palerme quelques émules d'Al Capone capables d'aligner cinquante "gâchettes" pour conquérir le territoire d'une bande rivale, leurs troupes sont déjà équipées et ne sortent pas assez souvent ce type d'arsenal pour qu'il s'use. Le crime organisé travaille sur ordinateur et porte surtout des armes de poing, tant pour la défense personnelle que pour les opérations de coercition. Le menu fretin banlieusard, cause de la véritable insécurité, est lui aussi plus à l'aise avec un pistolet facilement dissimulable qu'avec une arme longue, sauf peut-être une fois par an à la banque. Il n'y a certainement pas là un marché de nature à inciter des professionnels à introduire et préparer 10000 fusils d'assaut et seulement quelques centaines de pistolets et revolvers. Les quelques gros revolvers montrés sont d'ailleurs des pièces pittoresques aux calibres historiques plus propres à jouer l'arme de statut d'un officier, qui compte plutôt sur les fusils d'assaut de ses soldats, que l'arme de défense ou de coercition d'un bandit, qui doit pouvoir compter sur un pistolet moderne, rapidement rechargeable et surtout fiable. Quant aux armes antiaériennes, dont on devine qu'il s'agit de mitrailleuses 12,7 mm, elles sont sans intérêt pour la pègre, ne peuvent pas être servies sans un minimum d'entraînement (en binôme), et sont incapables d'abattre un avion de ligne. La seule chose qui pourrait intéresser un terroriste sont les grenades. 

La police espagnole manque peut-être d'imagination, et certainement d'arguments convaincants. Pour mémoire, un an plus tôt, elle avait assuré que les 20000 treillis de combat neufs saisis en février 2016 dans les ports de Valence et d'Alicante étaient en partance, et à destination de "l'Etat Islamique" en Syrie. On pouvait se demander si celui-ci n'avait pas un sérieux problème cognitif, quelques mois après le début du soutien aérien russe à l'armée syrienne, pour décider d'habiller de treillis centre-Europe neufs et uniformes les légions islamiques qataries présentées comme des civils syriens insurgés dans des agglomérations plus poussiéreuses que vertes. On pouvait aussi se demander si la coalition islamo-atlantique n'avait pas un sérieux problème logistique, pour faire venir d'Espagne des treillis neufs dans un Proche-Orient regorgeant de milices tribales et d'armées débandées où on compte plus de treillis usagés que d'habitants mâles. On pouvait même se demander si les recruteurs qataris et turcs n'avaient pas un sérieux problème de priorité ergonomique, pour équiper d'habits neufs, au-dessus de la cheville, des troupes embabouchées de chaussures de basket chinoises et d'espadrilles pakistanaises. Mais c'est resté la version officielle, les 20000 treillis neufs saisis allaient quitter l'Espagne. A la lumière de l'explication officielle sur les 10000 fusils d'assaut saisis il y a deux mois, on peut se reposer la question de la véritable destination de ces 20000 treillis. 

Pour revenir à l'armement saisi il y a deux mois, l'article le plus significatif cependant est l'obus de mortier, sans utilité pour le grand banditisme comme pour le terrorisme. Seule une armée pourrait être intéressée par plusieurs centaines d'obus de mortiers, c'est-à-dire une artillerie facile à cacher avant le début des hostilités, facile à servir après quelques semaines d'instruction menée par un encadrement militaire professionnel, et surtout légère, maniable, déployable jusqu'au front par (voire sur) de simples voitures de gamme civile, et capable d'apporter un appui feu comparable, sur l'objectif, à celui de l'artillerie lourde, la principale différence étant la portée (distance de tir donc retrait par rapport au front), ce qui est plus gênant dans une campagne mobile que pour la défense de lignes déterminées. A condition bien sûr de disposer de mortiers, absents de l'inventaire qui mentionne pourtant plusieurs centaines d'obus. 

Cela confirme donc ce qu'on avait subodoré, à savoir que ce qui a été saisi par la police espagnole n'est qu'une prise partielle. Un fournisseur aussi bien organisé n'aurait pas acheté, et conditionné pour la livraison, plusieurs centaines d'obus de mortiers, sans avoir prévu également les mortiers correspondants. D'autres livraisons sont donc déjà passées ou en chemin. Un fournisseur aussi bien organisé n'aurait pas non plus avancé de tels fonds sans avoir déjà empoché un marché. Seul un journaliste peut croire, ou espérer faire accroire, que cet arsenal allait être proposé au détail, dans la clandestinité et sur plusieurs années, à des milliers de clients individuels. 

C'était pour un gros client. Pour avoir commandé 10000 fusils d'assaut (s'il n'y avait qu'une tranche de livraison), il fallait qu'il ait l'assurance de pouvoir lever 10000 fantassins, donc de l'ordre de 13000 hommes en comptant l'encadrement officier et sous-officier. C'est vingt fois le bataillon indépendantiste corse qui, au plus fort de la lutte et à l'apogée de son recrutement, a paradé devant la presse le 11 janvier 1996. On l'a déjà relevé, c'est la moitié de l'infanterie espagnole, pour l'essentiel en garnison en Espagne, ou de l'infanterie française, pour l'essentiel déployée hors de France. Planifier la création puis l'instruction d'une telle force n'est pas une mince affaire. Le maître d'œuvre de ce projet est un acteur politique important, déjà organisé. Une ville ne saurait fournir un tel effort de mobilisation, à moins de paralyser totalement son activité économique. Il s'agit donc d'un pays, au sens de la taille d'une grosse province, et pas d'une île comme la Corse ou l'Irlande car les armes n'auraient pas été débarquées et conditionnées sur le continent, ni d'une région périphérique car les armes seraient entrées par des frontières orientales poreuses ou corruptibles. Cette entité détient une certaine légitimité historique, nationale ou morale, nécessaire pour motiver un ou deux milliers d'officiers déjà formés sous un autre uniforme. Elle dispose d'une capacité décisionnelle et organisationnelle (et budgétaire), donc proto-étatique, soit sous la forme du gouvernement actuel d'une province autonome, soit sous la forme d'une organisation clandestine visant la prise de pouvoir dans une province aujourd'hui administrée par un préfet ou légat détaché localement par un gouvernement central. Cette province appartient à un pays sans forces territoriales de recrutement local, sinon il suffirait de les mobiliser, avec leur armement déjà existant, comme le firent la Slovénie et la Croatie au moment de leur sécession. Pour lever une armée de l'ordre de 10000 à 20000 hommes avant même d'être menacée (il est plus facile de mobiliser sous les bombes comme en Novorussie), cette province est certainement peuplée non pas de quelques centaines de milliers d'habitants mais de plusieurs millions. En effet on ne peut pas justifier, en temps de paix, la mobilisation de 5% d'une population, soit 10% de la population mâle ou 20% de la population active masculine, ce qui serait le moyen le plus sûr d'aliéner à la cause tout soutien populaire. Cette province appartient à un grand pays disposant d'une véritable armée, sinon il suffirait de deux ou trois régiments pour affirmer une souveraineté sans combat. Et s'il ne s'agit pas d'une province territoriale homogène mais d'une communauté minoritaire ou majoritaire susceptible de saisir un territoire déterminé, assez rapidement pour pouvoir y constituer une armée régulière, il faut considérer que le territoire visé par cette communauté de plusieurs millions de personnes est peuplé aujourd'hui d'une dizaine de millions d'habitants voire plus. 

Ce qui se prépare n'est pas une simple action de communication, c'est une véritable communication d'action. L'image y jouera un rôle, sans cela il reviendrait moins cher d'acheter dix mille Kalachnikov, robustes, très faciles à manipuler après une heure de démonstration, disponibles en état de fonctionnement en Europe centrale, et très bon marché. Préférer la re-militarisation laborieuse d'armes occidentales achetées neutralisées est certainement un choix stratégique visant la construction d'une image expressément distincte de celle d'une milice d'insurgés va-nu-pieds du tiers-monde. Dans le cadre de cette assertion visuelle, effectivement un habillement propre et uniforme est obligatoire. Et évidemment, au-delà des mortiers nécessaires à l'affirmation spectaculaire, sur quelques ponts, cols et carrefours, de la frontière déclarée, il faut aussi les munitions de petit calibre, à savoir au moins une "unité de feu" (une journée de consommation) pour ces 10000 fusils d'assaut, dans deux calibres OTAN... certainement disponibles dans les dépôts de munitions nationaux ou fédéraux que la nouvelle armée provinciale devra saisir sur son territoire, à condition d'en avoir déjà un minimum. Même si peu d'Etats ont les moyens d'affronter une infanterie de 13000 hommes déployée un petit matin dans une région d'Europe occidentale, il faudra des combats d'assertion, comme la prise symbolique des postes frontières yougoslaves par la milice territoriale slovène sur les frontières italienne et autrichienne, hors d'atteinte d'une réaction fédérale mais nécessaires au changement de drapeau et à l'affirmation de souveraineté internationale. Il faudra donc des munitions, mais on peut envisager la constitution d'une armée en deux types d'unités, celles d'élite armées de rutilants CETME-L en plastique vert et dotées à l'avance de munitions de 5,56 relativement faciles à trouver pour un acteur proto-étatique, et les unités de deuxième échelon armées de plus anciens CETME-C à fût et crosse de bois pour lesquelles il faudra saisir de vieux stocks de munitions 7,62. La presse sera convoquée aux opérations initiales des unités du premier type. On peut attendre une opération tactico-visuelle similaire à celle du 6 avril 1992, lorsque plusieurs milliers de djellabahs blanches furent déployées au petit matin, en relativement bon ordre, dans une province qui n'allait pas tarder à redécouvrir les vertus tactiques du camouflage vert ou bariolé dont une communauté avait voulu symboliquement se démarquer. Sauf que là il ne s'agira pas d'un accoutrement exotique mieux assorti avec le sabre à décapiter qu'avec même la Kalachnikov, mais au contraire d'une apparence volontairement moderne, de fusils d'assaut d'aspect occidental et vraisemblablement de tenues impeccables. Il s'agira d'affirmer une souveraineté préparée, et de dissuader un gouvernement national ou fédéral surpris. 

Quel que soit le futur Etat en question, son projet est déjà fort avancé sinon il ne se lancerait pas dans une telle dépense, et surtout une telle prise de risque, plusieurs années en amont d'une assertion militaire hypothétique. On n'achète pas 12000 armes de guerre, ou 10000 fusils d'assaut, sans avoir évalué le besoin stratégique et sans disposer de la ressource humaine. On n'engage pas une telle dépense sans être sûr d'en avoir besoin, et on ne prend pas le risque physique du stockage, et surtout le risque politique d'une découverte, des années avant l'utilisation. Des objectifs ont été fixés pour une date déterminée. A un tel stade d'avancement du projet politique, l'interception d'une livraison même majeure est un inconvénient, pas un obstacle. Les armes saisies n'étaient qu'un moyen, et elles seront (ou sont déjà) remplacées, par le même fournisseur ou par un autre. 

Certainement pas encore instruite, cette armée existe donc déjà sur un tableau d'organisation et d'effectifs, nominatif ou numérique. Après mobilisation, et selon le niveau de compétence militaire de l'encadrement qui va l'instruire (et de responsabilité humaine du décideur politique), il ne faudra que quelques semaines pour qu'on puisse la déployer sur le terrain. Cette armée a été pensée pour tenir un territoire déterminé, en Europe occidentale, face à un Etat important. Au stade initial (sans composante aérienne ou renforcements étrangers) elle sera capable, une fois déployée et en mode défensif, de résister à une armée d'un volume de deux à trois fois supérieur, dans le cadre d'un conflit immédiatement interétatique (ce n'est pas le Septième Scénario). On peut tenter de deviner le théâtre concerné, car il reste plusieurs mois avant cette sécession-là.

lundi 17 avril 2017

La mode est aux costumes extraterrestes


20 ans, nouveau titre acoustique d'In Memoriam

Le Premier ministre a l'air bien seul avec ses appels au calme

     Dans le métro, on ne trouve plus de trace de l'écran de gêne qui entrave habituellement les gestes des passagers. Les inconnus se parlent, ils ne s'abordent plus. Une bande en conciliabule à l'angle d'une rue. Des rassemblements plus vastes sur les boulevards qui discutent gravement. Les assauts se répondent d'une ville à l'autre, d'un jour à l'autre. Une nouvelle caserne a été pillée puis brûlée. Les habitants d'un foyer expulsé ont cessé de tracter avec la mairie : ils l'habitent. Dans un accès de lucidité, un manager vient de refroidir, en pleine réunion, une poignée de collègues. Des fichiers contenant l'adresse personnelle de tous les policiers et gendarmes ainsi que des employés de l'administration pénitentiaire viennent de fuiter, entraînant une vague sans précédent de déménagements précipités. Dans l'ancienne épicerie-bar du village, on apporte l'excédent que l'on produit et l'on se procure ce qui nous manque. On s'y réunit aussi pour discuter de la situation générale et du matériel nécessaire pour l'atelier mécanique. La radio tient les insurgés informés du recul des forces gouvernementales. Une roquette vient d'éventrer l'enceinte de la prison de Clairvaux. Impossible de dire si c'est un mois ou des années qui se sont écoulés depuis que les " événements " ont commencé. Le Premier ministre a l'air bien seul avec ses appels au calme. 

comité invisible, L'insurrection qui vient